Dans une boucle de rivière des Deux-Sèvres, cinq tertres alignés sur moins de deux hectares abritent huit chambres funéraires. Les datations au carbone 14 y placent le dépôt le plus ancien vers 4700 av. J.-C. : ce sont les plus anciens ossements humains trouvés dans une chambre funéraire néolithique d’Europe de l’Ouest.
Les tumulus de Bougon constituent une nécropole néolithique dont les premiers monuments ont été construits au début du Ve millénaire avant notre ère, le site restant en usage jusqu’au milieu du IIIe millénaire. Un musée de la Préhistoire, construit par le département, abrite aujourd’hui les collections issues des fouilles de la région, à l’intérieur d’un parc archéologique.
Des tertres pris pour des pâtures
L’histoire de la reconnaissance du site est instructive. Les tumulus figurent sur le plan cadastral de 1819 sans avoir été identifiés comme tels, au lieu-dit les Chirons. Le tertre que l’on appellera plus tard tumulus C est alors partagé entre les parcelles voisines pour servir de pacage aux chèvres, et le site est cultivé dans ses parties basses.
Tout change en 1840. Charles Arnault, accompagné de MM. Baugier et Sauzé, entreprend une fouille par le haut du tertre le plus occidental, futur tumulus A, pour le compte de la Société de statistique, sciences, lettres et arts des Deux-Sèvres. Des comptes rendus sont publiés dès 1840 et 1845 par Sauzé, et en 1843 par Arnault avec les illustrations de Baugier.
Le retentissement est tel que la parcelle contenant tous les édifices est rebaptisée Le Tumulus sur le plan cadastral. Dès la même année, deux membres de la Société des antiquaires de l’Ouest entreprennent de fouiller sommairement un tertre voisin : la fouille du site fait alors l’objet d’une rivalité entre les deux sociétés savantes.
Les datations indiquent deux périodes de dépôt, dont la plus ancienne se situerait vers 4700 av. J.-C.
Une chasse au trésor qui abîme un dolmen
Cette effervescence a un coût. Des fouilles sont pratiquées à l’extrémité sud du tumulus E et à l’angle nord-est du tumulus F. Et en 1841, le propriétaire de ce dernier, croyant y trouver un trésor, creuse les remblais et contribue à l’affaissement de la table de couverture du dolmen F2.
Le site retombe ensuite dans une relative indifférence, avant que son importance ne soit reconnue, y compris à l’étranger. Les tumulus sont classés au titre des monuments historiques par décret du 8 février 1960.
Les fouilles scientifiques ne reprennent qu’en 1968, conduites d’abord par Claude Burnez, puis à partir de 1972 et jusqu’en 1986 par Jean-Pierre Mohen. C’est à ces campagnes que l’on doit la compréhension actuelle de la nécropole.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Nombre de tumulus | cinq, plus le tumulus D atypique | huit chambres sépulcrales en tout |
| Surface de la nécropole | moins de deux hectares | sur un plateau calcaire, dans une boucle de rivière |
| Premiers monuments | début du Ve millénaire av. J.-C. | usage prolongé jusqu’au milieu du IIIe |
| Datation la plus ancienne | vers 4700 av. J.-C. | record européen pour une chambre funéraire |
| Individus identifiés dans une chambre | une dizaine, dont la moitié d’enfants | ossements à l’état fragmentaire |
| Classement | décret du 8 février 1960 | fouilles scientifiques reprises en 1968 |
Une nécropole coupée en deux
La nécropole a été érigée sur un plateau calcaire, dans une boucle de la rivière Bougon. Répartis sur moins de deux hectares, les cinq tumulus renferment huit chambres sépulcrales, auxquelles s’ajoute une sixième structure, le tumulus D, atypique et énigmatique, qui sépare l’ensemble en deux parties.
Cette bipartition n’est pas seulement topographique, elle est architecturale. Dans la partie orientale, les couloirs des dolmens E et F sont orientés à l’est ou au nord, tandis que dans la partie occidentale, ceux des dolmens A, B et C sont orientés au sud ou à l’est. Deux groupes, deux logiques d’orientation, sur le même site.
Le détail de la construction montre une maîtrise technique réelle. Certains piliers sont disposés obliquement, à quinze degrés, en position de contrefort, pour mieux répartir la charge. Tous sauf deux ont conservé sur leur sommet de petites pierres destinées au calage de la dalle de couverture, et les piliers périphériques ont été régularisés par bouchardage. Deux piliers dressés au centre d’une chambre la divisent en deux compartiments.
Ce que contenaient les chambres
Le contenu funéraire est le cœur de l’intérêt scientifique du site. Une chambre a livré de nombreux ossements humains à l’état fragmentaire, correspondant à environ une dizaine d’individus, dont la moitié sont des enfants.
Les datations au carbone 14 indiquent deux périodes de dépôt. La plus ancienne se situerait vers 4700 av. J.-C., ce qui en fait les plus anciens ossements humains trouvés dans une chambre funéraire néolithique en Europe de l’Ouest. Autrement dit, Bougon documente le moment où les sociétés néolithiques de l’Ouest se mettent à bâtir pour leurs morts.
Le mobilier d’accompagnement est en revanche assez pauvre : un vase entier à fond rond, un petit bol à bouton latéral, quatre épingles en os, un silex taillé, un broyeur en roche dure et une dent de loup percée. Tout cet ensemble reposait sur une couche de dallage en plaquettes.
Un détail d’architecture a retenu l’attention des spécialistes. À l’angle du pilier sud-est d’une sous-chambre, une échancrure soigneusement bouchardée a été identifiée comme une fenêtre par l’archéologue Claude Burnez, et Roger Joussaume classe l’ensemble parmi les dolmens de type angoumoisin. Ces discussions de typologie ne sont pas anecdotiques : elles servent à rattacher Bougon aux autres groupes mégalithiques de l’Ouest.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la nécropole se lit comme un alignement, ce qui n’apparaît pas au sol. Les cinq tertres se succèdent sur moins de deux hectares, et le tumulus D vient couper la file en deux, séparant les monuments dont les couloirs regardent l’est de ceux qui regardent le sud.
La vue aérienne montre aussi le choix du site : un plateau calcaire dans une boucle de rivière, c’est-à-dire un promontoire naturel, visible depuis les terres alentour. Ces monuments n’étaient pas cachés, ils étaient faits pour être vus.
Elle permet enfin de comprendre pourquoi les tertres ont pu passer pour de simples reliefs pendant des siècles, jusqu’à la fouille de 1840 : sans dégagement, un tumulus recouvert de terre et d’herbe ressemble à une butte. C’est le même problème qu’à la Roche-aux-Fées, où la structure mégalithique était probablement recouverte d’un tumulus aujourd’hui disparu.
À voir autour
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Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.
Sources : notice des tumulus de Bougon, Wikipédia en français ; campagnes de fouilles de Jean-Pierre Mohen, 1972 à 1986.
