Sous une petite commune des Deux-Sèvres s’étend une trentaine de kilomètres de galeries. Elles n’ont pas été creusées à l’explosif ni à la machine, mais en faisant du feu contre la roche, entre le VIIe et le Xe siècle, pour en tirer l’argent des monnaies du royaume franc.
Les mines de plomb argentifère de Melle ont été exploitées au bénéfice des rois francs. Le site, aujourd’hui aménagé en musée souterrain, porte le nom de mines d’argent des rois francs, et il occupe un rang rare dans le patrimoine français : celui d’un site minier du haut Moyen Âge resté accessible.
De l’an 600 à l’an 1000
La durée d’exploitation est inhabituellement longue pour une mine ancienne. Les anciennes exploitations de plomb argentifère de Melle ont été actives approximativement de l’an 600 à l’an 1000, soit quatre siècles, et elles se répartissent sur un gisement d’environ 47 kilomètres carrés, dont 7 seulement portent des traces d’exploitation.
Les volumes en jeu sont considérables. Les études géologiques du gisement en évaluent le contenu global à 750 000 tonnes de plomb et 1 400 tonnes d’argent, et l’archéologue Florian Téreygeol estime la production moyenne de la mine à environ 4 tonnes d’argent par an. La commune est par ailleurs concernée par le risque minier, principalement lié à l’évolution des cavités souterraines laissées à l’abandon et sans entretien après l’exploitation.
Le minerai explique l’ampleur du chantier. L’argent était extrait de la galène, un minerai composé principalement de plomb et de soufre, où le métal précieux n’est présent qu’en faible proportion. Pour obtenir de l’argent monnayable, il fallait donc abattre, remonter, trier, griller et fondre des quantités de roche sans rapport avec le produit final.
Le réseau souterrain connu représente une trentaine de kilomètres de galeries.
Abattre la roche avec du feu
Avant la poudre, un mineur dispose de trois outils : le pic, le coin et le feu. À Melle, les galeries d’extraction ont été creusées par abattage au feu, technique qui consiste à allumer un foyer de bois contre le front de taille. La roche chauffée se dilate, se fissure, et peut ensuite être détachée au pic.
La méthode a un coût élevé. Elle consomme du bois en grande quantité, elle sature les galeries de fumée, et elle impose d’attendre le refroidissement avant de revenir travailler. Elle laisse aussi des parois caractéristiques, arrondies et noircies, que l’on reconnaît encore aujourd’hui dans les parties visitables.
Le travail ne s’arrête pas à l’abattage. Il faut ensuite séparer l’argent du plomb, opération de métallurgie délicate qui se pratiquait sur place, et dont les ateliers faisaient partie intégrante de l’exploitation. L’ensemble du processus, extraction puis métallurgie du plomb et de l’argent, structure aujourd’hui la visite du site.
Le réseau résultant est vaste. Une trentaine de kilomètres de galeries sont connus, dont 350 mètres sont ouverts au public, dans des souterrains qui se maintiennent à une température constante d’environ 13 degrés toute l’année.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Période d’exploitation | environ de l’an 600 à l’an 1000 | époques mérovingienne et carolingienne |
| Surface concernée | environ 47 kilomètres carrés | la commune relève du risque minier |
| Galeries connues | une trentaine de kilomètres | 350 mètres ouverts à la visite |
| Minerai | galène, plomb et soufre | l’argent n’y est présent qu’en faible proportion |
| Technique d’abattage | le feu contre le front de taille | forte consommation de bois, parois noircies |
| Monnaies frappées | deniers et oboles | mine et atelier monétaire sur le même lieu |
| Température des galeries | environ 13 degrés constants | conditions stables toute l’année |
Ce que coûte un denier d’argent
La galène ne donne pas son argent facilement. Le minerai est d’abord trié à la main, puis grillé pour éliminer le soufre, puis fondu pour obtenir du plomb d’œuvre, c’est-à-dire du plomb contenant encore l’argent. Il faut enfin une dernière opération pour séparer les deux métaux, en oxydant le plomb à haute température.
Chaque étape consomme du combustible et du temps. Entre la roche abattue au feu et la pièce frappée, il y a donc une longue chaîne d’ateliers, et une main-d’œuvre nombreuse, qu’il faut loger et nourrir sur place. Une mine de ce type n’est pas un trou, c’est une petite ville de travail.
Cela explique l’intérêt du pouvoir royal. Les volumes extraits à Melle, estimés à plusieurs centaines de tonnes de plomb argentifère par an, ne sont pas le fruit d’une exploitation villageoise : ils supposent une organisation durable, capable de mobiliser des hommes et du bois sur plusieurs générations.
Une mine qui frappait sa propre monnaie
La singularité de Melle n’est pas d’avoir produit de l’argent, mais d’avoir réuni au même endroit la mine et l’atelier. Après extraction et fonte, le métal servait sur place à frapper des deniers et des oboles, les monnaies d’argent du haut Moyen Âge.
Cette conjonction donne à une bourgade du Poitou un poids politique. Une monnaie d’argent suppose une source d’argent, et un pouvoir qui contrôle la mine contrôle en partie la masse monétaire de son royaume. C’est ce qui explique que l’exploitation ait été menée au bénéfice des rois francs, et non d’un seigneur local.
Le reste de la ville garde la trace de cette époque de prospérité. Melle conserve trois églises romanes, dont l’église Saint-Pierre, classée au titre des monuments historiques en 1862, et les églises Saint-Hilaire et Saint-Savinien, classées en 1914. La commune est par ailleurs une étape de la via Turonensis, l’une des quatre voies françaises du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle.
L’activité s’éteint vers l’an mille. Les raisons en sont discutées, et ce n’est pas l’épuisement du gisement : moins de 15 pour cent de sa surface porte des traces d’exploitation médiévale, selon les travaux de Florian Téreygeol.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, il n’y a rien à voir, et c’est là tout le propos. Une mine médiévale ne laisse pas de chevalement ni de terril visible de loin : elle laisse des entrées discrètes, des dépressions, des tas de déblais que mille ans de végétation ont recouverts, dispersés sur un plateau dont le gisement couvre une quarantaine de kilomètres carrés.
La vue d’ensemble aide pourtant à comprendre la géographie du gisement. Les travaux suivent les filons, et les anciennes exploitations dessinent dans le sous-sol un réseau dont l’étendue n’a aucun rapport avec la taille de la commune en surface.
Elle rappelle enfin que l’invisible pèse encore. Les cavités laissées sans entretien depuis mille ans continuent d’évoluer, et c’est à ce titre, celui de la prévention du risque minier, que l’administration a dû reconstituer ce que les mineurs du haut Moyen Âge avaient extrait.
À voir autour
- Les mines de Bruoux : 40 kilomètres de galeries d’ocre
- Le puits Couriot : 727 mètres sous Saint-Étienne
- La cité souterraine de Naours : 28 galeries et 130 pièces
Pour aller plus loin : Le dossier Deux-Sèvres et la rubrique Lieux oubliés.
Sources : notice de Melle, Wikipédia en français ; site des mines d’argent des rois francs.

