Selon une croyance populaire, le menhir de Champ-Dolent s’enfonce d’un pouce tous les cent ans, et le jour où il aura complètement disparu viendra le jugement dernier. Pour l’instant, il dépasse encore de 9,30 mètres, pour un poids estimé à cinquante tonnes.
Ce monolithe se dresse à Dol-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine, sur un point qui surplombe le marais de Dol, à une trentaine de mètres d’altitude, à l’interfluve entre deux ruisseaux. C’est l’un des plus grands menhirs dressés de Bretagne, et il est classé au titre des monuments historiques depuis 1889.
Neuf mètres trente, cinquante tonnes
Les mesures sont précises. Le menhir est un monolithe de forme conique en granite roux à petit grain. Il atteint 9,30 mètres de hauteur ; son périmètre est de sept mètres au sol et de 8,70 mètres à un mètre cinquante du sol ; son poids est estimé à cinquante tonnes. Sa surface a fait l’objet d’un bouchardage, c’est-à-dire d’un travail au marteau à pointes.
Le point qui pose problème depuis deux siècles est l’origine de la pierre. Elle a été extraite d’un site situé à plus de quatre kilomètres de là, et c’est bien le transport qui intriguait les visiteurs du XIXe siècle plutôt que l’érection elle-même.
Stendhal, qui la visite et la décrit dans ses Mémoires d’un touriste, publiés en 1854, note que ce granit ne se retrouve qu’à plus de trois quarts de lieue de la ville, au Mont-Dol, une colline entourée de marécages qui fut probablement une île autrefois. Il observe que la pierre repose sur une roche de quartz dans laquelle elle s’enfonce de quelques pieds, puis pose la question directement : par quel mécanisme les Gaulois ont-ils pu transporter une telle masse, et comment l’ont-ils dressée ?
Son récit vaut aussi pour ce qu’il révèle des explications de l’époque. Son guide lui affirmait gravement que la pierre avait été placée là par César. Quant aux mesures de Stendhal, vingt-huit pieds de haut et huit pieds de diamètre à la base, elles rappellent que la hauteur d’un menhir varie selon les sources : certaines mesurent la hauteur visible, d’autres la hauteur verticale après redressement, d’autres encore la longueur totale en comptant la partie enterrée qui cale la pierre.
Selon une croyance populaire, le menhir s’enfonce progressivement en terre, d’un pouce tous les cent ans, et lorsqu’il disparaîtra complètement viendra le jugement dernier.
Quatre explications, aucune archéologique
Le folklore attaché à la pierre est particulièrement riche, et il tourne autour de deux thèmes, la querelle et la disparition. Selon une tradition, le menhir aurait surgi du sol pour séparer deux frères qui s’apprêtaient à se livrer combat, une légende identique étant associée à la Pierre du Domaine de Plerguer.
La croyance la plus connue est celle de l’enfoncement : la pierre descendrait d’un pouce tous les cent ans, et sa disparition complète annoncerait le jugement dernier. Une autre version veut que la Lune en mange un morceau chaque nuit.
La quatrième explication est chrétienne et vise un monument voisin. Satan aurait jeté la pierre depuis le Mont Dol sur la cathédrale Saint-Samson de Dol-de-Bretagne, que saint Samson était alors en train de construire : le bloc en aurait détruit la tour gauche avant d’atterrir à son emplacement actuel.
Un détail d’histoire récente montre comment on a tenté de domestiquer la pierre. Au XIXe siècle, le menhir a été surmonté d’un christ en croix, aujourd’hui démonté. C’est le même geste que l’on retrouve sur bien des mégalithes, une appropriation par le sommet plutôt qu’une destruction.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Hauteur visible | 9,30 mètres | l’un des plus grands menhirs dressés de Bretagne |
| Poids estimé | 50 tonnes | pour un monolithe d’un seul bloc |
| Périmètre | 7 m au sol, 8,70 m à 1,50 m du sol | une forme conique légèrement renflée |
| Distance de la carrière | plus de 4 kilomètres | ce que Stendhal jugeait déjà inexplicable |
| Altitude du site | environ 30 mètres | sur un point surplombant le marais de Dol |
| Classement | monument historique depuis 1889 | l’un des plus beaux menhirs de France, selon Déchelette |
Un marais qui était la mer
Le paysage que domine le menhir n’a pas toujours été un marais. Dol-de-Bretagne est située sur le bord d’une falaise haute d’une vingtaine de mètres, que le flot venait encore battre au Xe siècle : ce n’est qu’après l’accumulation des dépôts marins qu’a pu être construite la digue du littoral, devenue depuis un tronçon de la route touristique entre Pontorson et Saint-Malo.
Autrement dit, quand le menhir a été dressé, il regardait un rivage, pas des champs. La ville se tient à mi-distance entre Saint-Malo et le Mont-Saint-Michel, et le marais de Dol forme la bordure sud de la grande baie, drainé aujourd’hui par le Guyoult, la Banche et plusieurs ruisseaux dont celui du Tertre Bintin, qui passe à l’ouest du monument.
Cela éclaire aussi les deux lieux que les légendes associent à la pierre. Le Mont-Dol, où Stendhal situe l’affleurement de granit et d’où Satan aurait lancé le bloc, est une colline entourée de marécages qui fut probablement une île autrefois. Les récits ont gardé la mémoire d’une géographie disparue : un relief isolé au milieu de l’eau, et une pierre venue de là.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la position du menhir cesse d’être anecdotique. Il est dressé sur un point haut qui surplombe le marais de Dol, à l’interfluve entre le ruisseau du Tertre Bintin à l’ouest et un autre ruisseau à l’est : c’est une ligne de partage, visible de loin dans un paysage plat.
La vue aérienne montre ensuite ce que Stendhal notait déjà avec regret : la pierre se trouve au beau milieu d’un champ cultivé. Il se demandait si elle avait été jadis au sein des forêts. Le paysage autour a changé plusieurs fois, le monument n’a pas bougé.
Elle rappelle enfin une prudence utile. En France, les plus grands menhirs se situent en Bretagne et concernent des monuments isolés plutôt que des alignements, mais cet isolement peut être trompeur : les destructions ont été nombreuses depuis le Néolithique, et un menhir solitaire a pu appartenir à un ensemble disparu, comme le Grand Menhir brisé de Locmariaquer, survivant monumental d’un alignement de dix-neuf pierres.
À voir autour
- Le Grand Menhir brisé : 21 mètres et 300 tonnes, à Locmariaquer
- Le dolmen de Bagneux : une chambre de 17 mètres, à Saumur
- La baie du Mont-Saint-Michel : le marais de Dol en est la bordure sud
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Mystères et légendes.
Sources : notices du menhir de Champ-Dolent et des menhirs de France les plus hauts, Wikipédia en français ; Stendhal, Mémoires d’un touriste, 1854.
