Par grand froid, la France peut saler 100 000 tonnes par jour : ce sel sort de deux sites

L'autoroute A33 à Saint-Nicolas-de-Port, la commune sous laquelle court la mine de sel
L'A33 à Saint-Nicolas-de-Port, en Meurthe-et-Moselle, au-dessus de la mine de sel. Photo : Musicaline, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Par grand froid, la France peut répandre de l’ordre de 100 000 tonnes de sel par jour sur son réseau routier. L’exploitant indique que ce sel sort essentiellement de deux sites, dont une mine de Meurthe-et-Moselle.

La mine de sel gemme est exploitée par la Compagnie des Salins du Midi et des Salines de l’Est, filiale du Groupe Salins. C’est une exploitation souterraine en activité, et non un site patrimonial.

Cent mille tonnes par jour

Le chiffre vient de l’exploitant et il désigne une pointe, pas une moyenne. Quand une vague de froid touche l’ensemble du pays et que tous les gestionnaires de voirie salent en même temps, la demande atteint cet ordre de grandeur.

Il faut le rapporter au délai de prévision. L’exploitant indique que les besoins ne se prévoient pas au-delà d’une semaine, et une journée de pointe dépasse de loin ce que le pays produit en une journée.

C’est ce décalage qui explique le fonctionnement de la filière. On ne produit pas le sel de déneigement au moment où l’on en a besoin. L’exploitant décrit un stockage avancé, à proximité des lieux d’utilisation, dont il confie la gestion et la vente à une filiale du groupe basée à Mulhouse.

ÉlémentValeurCe que cela change
besoin national par grand froidde l’ordre de 100 000 t/jourune pointe, pas une moyenne
capacité du Groupe Salins4 millions de tonnes par antoutes installations confondues
méthode d’exploitationchambres et piliersl’autre méthode locale est la dissolution
localisation de la mine modernesous Saint-Nicolas-de-Portau sud du canal de la Marne au Rhin
vieux quartierssous Varangévillezone d’aléa d’affaissement
périmètre de risqueliste officielle du DDRMneuf communes concernées
concessions du bassin de Nancytrente octroyéesonze encore exploitées
La mine de sel en repères.

Des chambres et des piliers

La méthode d’exploitation est celle des chambres et piliers : on creuse des galeries dans la couche de sel en laissant en place des piliers qui soutiennent le toit. Le dossier départemental des risques majeurs de Meurthe-et-Moselle cite la mine de Varangéville comme le cas d’exploitation par chambres et piliers du bassin salifère de Nancy, où l’autre méthode pratiquée est la dissolution du sel en place.

Son avantage est la stabilité immédiate. Son inconvénient est qu’elle laisse dans le sol une part importante du gisement, immobilisée dans les piliers, et qu’elle crée des vides permanents dont il faut ensuite surveiller le comportement.

Une précision géographique s’impose, car elle est souvent fausse ailleurs : la mine moderne se trouve au sud du canal de la Marne au Rhin, pour l’essentiel sur la commune de Saint-Nicolas-de-Port. Varangéville, qui donne son nom à l’exploitation, est au nord, au-dessus des quartiers anciens.

L’État n’exclut pas que le fluage actuel du sel passe à un régime plus rapide.

Du sel qui flue

Le sel n’est pas une roche inerte. Sous charge, il flue, c’est-à-dire qu’il se déforme lentement et continûment, comme une matière visqueuse. Un pilier de sel n’a donc pas une résistance fixe : il travaille en permanence.

C’est ce comportement que l’État surveille. Dans les quartiers anciens, au nord du canal, où les piliers sont le plus chargés, il indique qu’il ne peut être exclu que le fluage actuel passe à un régime plus rapide, ce qui se traduirait en surface par un affaissement.

Le risque d’affaissement est encadré, mais au titre d’un autre phénomène : neuf communes de Meurthe-et-Moselle, dont Varangéville et Saint-Nicolas-de-Port, figurent sur la liste officielle des communes soumises aux affaissements dus à la dissolution de sel, qui vise l’exploitation par injection d’eau et non les chambres et piliers. La mine Saint-Laurent-Charmel, à Einville-au-Jard, fait l’objet d’une zone d’aléa comparable.

Deux sels qu’il ne faut pas confondre : le sel gemme est extrait mécaniquement dans les galeries souterraines : il sort impur, en gros grains, et sec. Le sel ignigène, lui, est obtenu en injectant de l’eau dans le gisement, en remontant la saumure et en l’évaporant. Les deux procédés coexistent dans le secteur, et la saline est alimentée par des champs de dissolution situés à l’extérieur de la mine.

Une histoire industrielle née au XIXe siècle

L’exploitation minière du sel lorrain s’est développée dès la seconde moitié du XIXe siècle, selon le dossier départemental des risques majeurs, et elle a structuré tout un secteur de la vallée de la Meurthe. Trente concessions ont été octroyées dans le bassin salifère de Nancy, dont onze sont encore exploitées.

Le paysage minier de surface en garde la trace : les chevalements de puits de sel se répartissent, avec le vallon de la Roanne, entre Varangéville, Lenoncourt et Art-sur-Meurthe. Ce sont ces installations de surface, et non les galeries, qui portent la mémoire visible de l’activité.

Le Groupe Salins, qui exploite le site, existe depuis plus de cent soixante ans et affiche une capacité de production de quatre millions de tonnes de sel par an. Le stockage avancé et la vente des sels de déneigement sont assurés par une filiale spécialisée.

Pourquoi le sel, et pas autre chose

Saler une route ne fait pas fondre la neige par magie : le sel abaisse la température de congélation de l’eau, la pellicule d’eau ne regèle donc pas, et la saumure qui se forme attaque la glace déjà prise jusqu’à la décoller de la chaussée.

Son efficacité chute quand le thermomètre descend trop bas, ce qui explique le recours à d’autres produits dans les secteurs de montagne. Pour l’essentiel du réseau français, il reste pourtant le produit le plus couramment employé.

C’est cette disponibilité qui donne son importance au site. Une filière de déneigement ne se juge pas à la qualité du produit mais à la capacité de le livrer partout, en quelques heures, le jour où il gèle.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, on ne voit pas la mine. On voit des chevalements, des bâtiments de traitement, des aires de stockage à ciel ouvert, et le canal de la Marne au Rhin qui sépare les quartiers anciens de l’exploitation moderne.

Les champs de dissolution, en revanche, ne sont pas ici : le dossier départemental des risques majeurs situe l’exploitation actuelle par dissolution sur le plateau de Haraucourt, à l’exception de la saline d’Einville, dans la vallée du Sânon. On les repère à leurs têtes de puits, des sondages verticaux par lesquels l’eau est injectée et la saumure remontée.

Elle rappelle enfin ce qui se joue sous les pieds. Aucune source officielle ne publie la longueur des galeries, mais c’est ce vide, invisible depuis la surface, que la gestion de l’après-mine a pour objet de surveiller.

À voir autour

Pour aller plus loin : La rubrique Lieux oubliés.

Sources : Groupe Salins, pages officielles consacrées au déneigement et aux implantations, pour le besoin instantané, l’origine des sels de viabilité hivernale, le stockage avancé, l’ancienneté et la capacité du groupe ; dossier départemental des risques majeurs de Meurthe-et-Moselle, édition 2019, pour les concessions du bassin salifère de Nancy, la méthode d’exploitation, la géographie de la dissolution et la liste des neuf communes soumises aux affaissements ; DREAL Grand Est pour la géographie de la mine, le fluage du sel et les zones d’aléa.

Questions fréquentes

Quelle quantité de sel la France utilise-t-elle ?

Par grand froid, l'ordre de 100 000 tonnes par jour pour l'ensemble du réseau routier, selon l'exploitant lui-même. Ce chiffre est une pointe, pas une moyenne : il correspond aux épisodes où tous les gestionnaires de voirie salent en même temps.

D'où vient ce sel ?

Essentiellement de deux sites français selon l'exploitant : la mine de Varangéville, près de Nancy, et le salin de Salin-de-Giraud, en Camargue, dont le sel remonte le Rhône par péniches.

Comment extrait-on le sel ici ?

Par chambres et piliers : on creuse des galeries en laissant en place des piliers de sel qui soutiennent le toit. Le dossier départemental des risques majeurs de Meurthe-et-Moselle cite la mine de Varangéville comme le cas d'exploitation par chambres et piliers du bassin salifère de Nancy, l'autre méthode locale étant la dissolution du sel en place.

La mine est-elle sous Varangéville ?

Pas principalement, et c'est une imprécision courante. La mine moderne se trouve au sud du canal de la Marne au Rhin, pour l'essentiel sur la commune de Saint-Nicolas-de-Port. Ce sont les vieux quartiers, au nord du canal, qui sont sous Varangéville.

Y a-t-il un risque d'affaissement ?

Oui, et il est suivi. Dans les quartiers anciens, où les piliers sont les plus chargés, l'État n'exclut pas que le fluage actuel du sel passe à un régime plus rapide. Neuf communes de Meurthe-et-Moselle, dont Varangéville et Saint-Nicolas-de-Port, figurent par ailleurs sur la liste officielle des communes soumises aux affaissements dus à la dissolution de sel, un phénomène distinct de celui des chambres et piliers.

Qu'en est-il des mines voisines ?

La mine Saint-Laurent-Charmel, à Einville-au-Jard, fait l'objet d'une zone d'aléa comme les vieux quartiers de Varangéville. D'autres sites lorrains, comme Dieuze, ont été ennoyés.

Sel gemme ou sel ignigène ?

Les deux existent ici, et ce n'est pas la même chose. Le sel gemme est extrait mécaniquement dans les galeries : il est impur, gros et sec. Le sel ignigène est obtenu en dissolvant le sel du sous-sol puis en évaporant la saumure. La saline voisine est alimentée par des champs de dissolution extérieurs.
PartagerFacebookXWhatsAppLinkedInE-mail
Retour en haut