Au fond de la vallée, la route s’arrête et une muraille se dresse : près de 1 500 mètres de parois calcaires en trois étages, sur un demi-cercle de six kilomètres de circonférence. En son milieu tombe une cascade de 422 mètres. Le cirque de Gavarnie, dans les Hautes-Pyrénées, est le résultat d’un travail de glaciers sur des terrains qui ont été retournés et soulevés jusqu’à 3 000 mètres d’altitude.
Le site se trouve sur le versant septentrional de la ligne de crêtes qui marque la frontière avec l’Espagne. Il appartient au parc national des Pyrénées, créé en 1967, et il a été inscrit en 1997 au patrimoine mondial de l’UNESCO au sein de l’ensemble Pyrénées-Mont Perdu.
Les chiffres d’un demi-cercle
La topographie se résume à quelques données. Le fond du cirque, où se trouve l’hôtel du Cirque, est aux alentours de 1 570 mètres d’altitude. Le pic du Marboré, point culminant, atteint 3 248 mètres. Entre les deux, la paroi monte de près de 1 500 mètres, mais pas d’un seul élan : elle s’étage en trois niveaux successifs, séparés par des banquettes moins inclinées.
Les sommets qui ferment le cirque se succèdent d’est en ouest : le Petit Astazou, le pic du Marboré, le pic Brulle, le pic de la Cascade, l’épaule du Marboré, la tour du Marboré et le casque du Marboré. L’ensemble décrit un demi-cercle d’environ six kilomètres de circonférence.
Au milieu, légèrement sur le versant oriental, la cascade de Gavarnie tombe de 422 mètres. Elle est à la source du gave de Gavarnie, qui forme plus bas le gave de Pau. Sous la ligne de crête subsistent cinq glaciers reliques : ceux de la Brèche, du Casque, de l’Épaule, de la Cascade et le glacier ouest du Marboré.
Les terrains calcaires gris, ocre ou rosés ont été retournés et soulevés jusqu’à 3 000 mètres d’altitude.
Une nappe de charriage devenue paysage
L’origine du cirque est glaciaire, mais la roche qu’il entaille raconte une histoire plus ancienne et plus violente. La zone géologique de Gavarnie est un exemple de nappe de charriage : des terrains entiers ont été poussés les uns sur les autres et localement retournés, ce qui explique que l’on trouve des calcaires à 3 000 mètres.
Les glaciers quaternaires ont ensuite fait leur travail en surcreusant les bassins de Pragnères, de Gèdre et de Gavarnie. Les eaux ont incisé les verrous glaciaires qui séparent ces bassins, créant des gorges dont la plus caractéristique est celle de Saint-Sauveur. La brèche de Roland, cette entaille spectaculaire dans la crête frontière, est elle aussi une curiosité d’origine glaciaire.
Le nom du lieu renvoie à l’eau. Le cirque est appelé ola de Gavarnia en gascon, et Gavarnie serait issu de la racine gave, nom générique donné dans la région aux cours d’eau encaissés. La seconde partie du toponyme est plus incertaine : d’après Marcel Lavedan, elle pourrait signifier endroit élevé situé à l’intérieur.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Circonférence du demi-cercle | environ 6 km | un amphithéâtre fermé au fond de la vallée |
| Altitude du fond | environ 1 570 m | accessible à pied depuis le village |
| Point culminant | pic du Marboré, 3 248 m | près de 1 500 m de parois en trois étages |
| Cascade de Gavarnie | 422 m de hauteur | la source du gave, futur gave de Pau |
| Glaciers reliques | cinq, sous la ligne de crête | des vestiges de l’englacement quaternaire |
| Inscription UNESCO | 1997, ensemble Pyrénées-Mont Perdu | après la création du parc national en 1967 |
D’un hameau de bergers à une étape de Compostelle
Au Xe siècle, Gavarnie n’est qu’un hameau de bergers, et le lieu est globalement moins favorable au pastoralisme que le cirque de Troumouse voisin. Ce qui le sauve, c’est sa position : il se trouve à proximité du port de Boucharo, sur l’un des passages vers l’Espagne, et son église constitue une étape où l’on vient demander la protection de la Vierge du Bon-Port.
En 1794, sous la Première République, un détachement militaire est envoyé pour protéger la frontière des incursions espagnoles. Le village trouve progressivement son essor et il est constitué en commune en 1842. Il reste aujourd’hui le plus haut village du département, avec moins de 150 habitants.
C’est la science, puis la littérature, qui l’ont rendu célèbre. À la fin du XVIIIe siècle et au cours du XIXe, le cirque fait l’objet de nombreuses recherches botaniques, géologiques et topographiques, à l’instar de celles de Louis Ramond de Carbonnières. Les pyrénéistes comme Henry Russell ou Margalide et Louis Le Bondidier s’attaquent à ses sommets, tandis que Victor Hugo, le peintre Franz Schrader et les photographes en diffusent l’image. Tous ces visiteurs étaient accompagnés de guides locaux : François Bernat-Salles, Hippolyte et Célestin Passet, Rondou, Laurens ou Henri Courtade.
Le succès contre la protection
Le cirque est aujourd’hui l’un des sites les plus visités des Pyrénées, et cette fréquentation pose des problèmes concrets. L’accès se fait par le fond de vallée depuis le village, ou par le haut en empruntant l’échelle des Sarradets. La municipalité impose le stationnement dans un parking public payant, et l’accès en voiture au port de Boucharo a été fermé à la circulation, avec un grand parking gratuit en remplacement.
Un projet a été abandonné pour cette raison. Le Tour de France avait prévu une arrivée au cirque, aux Espécières, dans les années 1980. En plein cœur du parc national, le passage de la course posait trop de problèmes écologiques, et le projet n’a jamais pu aboutir.
Le festival de théâtre de Gavarnie pose la même question, dans l’autre sens. Il attire chaque année près de 10 000 spectateurs pendant deux semaines, et cet afflux est difficilement conciliable avec les nécessités de protection écologique. Le risque est nommé : un déclassement de la liste du patrimoine mondial, comme cela s’est déjà produit pour trois sites, à Oman, en Allemagne et en Géorgie.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la forme est d’une netteté presque artificielle : un demi-cercle régulier, ouvert vers le nord, dont les parois descendent en gradins concentriques jusqu’à un fond plat. C’est la signature d’un cirque glaciaire, la trace laissée par une masse de glace qui a creusé sa propre niche avant de reculer.
La vue aérienne montre aussi ce que l’on ne devine pas depuis le village : le cirque n’est pas isolé mais fait partie d’une série. Les glaciers ont surcreusé plusieurs bassins alignés dans la vallée, Pragnères, Gèdre et Gavarnie, que des verrous rocheux séparent et que les eaux ont ensuite entaillés de gorges.
Reste la cascade, qui ne se comprend qu’avec la géologie. Elle ne tombe pas d’un glacier mais d’une résurgence, à la faveur d’un contact entre couches calcaires soulevées, et elle alimente un gave qui finira par traverser Lourdes, à une cinquantaine de kilomètres en aval.
À voir autour
- Le château fort de Lourdes : le verrou de la vallée, cinquante kilomètres en aval
- Le cirque de Navacelles : un cirque creusé par l’eau, et non par la glace
- La chaîne des Puys : un autre relief inscrit au patrimoine mondial pour sa valeur géologique
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notice du cirque de Gavarnie, Wikipédia en français ; liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
