Une usine de Seine-et-Marne, en aval de Meaux, appartient à la ville de Paris. Elle élève l’eau de la Marne vers le canal de l’Ourcq, qui alimente la capitale.
L’usine élévatoire des eaux de Trilbardou est protégée au titre des monuments historiques depuis 1987. Sa grande roue hydraulique en est la pièce maîtresse.
Une propriété parisienne à une trentaine de kilomètres de Paris
Le fait figure noir sur blanc dans la notice du ministère de la Culture : l’usine est propriété de la ville de Paris. Elle se trouve pourtant en Seine-et-Marne, à une trentaine de kilomètres de la capitale.
L’explication tient au canal de l’Ourcq, qui alimente Paris et qu’il a fallu alimenter lui-même. La Ville a racheté à Trilbardou les installations et les droits d’eau de l’ancien moulin, devenu usine de laminage, puis le moulin de Mareuil-lès-Meaux un peu en amont, dont elle a supprimé le barrage pour porter la chute de Trilbardou à 1,20 mètre.
Ce n’est donc pas une installation industrielle locale mais un équipement parisien implanté là où se trouvait la ressource. Le même mouvement a produit une seconde usine, dite d’Isles-les-Meldeuses, en amont de Meaux : deux décrets du 14 avril 1866 ont autorisé le même jour la prise d’eau sur les deux sites.
Un détail de la notice mérite attention. Le champ du statut juridique affiche propriété de la commune, qui est une catégorie du vocabulaire de la base et non le nom d’une commune. C’est le champ de précision qui désigne le propriétaire : propriété de la ville de Paris. La notice le répète dans sa description historique.
| Élément | Valeur | Source |
|---|---|---|
| propriétaire | la ville de Paris | notice du ministère de la Culture |
| maître de l’œuvre | Alphonse Sagebien | notice du ministère |
| année de construction retenue | 1865 | notice du ministère |
| mise en service | 19 avril 1868 | compte rendu du service des eaux, 1878 |
| inscription | 22 octobre 1987 | les deux bâtiments et leurs dispositifs |
| classement | 26 mai 1992 | la roue, la vanne, les pompes, la cloche et le pont-roulant |
| diamètre de la roue | 11,04 m | mémoire d’ingénieur de 1872 |
| débit journalier | de 8 000 à 40 000 m3 | selon l’état des eaux, même mémoire |
Le fleuve remonte le fleuve
Le principe de la grande roue est simple : c’est le courant de la Marne qui la fait tourner, et elle qui remonte l’eau de la Marne. Le site n’est pas resté pour autant étranger aux autres énergies, puisqu’une machine à vapeur y a été ajoutée en 1895, puis des pompes électriques en 1930.
La roue commande quatre pompes, que la notice du ministère appelle pompes aspirantes Sagebien et que le mémoire de 1872 décrirait, d’après ses références, comme des pompes à piston plein calées d’équerre, pouvant marcher ensemble ou séparément selon l’eau disponible.
Un mémoire d’ingénieur des ponts et chaussées publié en 1872 relève les cotes de cette roue : 11,04 mètres de diamètre, 5,96 mètres de largeur, soixante-dix aubes en bois mince de 2,50 mètres de profondeur. Les descriptions disponibles aujourd’hui retrouvent les soixante-dix aubes, leur profondeur et la largeur de 5,96 mètres, et arrondissent le diamètre à onze mètres.
Le même mémoire donne la vitesse : sous une chute d’un mètre, la roue fait 1,62 tour par minute. Nous attribuons ces chiffres à ce texte, dont nous n’avons pu consulter que les références, l’accès au texte intégral étant filtré.
C’est le courant du fleuve qui remonte l’eau du fleuve.
Un débit qui dépend de la rivière
Une donnée circule partout sur cette usine : 27 000 mètres cubes par jour. Elle n’est pas confirmée par la source technique, et elle masque ce qui fait l’intérêt de la machine.
L’ingénieur de 1872 écrit en effet que le contingent journalier peut varier, suivant l’état des eaux, de 8 000 à 40 000 mètres cubes. Le rapport entre le minimum et le maximum est de un à cinq.
Il précise aussi le seuil critique. En dessous de 35 centimètres de chute, la roue ne peut plus entraîner que deux pompes, et le volume refoulé tombe à environ 5 000 mètres cubes. Une roue mue par un fleuve suit le fleuve.
Le même mémoire évaluerait le travail utile de la roue, sur le second semestre 1871, à 42,37 chevaux en marche continue. Nous le rapportons sous la même réserve que les cotes de la roue, faute d’avoir pu lire le texte. Les descriptions accessibles donnent de leur côté une puissance du moteur hydraulique de l’ordre de 150 chevaux, qui ne mesure pas la même chose.
Trois dates pour une mise en route
Ce dossier illustre un problème que l’on rencontre souvent sur le patrimoine industriel : la date de naissance d’une machine dépend de ce que l’on appelle naissance.
La notice du ministère retient 1865 comme année de campagne de construction. Le compte rendu publié en 1878 par le service des eaux de la Ville de Paris écrit que l’usine a été achevée entièrement et mise en service le 19 avril 1868. Et les textes touristiques donnent 1869.
Nous donnons les trois, parce qu’elles ne mesurent pas la même chose et qu’aucune source ne les concilie. L’autorisation de prise d’eau dans la Marne, elle, est datée sans ambiguïté : deux décrets du 14 avril 1866, l’un pour Trilbardou, l’autre pour Isles-les-Meldeuses.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, l’usine ne ressemble pas à une usine. C’est un assemblage de bâtiments anciens et neufs, posé au bord de la Marne, et rien n’y signale la machine qu’il contient.
La vue montre en revanche la logique hydraulique du site. Le barrage sur la Marne, la prise d’eau, le bâtiment des pompes et le canal de l’Ourcq, qui passe nettement plus haut que la rivière, forment une chaîne courte dont chaque maillon est visible.
Elle fait enfin comprendre l’inscription de 1987, qui porte sur deux bâtiments et non sur un seul : la notice protège les deux bâtiments abritant les dispositifs techniques, sans en dire davantage sur leur disposition.
À voir autour
- L’ascenseur des Fontinettes : 792 tonnes sur un piston
- Le plan incliné d’Arzviller : 44,50 mètres sans écluse
- Le canal de Berry : 261 kilomètres au petit gabarit
Pour aller plus loin : La rubrique Patrimoine.
Sources : base POP du ministère de la Culture, notice Mérimée PA00087302, pour la propriété de la ville de Paris, l’attribution à Alphonse Sagebien, l’année de 1865, l’inscription du 22 octobre 1987 et le classement du 26 mai 1992 ; mémoire d’ingénieur des ponts et chaussées publié en 1872, dont nous n’avons pu consulter que les références, pour les cotes de la roue, sa vitesse, la fourchette de débit, le travail utile et l’existence d’une seconde roue ; page de l’usine sur le site des Archives départementales de Seine-et-Marne et dossier technique de l’association Au fil de l’Ourcq pour les aubes, la chute, la puissance, les décrets du 14 avril 1866 et les ajouts de 1895 et 1930 ; compte rendu du service des eaux de la Ville de Paris publié en 1878 pour la mise en service du 19 avril 1868 et les décrets de concession.

