Quelques centaines d’habitants et aucune route : le cirque de Mafate, à La Réunion

Vue plongeante sur le cirque de Mafate depuis le belvédère du Maïdo, à La Réunion
Le cirque de Mafate vu depuis le Maïdo, à La Réunion. Photo : VillageHero from Ulm, Germany, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Quatorze kilomètres du nord au sud, sept de l’est à l’ouest, quelques centaines d’habitants, et pas un mètre de route. Pour entrer dans le cirque de Mafate, à La Réunion, il faut marcher ou prendre un hélicoptère. C’est la seule partie habitée du territoire français dans cette situation.

Mafate est l’un des trois grands cirques naturels du massif du Piton des Neiges, avec Cilaos et Salazie. Il a été formé par la combinaison d’effondrements tectoniques et d’une forte érosion torrentielle, ce qui explique son relief particulièrement escarpé et chaotique, et il constitue le bassin versant de la rivière des Galets.

Trois compartiments, deux crêtes infranchissables

Le cirque a grossièrement la forme d’un ovale qui s’étire sur quatorze kilomètres selon l’axe nord-sud, pour une largeur est-ouest d’environ sept kilomètres. La rivière des Galets en sort au nord-ouest par un défilé de plus de sept kilomètres, seule véritable ouverture de cet ensemble fermé.

L’intérieur est lui-même cloisonné en trois compartiments principaux, séparés par deux crêtes infranchissables. La crête de la Marianne isole au nord-est la vallée inhabitée et longiligne du bras de Sainte-Suzanne. Celle des Calumets, qui court du Morne de Fourche au piton des Calumets, sépare la partie basse du cirque, côté Aurère, très entaillée, de la partie haute, côté La Nouvelle, aux replats plus larges.

Cette organisation explique la géographie humaine du lieu. Les habitants, appelés Mafatais, occupent et cultivent les replats, ces plateformes que l’on nomme localement îlets, et qui portent des noms devenus familiers aux randonneurs : La Nouvelle, Aurère, Marla. Le cirque est à cheval sur les communes de Saint-Paul et de La Possession.

Ce cloisonnement a fini par devenir un statut. Le cirque est intégré dans la zone centrale du parc national de La Réunion, créé en 2007, les îlets habités relevant de ce que le parc appelle le « Cœur habité », une catégorie qui reconnaît la présence humaine à l’intérieur même de l’espace protégé.

Il fait aussi partie, depuis 2010, du bien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO sous l’appellation pitons, cirques et remparts de l’île de La Réunion. Et c’est justement cette absence de route qui en a fait un haut lieu du tourisme de randonnée : on ne traverse Mafate qu’en marchant plusieurs jours, d’îlet en îlet.

Aucune route ne dessert l’intérieur du cirque : l’accès n’est possible que par les sentiers, à pied, ou par les airs.

Ni caldeira, ni cratère

L’explication géologique du cirque a changé. Les géologues ont longtemps pensé que des caldeiras, ces effondrements circulaires au sommet d’un volcan, étaient à l’origine des trois cirques de La Réunion. Les analyses stratigraphiques démontrent que ce n’est pas le cas.

Le mécanisme retenu est gravitaire. Les avalanches de débris, c’est-à-dire des déstabilisations subites et massives des flancs du volcan, ont joué un rôle important dans le creusement du cirque. Des pans entiers de montagne se sont effondrés, laissant des vides que l’érosion a ensuite élargis.

Cette érosion est particulièrement active à La Réunion, pour deux raisons qui se cumulent : le régime de pluies cycloniques, capable de déverser des quantités d’eau exceptionnelles en quelques heures, et le manque de cohésion des dépôts d’avalanches, qui se laissent entailler facilement. Le résultat est ce relief chaotique de remparts et de ravines.

RepèreDonnéeCe que cela implique
Dimensions du cirque14 km nord-sud, environ 7 km est-ouestun ovale fermé par des remparts
Sortie de la rivière des Galetsdéfilé de plus de 7 kmla seule ouverture naturelle, au nord-ouest
Compartiments internestrois, séparés par deux crêtesla Marianne au nord-est, les Calumets au centre
Habitantsquelques centaines de Mafataisinstallés sur les replats appelés îlets
Accès routieraucunsentiers et hélicoptère uniquement
Protectionsparc national créé en 2007bien UNESCO inscrit en 2010
Le cirque de Mafate, le seul territoire habité de France sans accès routier.

Un nom qui vient d’un chef marron

L’origine du toponyme est double, et les deux pistes se rejoignent. La première est linguistique : Mafate est à rapprocher de l’adjectif malgache mahafaty, qui signifie mortel, mortifère, qui tue, et qui pourrait s’appliquer directement à la dangerosité des lieux.

La seconde est historique et romanesque. Ce sont les récits de tradition orale, romancés et publiés par le poète Eugène Dayot à partir de 1848, qui ont popularisé le nom de Mafate, présenté comme un chef marron et vieux sorcier des eaux puantes, épris de liberté et de pacifisme. Il aurait tenu son camp au fond de la rivière des Galets, près d’une source thermale désignée par l’expression Ran mafac, l’eau puante.

Un document plus sec vient appuyer cette tradition : le chasseur d’esclaves François Mussard rapporte avoir tué un certain Maffack au pied du Bronchard en septembre 1751. Et sur un plan de 1834, parmi les affluents de la rivière des Galets, figure bien un bras de Mafaque.

Quant au nom du cirque lui-même, il est récent. Une station thermale est implantée à partir de 1853 autour de la source, sous l’impulsion du gouverneur Henri Hubert-Delisle, et l’îlet de Mafate se développe autour d’elle avant de donner son nom à l’ensemble. Auparavant appelé cirque de la Rivière des Galets, voire cirque d’Aurère, il n’apparaît comme cirque de Mafate sur une carte des Eaux et forêts qu’en 1878.

Ce que la vue d’ensemble montre

C’est le cas type du paysage qui ne s’explique que vu d’en haut. Depuis les belvédères du Maïdo ou du Grand Bénare, on découvre d’un seul regard l’ovale complet, ses remparts verticaux, et les minuscules taches claires des îlets posés sur les replats, à des heures de marche les uns des autres.

La vue aérienne rend aussi visible ce que la carte ne dit pas : les crêtes de la Marianne et des Calumets ne sont pas de simples lignes, ce sont des murs qui compartimentent l’intérieur du cirque et obligent les sentiers à de longs détours. Deux îlets voisins à vol d’oiseau peuvent être séparés par une journée de marche.

Elle montre enfin la sortie unique, ce défilé de plus de sept kilomètres par lequel la rivière des Galets quitte le cirque au nord-ouest. C’est par là que passe l’essentiel du ravitaillement terrestre, et c’est ce goulet qui a maintenu Mafate à l’écart des routes. Comparé aux cirques métropolitains comme celui de Gavarnie, creusé par les glaciers, Mafate doit tout à l’effondrement et à la pluie.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.

Sources : notice du cirque de Mafate, Wikipédia en français ; parc national de La Réunion.

Questions fréquentes

Comment accède-t-on à Mafate ?

Uniquement par les sentiers, à pied, ou par les airs, en hélicoptère. Aucune route ne dessert l'intérieur du cirque, ce qui en fait un haut lieu du tourisme de randonnée à La Réunion.

Qui habite le cirque ?

Quelques centaines d'habitants, les Mafatais, qui occupent et cultivent divers replats appelés îlets. Ces îlets font partie du « Cœur habité » du parc national de La Réunion, créé en 2007.

Comment le cirque s'est-il formé ?

Par des phénomènes gravitaires, notamment des avalanches de débris, ces déstabilisations subites et massives des flancs du volcan, complétées par l'érosion. Les géologues ont longtemps pensé à des caldeiras, mais les analyses stratigraphiques démontrent que ce n'est pas le cas.

D'où vient le nom de Mafate ?

Il est à rapprocher de l'adjectif malgache mahafaty, qui signifie mortel ou qui tue. La tradition orale, romancée par le poète Eugène Dayot à partir de 1848, l'attribue à Mafate, chef marron installé près d'une source d'eau puante, et le chasseur d'esclaves François Mussard rapporte avoir tué un certain Maffack en septembre 1751.

Le cirque a-t-il toujours porté ce nom ?

Non. Il était auparavant appelé cirque de la Rivière des Galets, voire cirque d'Aurère. Le nom de cirque de Mafate n'apparaît pour la première fois sur une carte des Eaux et forêts qu'en 1878.
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