Jusqu’à 40 artisans y tournaient les robinets des barriques de vin de Cahors : Saint-Cirq-Lapopie, au-dessus du Lot

Le village de Saint-Cirq-Lapopie et son église au bord d'une falaise calcaire dominant la vallée boisée du Lot
Saint-Cirq-Lapopie et son église au ras de la falaise, au-dessus de la vallée du Lot, en septembre 2017. Photo : Franck-fnba, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Sur la place du Sombral, où se tient un marché depuis le XIIIe siècle, les boutiques à arcades ouvrent encore sur la rue. Selon l’office de tourisme, elles occupent les mêmes lieux que les échoppes d’autrefois, dont celles des tourneurs sur bois. Au XIXe siècle, jusqu’à 40 de ces artisans fabriquaient en série les robinets des barriques qui emportaient le vin de Cahors sur le Lot, cent mètres plus bas.

Saint-Cirq-Lapopie est aujourd’hui connu pour sa silhouette de village accroché à la falaise, pour le séjour d’André Breton et pour le titre de village préféré des Français, remporté en 2012. Son histoire économique est plus discrète. Selon l’office de tourisme Cahors Vallée du Lot, le tournage sur bois s’y développe avant le XVe siècle, puis devient l’activité dominante du bourg au XIXe siècle, porté par la viticulture et le commerce régional du vin. Les tourneurs, appelés « roubinetaïres », produisent des robinets de barrique jusqu’à l’aube du XXe siècle, et l’office précise qu’ils ont été jusqu’à 40 artisans dans le village.

Ce chiffre donne la mesure d’une petite industrie rurale. Il faut le rapprocher de la population de l’époque : la base Cassini de l’EHESS, qui compile les recensements depuis la Révolution, attribue à la commune 1 461 habitants en 1861, son maximum historique. L’Insee n’en compte plus que 201 en 2023. Entre les deux, le village a perdu son atelier principal, une partie de son territoire et presque toute sa population, avant d’être redécouvert par les peintres puis par les visiteurs.

Un bourg taillé pour le commerce du vin

Le site tient sur un éperon calcaire qui domine la vallée. L’office de tourisme le décrit installé sur son rocher, à 100 mètres au-dessus de la rivière. Cette position surplombe un axe commercial ancien : du Moyen Âge au XXe siècle, le Lot permet de transporter à moindre coût les marchandises. Les gabarres descendaient vers Bordeaux avec le minerai et le charbon de l’Aveyron voisin, mais aussi les céréales, le tabac et le vin de Cahors, avant de remonter le courant.

Le vin voyageait en barriques, et chaque barrique avait besoin d’un robinet pour être mise en perce. C’est là que les tourneurs de Saint-Cirq ont trouvé leur débouché. Le bois des causses voisins leur fournissait la matière première. Avant de se spécialiser, ils produisaient toute une gamme d’objets du quotidien :

  • des gobelets et des écuelles en bois tourné ;
  • des moules de boutons ;
  • puis, à partir du XIXe siècle, des robinets de tonneaux fabriqués en série ;
  • des pièces destinées en particulier aux fûts qui acheminaient le vin de Cahors par voie fluviale.

Selon l’office de tourisme, ces robinets ont fait la renommée des roubinetaïres de Saint-Cirq-Lapopie dans la France entière. Le village vivait au rythme des tours à bois, et ses robinets descendaient le Lot avec le vin qu’ils servaient à tirer. L’église garde la trace de cette corporation : l’une de ses chapelles latérales est consacrée à sainte Catherine, patronne des tourneurs sur bois.

Le village vivait au rythme des tours à bois, et ses robinets descendaient le Lot avec le vin qu’ils servaient à tirer.

Trois familles de seigneurs sur un même rocher

Avant d’être un bourg d’artisans, Saint-Cirq-Lapopie fut une place forte. Au point culminant de la falaise, la « popie », mot occitan qui désigne un promontoire en forme de mamelle, portait un premier château construit au Xe siècle et remanié au XIIe siècle. Dès le XIIIe siècle, le fort se partage entre trois familles de seigneurs dominants : les Lapopie, les Cardaillac et les Gourdon. Le site est abandonné à partir du XVIe siècle au profit de demeures plus commodes, plus bas dans le bourg.

Les vestiges visibles aujourd’hui racontent cette histoire par fragments. Les principaux repères relevés par l’office de tourisme :

  • les soubassements de la tour maîtresse et du logis seigneurial sur le rocher de la Popie, avec les restes d’une porte fortifiée ;
  • les ruines du château attribué aux Cardaillac, bâti entre le début du XIIIe et le XIVe siècle autour d’un donjon roman, abandonné après des destructions ordonnées par Louis XI, Charles VIII et Henri de Navarre ;
  • la maison Rignault, maison forte crénelée du XVe siècle posée au bord de la falaise ;
  • la porte de la Pélissaria, la mieux conservée des portes de la ville, parfois appelée porte de Rocamadour.

Ce dernier nom renvoie au grand sanctuaire du Lot : Rocamadour a bâti sa fortune sur la découverte d’un corps dit intact en 1166. Les reliques de saint Cyr, qui a donné son nom au village, auraient été rapportées en France par saint Amadour selon la tradition rapportée par l’office de tourisme.

Une église gothique bâtie autour d’une chapelle romane

L’édifice le plus visible depuis la vallée est l’église dédiée à saint Cyr et à sa mère sainte Julitte. Sa notice dans la base Mérimée du ministère de la Culture la date du XIIe au XVe siècle et décrit un édifice du XVe siècle. Elle englobe une chapelle romane circulaire. La nef, flanquée de bas-côtés, se termine par un chœur circulaire, et un clocher carré accompagné d’une tourelle d’escalier ronde se dresse au-dessus de la première travée. L’église est classée monument historique depuis le 13 juillet 1911 et appartient à la commune.

L’office de tourisme situe le début du chantier gothique en 1522 et signale des fragments de peintures murales du XIIIe siècle ainsi qu’un décor sculpté à feuilles d’acanthe du XIIe siècle hérité de l’ancienne église paroissiale. Près du portail, au pied du clocher fortifié, est conservée une mesure de pierre qui réglementait la vente des grains sur le marché. Le village compte au total 13 monuments historiques, selon l’office de tourisme.

Le déclin, puis les peintres et André Breton

La fin des roubinetaïres coïncide avec un effondrement démographique. Les chiffres de la base Cassini permettent de suivre la courbe, mais ils comportent un piège : en 1902, Saint-Cirq-Lapopie cède une partie de son territoire pour former la commune voisine de Tour-de-Faure. La population passe ainsi de 1 070 habitants en 1901 à 504 en 1906, une chute qui tient d’abord à ce redécoupage. La baisse se poursuit ensuite sans changement de limites : 291 habitants en 1936, 207 en 1999.

Le renouveau vient des artistes. Le peintre Henri Martin s’installe dans le village, où l’office de tourisme signale encore son jardin et son pigeonnier mirador sur la place du Carol. En juin 1950, le fondateur du surréalisme découvre le village à l’issue de l’inauguration de la première « route mondiale », partie de Cahors. Les archives publiées par l’Association Atelier André Breton conservent l’allocution pour la mondialisation prononcée à Cahors le 24 juin 1950.

Breton s’installe dans l’ancienne auberge des Mariniers, qui avait appartenu à Henri Martin, et fait du bourg sa résidence d’été jusqu’à sa mort, en 1966. Lot Tourisme reprend la formule qu’il a laissée sur le village, « une rose impossible dans la nuit ». Sa demeure, qui associe un logis du XIIIe siècle et une tour du XIIe siècle, est présentée par l’office de tourisme comme la plus ancienne du village. Elle porte le label Maisons des Illustres et accueille, avec la maison Rignault, le Centre international du surréalisme et de la citoyenneté mondiale.

Ce que disent les chiffres clés

RepèreValeurSource
Tourneurs actifs au plus fort de l’activitéJusqu’à 40 artisansOffice de tourisme Cahors Vallée du Lot
Hauteur du village au-dessus du Lot100 mètresOffice de tourisme Cahors Vallée du Lot
Population maximale1 461 habitants (1861)Base Cassini, EHESS
Population après la cession de 1902504 habitants (1906)Base Cassini, EHESS
Population actuelle201 habitants (2023)Insee
Classement de l’église13 juillet 1911Base Mérimée
Chiffres repris de l’article et de ses sources.

Le label de village préféré des Français, obtenu en 2012 lors de la première édition de l’émission présentée par Stéphane Bern, a amplifié une fréquentation déjà ancienne. Pour qui visite la vallée, Saint-Cirq-Lapopie se combine souvent avec Cahors et le pont Valentré, dont la construction s’est étalée sur plus de soixante-dix ans.

Ce que l’on ne sait pas encore très bien

Le chiffre de 40 tourneurs est donné par l’office de tourisme sans date précise ni référence d’archive. On ne sait pas s’il correspond à un recensement des métiers, à une estimation tirée des registres paroissiaux ou à une tradition orale. Il ne dit pas non plus si ces artisans travaillaient tous en même temps ou sur plusieurs générations. Les recensements nominatifs du XIXe siècle, conservés aux archives départementales du Lot, permettraient de trancher.

La comparaison entre 1861 et aujourd’hui est elle aussi trompeuse si l’on oublie la cession de 1902 : la commune actuelle n’a plus le même territoire que celle du Second Empire, et une partie des habitants comptés en 1861 vivaient dans ce qui est devenu Tour-de-Faure. Enfin, la date exacte de l’achat de la maison par Breton varie selon les récits, entre 1950 et 1951, et la citation de la rose impossible circule sous plusieurs formes, toutes rattachées à sa découverte du village en juin 1950.

Questions fréquentes

Que fabriquaient les roubinetaïres de Saint-Cirq-Lapopie ?

Ces tourneurs sur bois produisaient des gobelets, des écuelles et des moules de boutons, puis, au XIXe siècle, des robinets de tonneaux en série. Ces robinets équipaient notamment les barriques de vin de Cahors transportées sur le Lot.

Combien de tourneurs travaillaient dans le village ?

L'office de tourisme Cahors Vallée du Lot indique qu'ils ont été jusqu'à 40 artisans. La source ne précise pas l'année ni le document d'archive qui fonde ce chiffre.

À quelle hauteur se trouve Saint-Cirq-Lapopie au-dessus du Lot ?

L'office de tourisme situe le village à 100 mètres au-dessus de la rivière, sur un éperon calcaire. Le rocher de la Popie, au point culminant de la falaise, portait le premier château du site.

Pourquoi André Breton s'est-il installé à Saint-Cirq-Lapopie ?

Il découvre le village en juin 1950, à l'issue de l'inauguration de la première route mondiale partie de Cahors. Il en fait sa résidence d'été jusqu'à sa mort en 1966, dans une maison aujourd'hui labellisée Maisons des Illustres.

Combien d'habitants compte Saint-Cirq-Lapopie ?

L'Insee recense 201 habitants en 2023. La commune en comptait 1 461 en 1861 selon la base Cassini, mais elle a cédé une partie de son territoire en 1902 pour former Tour-de-Faure.

Quand Saint-Cirq-Lapopie a-t-il été élu village préféré des Français ?

En 2012, lors de la première édition de l'émission présentée par Stéphane Bern. Le village fait aussi partie des Plus Beaux Villages de France.
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