Quatre kilomètres de diamètre, une assise à 2 200 mètres, pas un arbre : le cirque de Troumouse est l’un des plus grands cirques glaciaires d’Europe. Des fouilles y ont pourtant retrouvé des habitats d’estive occupés entre 2300 et 2100 avant notre ère.
Le cirque de Troumouse est un cirque glaciaire situé au centre de la chaîne des Pyrénées, dans les Hautes-Pyrénées, et formant au sud la frontière avec l’Espagne. Son assise se situe aux alentours de 2 200 mètres d’altitude pour un diamètre moyen de 4 kilomètres, ce qui en fait l’un des plus grands cirques des Pyrénées et d’Europe.
Neuf sommets pour fermer un hémicycle
Le cirque est encadré par le pic de Bounèu, à 2 726 mètres, au sud-ouest, et le pic de la Sède, à 2 694 mètres, au nord-est. Entre ces deux bornes, la muraille est composée de neuf sommets distincts.
La Hèche de Bounèu culmine à 2 704 mètres, le mont Arrouy à 2 888, la Pène Blanque à 2 905, le pic de Gerbats à 2 904, le Petit pic Blanc à 2 957, le pic Heid à 3 022, le pic de Serre Mourène à 3 090, la Petite Munia à 3 096 et le pic de la Munia à 3 133. Les trois pics Heid, Petit pic Blanc et Gerbats forment ce que l’on appelle la muraille de Barroude.
Le fond du cirque est un pays d’eau. Y coulent les ruisseaux du Maillet, de Gabiédou, du Cot et le gave des Touyères, dont la réunion donne le gave de Héas, et l’on y aperçoit de très nombreux lacs, parmi lesquels les lacs des Aires à 2 342 mètres, le lac de Serre Longue à 2 190 et le lac d’Esbarris à 2 139.
Ce que l’on ne voit pas, en revanche, c’est un seul arbre. Le climat particulier du cirque fait qu’il est dépourvu d’arbres et de grands buissons, ce qui explique en partie l’impression d’échelle : rien, dans le paysage, ne donne de point de comparaison pour mesurer une paroi.
Des occupations humaines dans de modestes habitats d’estive sur une période d’environ deux cents ans, de 2300 à 2100 avant notre ère.
Des bergers quatre mille ans avant nous
La haute montagne passe pour un désert, et l’archéologie dit le contraire. Une troisième campagne de fouilles, conduite en 2018 sur le site de la Hail de Pout, a mis au jour des céramiques dont la datation révèle des occupations humaines dans de modestes habitats d’estive.
Le résultat vaut par sa durée autant que par son ancienneté : ces occupations couvrent une période d’environ deux cents ans, de 2300 à 2100 avant notre ère. Il ne s’agit donc pas d’un passage, mais d’un usage installé, celui d’une estive fréquentée génération après génération.
Cette activité pastorale n’a jamais cessé, et c’est précisément ce que l’Unesco a reconnu. Dans le bien Pyrénées-Mont Perdu, l’aménagement des pâturages de moyenne montagne et des granges d’altitude est présenté comme le témoin d’une activité agro-pastorale traditionnelle encore présente, et c’est à ce titre, de paysage culturel autant que naturel, que le site a été inscrit.
Le classement remonte à 1997. Le bien, transfrontalier, couvre 30 639 hectares et réunit deux parcs nationaux préexistants : côté français, la partie centrale du parc national des Pyrénées avec les cirques de Gavarnie, d’Estaubé, de Troumouse et de Barroude ; côté espagnol, le parc national d’Ordesa et du Mont-Perdu, avec les canyons d’Ordesa et de Niscle et les gorges d’Escuain, parmi les plus profonds d’Europe.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Diamètre moyen | 4 kilomètres | l’un des plus grands cirques d’Europe |
| Altitude de l’assise | environ 2 200 mètres | au-dessus de la limite des arbres |
| Point culminant | pic de la Munia, 3 133 mètres | neuf sommets ferment l’hémicycle |
| Lacs | des Aires 2 342 m, Serre Longue 2 190, Esbarris 2 139 | quatre ruisseaux formant le gave de Héas |
| Occupation humaine attestée | de 2300 à 2100 av. J.-C. | habitats d’estive au site de la Hail de Pout |
| Inscription au patrimoine mondial | 1997 | dans le bien Pyrénées-Mont Perdu, 30 639 hectares |
Un massif calcaire, pas un massif de granite
Le bien est centré sur le massif du Mont-Perdu, plus haut massif calcaire d’Europe, dont le sommet culmine à 3 355 mètres. C’est une donnée qui change la lecture du paysage : les grandes parois de ce secteur des Pyrénées ne sont pas du granite mais du calcaire, d’où les formes en gradins et les circulations d’eau souterraines.
Troumouse appartient à une série de quatre cirques alignés sur le versant nord, du cirque de Gavarnie au nord-ouest au cirque de Barroude au nord-est, en passant par celui d’Estaubé. Chacun est une vallée semi-circulaire d’origine glaciaire aux hautes parois escarpées, creusée par le même mécanisme.
Le territoire qui porte le cirque est à l’échelle de celui-ci. Gèdre, devenue le 1er janvier 2016 une commune déléguée au sein de la commune nouvelle de Gavarnie-Gèdre, couvre près de 145 kilomètres carrés, limitrophes de l’Espagne au-delà des cirques de Troumouse et d’Estaubé, et son altitude va de 905 mètres au nord à près de 3 200 mètres au Pic Long.
Le village de Gèdre lui-même est implanté au confluent du gave de Gavarnie et de son affluent le gave de Héas, celui qui descend de Troumouse. La géographie de la vallée se lit donc en remontant l’eau, et la route suit le même chemin.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le cirque est un hémicycle presque fermé, un amphithéâtre de quatre kilomètres dont le plancher est une prairie d’altitude parsemée de lacs. L’absence d’arbres rend lisibles les moindres détails du sol, les moraines, les ruisseaux, les parcelles d’estive, ce qu’une forêt masquerait.
La vue aérienne montre aussi la frontière. Les sommets qui ferment le cirque au sud marquent la limite avec l’Espagne, et de l’autre côté de cette crête commencent les canyons du parc national d’Ordesa et du Mont-Perdu : le même massif, vu de deux pays.
Elle fait enfin comprendre la contrainte d’accès. On arrive par la vallée de Héas, par une route départementale qui se termine à l’auberge du Maillet, et la fin du trajet se fait par un petit train payant ou à pied en quarante minutes. Un cirque de cette taille n’a qu’une seule porte.
À voir autour
- Le cirque de Gavarnie : des parois de 1 500 mètres et une cascade de 422
- Le cirque de Mafate : un cirque sans aucune route, à La Réunion
- Le mont Aiguille : la première ascension de l’histoire, en 1492
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Vu du ciel.
Sources : notices du cirque de Troumouse, de Pyrénées-Mont Perdu et de Gèdre, Wikipédia en français.
