Dix-sept mètres trente de longueur, quatre dalles de couverture dont la plus grande est fendue, une dalle de chevet de sept mètres trente : le dolmen de Bagneux, à Saumur, est l’un des plus grands de France. Et ses bâtisseurs n’ont eu à transporter les pierres que sur deux à quatre cents mètres.
Ce monument porte plusieurs noms, qui disent tous la même chose : la Grande Pierre Couverte, la Roche-aux-Fées, le Grand Dolmen. Sa régularité autant que sa taille en font l’un des édifices les plus imposants et les plus caractéristiques de la période néolithique.
Ce que mesure exactement la chambre
La forme est celle d’un entonnoir inversé. Le dolmen mesure 4,25 mètres de large à l’entrée, puis s’élargit pour atteindre 5,40 mètres au fond de la chambre, qui s’étire sur 17,30 mètres de longueur. Elle est délimitée par quatre orthostates, ces grandes dalles verticales, de chaque côté, et fermée par une dalle de chevet de 7,30 mètres de long.
Une dalle verticale, perpendiculaire à celle du chevet, constitue vraisemblablement une cloison intérieure. La couverture est assurée par quatre tables, dont la dernière, qui est aussi la plus grande, est fendue. La chambre ouvre au sud-est.
L’entrée est le point remarquable. Réduite à 1,30 mètre de large, elle est délimitée par deux dalles dont seule celle de gauche est d’origine : celle de droite, plus mince, ne figure pas sur les gravures du XIXe siècle. Les quatre autres dalles visibles juste devant correspondraient, selon de nombreux auteurs, aux vestiges d’une antichambre. C’est ce qui fait dire à l’archéologue Michel Gruet que Bagneux serait le plus grand dolmen angevin à portique.
Ce type angevin se définit précisément : une chambre rectangulaire large, précédée d’un portique plus étroit et plus bas, avec une entrée dirigée le plus souvent vers l’est et plus précisément vers le sud-est. Il représente 42 % des dolmens du département, et jusqu’à 55 % dans le Saumurois. Son aire de répartition s’étend du sud de l’Ille-et-Vilaine, avec l’allée couverte d’Essé, jusqu’au Talmondais et au nord des Deux-Sèvres.
Un transport de 200 à 400 mètres était suffisant pour les avoir à pied d’œuvre.
Des pierres ramassées sur place
C’est le point qui change la lecture du monument. Les dalles sont en grès sénonien issu de gisements locaux : un banc de ces grès, plus ou moins disloqué, existe sur les hauteurs voisines de Bournan et de Terrefort, et les blocs étaient sans doute éparses sur les pentes du coteau, où l’on peut encore en apercevoir.
Autrement dit, il n’y a pas eu ici de transport héroïque sur des kilomètres. Deux à quatre cents mètres suffisaient, et cette disponibilité explique la géographie mégalithique de la région : on observe une relation directe entre le nombre de dolmens d’un territoire et les matériaux disponibles.
La très grande majorité des sites mégalithiques du Maine-et-Loire sont en effet constitués de grès d’âge variable, du Sénonien à l’Éocène, et ces bancs se trouvent en hauteur des coteaux, notamment en bord de Loire, où ils débordent souvent sur le rebord de la pente. Relativement aisés à extraire, ils ont permis d’ériger des dolmens plus facilement : trente-quatre monuments du département se situent ainsi en pente de coteau.
Le résultat est un département richement doté. On y compte encore 73 menhirs debout, 13 couchés et 42 détruits mais attestés, ainsi que 50 dolmens en assez bon état, 19 plus ou moins dégradés et 21 disparus attestés. L’érection de ces sites s’intègre entre 3200 et 1800 avant notre ère environ, et deux zones présentent une plus forte densité : le Saumurois au sud de la Loire, et le Baugeois.
Un mot sur la position de l’Anjou, qui explique cette variété : le territoire fut une terre de carrefour d’influence mégalithique, entre l’Armorique et ses allées bretonnes d’un côté, et le Bassin parisien et ses allées de type Seine-Oise-Marne de l’autre. Et le plus ancien monument connu du département n’est pas un dolmen de coteau : c’est un cairn mis au jour en 1997 sous les vestiges de l’ancien château comtal d’Angers, construit aux alentours de 4500 avant notre ère, large d’environ dix-sept mètres, qui comptait quatre à cinq chambres funéraires et était entièrement bâti en dalles de schiste.
Le façonnage de ces plaques dit quelque chose d’inattendu : il laisse percevoir la maîtrise de l’exploitation ardoisière dès le Néolithique.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Longueur de la chambre | 17,30 mètres | l’un des plus grands dolmens de France |
| Largeur | 4,25 m à l’entrée, 5,40 m au fond | une chambre qui s’élargit vers le chevet |
| Dalle de chevet | 7,30 mètres de long | pour quatre orthostates de chaque côté |
| Tables de couverture | quatre, la dernière fendue | la plus grande est aussi la plus fragile |
| Largeur de l’entrée | 1,30 mètre | précédée des vestiges d’une antichambre |
| Distance de transport des dalles | 200 à 400 mètres | les grès affleurent sur les coteaux voisins |
Fées, druides ou Goths
Comme souvent devant ces monuments, l’explication a longtemps été légendaire. Diverses traditions attribuent la construction de l’édifice tantôt aux fées, tantôt aux druides, tantôt aux Goths. C’est d’ailleurs à ces traditions que le dolmen doit l’un de ses noms, la Roche-aux-Fées.
L’histoire scientifique du site est plus récente et plus modeste. Un certain Dolomieu aurait fouillé le dolmen en 1775, sans rien y trouver. Il est décrit une première fois en 1812 par Jean-François Bodin, dans ses Recherches historiques sur la ville de Saumur.
En 1839, Ampère mentionne un dolmen au pied duquel on aurait trouvé un squelette avec un couteau de pierre dans le flanc. Le monument est classé au titre des monuments historiques en 1889, et il est aujourd’hui une propriété privée dont la visite est soumise à un droit d’entrée.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le dolmen n’est plus un monument isolé mais un élément de coteau. Il se tient à flanc de pente, là où affleure le banc de grès qui l’a fourni, et cette position n’a rien de symbolique : elle est logistique.
La vue aérienne ne montre plus, en revanche, ce qui a sans doute été l’aspect d’origine. L’existence d’un tumulus autour du dolmen est attestée, et ses vestiges étaient encore visibles en 1847 : l’édifice que l’on voit aujourd’hui est un squelette, la carcasse d’un monument qui était recouvert de terre et de pierres. C’est le même problème qu’à Bougon, où les tertres ont longtemps passé pour de simples buttes.
Elle rend enfin visible l’absence de regroupement. Le nombre de dolmens, surtout en Saumurois, et leur relatif éloignement les uns des autres ne permettent pas d’envisager la présence d’une nécropole : ces monuments ont été bâtis séparément, chacun sur son coteau, à l’inverse d’un ensemble comme le cairn de Barnenez qui réunit onze chambres sous une même masse.
À voir autour
- La Roche-aux-Fées d’Essé : l’autre extrémité de l’aire des dolmens angevins
- Le cairn de Barnenez : onze dolmens sous 4 000 tonnes de pierres
- Le Grand Menhir brisé : 21 mètres et 300 tonnes, à Locmariaquer
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.
Sources : notices du dolmen de Bagneux et des sites mégalithiques de Maine-et-Loire, Wikipédia en français ; Michel Gruet, Mégalithes en Anjou.
