Charlemagne a assiégé le château fort de Lourdes en 778. Depuis son promontoire rocheux, la forteresse commande l’entrée des sept vallées du Lavedan, et elle a changé de camp au gré des traités pendant huit siècles.
Vue du ciel, l’implantation explique tout. Le château occupe un verrou rocheux au milieu de la ville actuelle, dans le quartier Centre-Soum. Les pentes sont abruptes sur trois côtés et l’accès est unique : c’est la configuration que recherchaient les bâtisseurs de forteresses du Sud-Ouest, et aucune armée ne pouvait remonter les vallées pyrénéennes sans passer sous ses murs.
Des origines romaines, un siège en 778
L’origine du site remonte à l’époque romaine. Les travaux du génie militaire menés au XIXe siècle ont mis au jour des fragments de sculpture, des autels votifs et des substructions de murs antiques, aujourd’hui exposés sur place. Ces mêmes travaux ont détruit la majeure partie des murs romains encore en élévation. La forteresse est assiégée en 778 par Charlemagne, puis devient la résidence des comtes de Bigorre aux XIe et XIIe siècles. En amont, les mêmes vallées sont contrôlées par l’abbaye de Saint-Savin.
Des comtes de Champagne au roi d’Angleterre
Au XIIe siècle, le château passe aux mains des comtes de Champagne, également rois de Navarre. Il entre ensuite dans le domaine des rois de France sous Philippe le Bel. Le 23 novembre 1361, en application du traité de Brétigny et sur ordre de Jean II le Bon, la place est cédée aux Anglais par l’intermédiaire de Raymond de Castelbajac, seigneur du lieu. Il faudra deux sièges pour qu’elle revienne à la France, au début du XVe siècle.
Entre-temps, la forteresse a été renforcée aux XIIIe et XIVe siècles avec la construction du donjon. La haute tour d’habitation est l’œuvre de Gaston Fébus, comte de Foix-Béarn, à la fin du XIVe siècle. Le site sera encore fortifié par l’armée au XIXe siècle : près de mille ans de chantiers militaires successifs sur le même rocher.
Prison royale, puis prison d’État
Au XVIIe siècle, le château devient prison royale, puis prison d’État après la Révolution, fonction qu’il conserve jusqu’au début du XXe siècle. C’est une seconde vie logique pour un site dont la principale qualité, l’isolement, sert aussi bien à retenir qu’à défendre.
En 1921, sous l’impulsion de Louis Le Bondidier et de son épouse Margalide, l’édifice devient le siège du musée pyrénéen, qu’il abrite toujours. C’est le plus grand musée d’arts et de traditions populaires des Pyrénées. La chapelle Notre-Dame-du-Château, construite en matériaux de réemploi, conserve le mobilier de l’ancienne église paroissiale Saint-Pierre de Lourdes, rasée en 1904.
| Date | Événement |
|---|---|
| 778 | Siège du château par Charlemagne |
| XIe-XIIe s. | Résidence des comtes de Bigorre |
| XIIe s. | Passage aux comtes de Champagne, rois de Navarre |
| 23 novembre 1361 | Cession aux Anglais en application du traité de Brétigny |
| Début du XVe s. | Retour à la France après deux sièges |
| Fin du XIVe s. | Haute tour d’habitation élevée par Gaston Fébus |
| XVIIe s. | Transformation en prison royale, puis d’État |
| 1921 | Installation du musée pyrénéen |
Ce que l’on voit encore d’en haut
- Un promontoire isolé au milieu du tissu urbain : la ville s’est construite autour du rocher, pas dessus.
- Des pentes abruptes sur trois côtés et un accès unique, la configuration recherchée par les ingénieurs médiévaux.
- Les fondations des XIe et XIIe siècles, qui portent encore les fortifications actuelles.
- Les ajouts du XIXe siècle, reconnaissables à leurs lignes droites et à leurs talus réguliers.
- L’ouverture vers les vallées, plein sud : le château regarde la montagne, pas la plaine.
Cette position a fait de Lourdes un point de passage obligé bien avant que la ville ne devienne un lieu de pèlerinage, et elle ouvre notre dossier Les Hautes-Pyrénées vues du ciel. Le même verrou géographique a servi successivement à la guerre, à la détention, puis à l’accueil des foules.
À voir autour
- L’abbaye de Saint-Savin, posée sur un fort romain : l’abbaye qui contrôlait les vallées en amont
- Le château de Lavardens n’a jamais été terminé : dans le Gers, une forteresse devenue château inachevé
Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les châteaux et forteresses du Sud-Ouest, le dossier Les Hautes-Pyrénées vues du ciel et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notice du château fort de Lourdes, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques.
