L’usine élévatoire de Trilbardou, en Seine-et-Marne, appartient à la ville de Paris

Les halles de l'usine élévatoire de Trilbardou et sa tour, le long de la route
L'usine élévatoire des eaux de Trilbardou, en Seine-et-Marne. Photo : Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Une usine de Seine-et-Marne, en aval de Meaux, appartient à la ville de Paris. Elle élève l’eau de la Marne vers le canal de l’Ourcq, qui alimente la capitale.

L’usine élévatoire des eaux de Trilbardou est protégée au titre des monuments historiques depuis 1987. Sa grande roue hydraulique en est la pièce maîtresse.

Une propriété parisienne à une trentaine de kilomètres de Paris

Le fait figure noir sur blanc dans la notice du ministère de la Culture : l’usine est propriété de la ville de Paris. Elle se trouve pourtant en Seine-et-Marne, à une trentaine de kilomètres de la capitale.

L’explication tient au canal de l’Ourcq, qui alimente Paris et qu’il a fallu alimenter lui-même. La Ville a racheté à Trilbardou les installations et les droits d’eau de l’ancien moulin, devenu usine de laminage, puis le moulin de Mareuil-lès-Meaux un peu en amont, dont elle a supprimé le barrage pour porter la chute de Trilbardou à 1,20 mètre.

Ce n’est donc pas une installation industrielle locale mais un équipement parisien implanté là où se trouvait la ressource. Le même mouvement a produit une seconde usine, dite d’Isles-les-Meldeuses, en amont de Meaux : deux décrets du 14 avril 1866 ont autorisé le même jour la prise d’eau sur les deux sites.

Un détail de la notice mérite attention. Le champ du statut juridique affiche propriété de la commune, qui est une catégorie du vocabulaire de la base et non le nom d’une commune. C’est le champ de précision qui désigne le propriétaire : propriété de la ville de Paris. La notice le répète dans sa description historique.

ÉlémentValeurSource
propriétairela ville de Parisnotice du ministère de la Culture
maître de l’œuvreAlphonse Sagebiennotice du ministère
année de construction retenue1865notice du ministère
mise en service19 avril 1868compte rendu du service des eaux, 1878
inscription22 octobre 1987les deux bâtiments et leurs dispositifs
classement26 mai 1992la roue, la vanne, les pompes, la cloche et le pont-roulant
diamètre de la roue11,04 mmémoire d’ingénieur de 1872
débit journalierde 8 000 à 40 000 m3selon l’état des eaux, même mémoire
Trilbardou d’après la notice du ministère et le mémoire publié en 1872.

Le fleuve remonte le fleuve

Le principe de la grande roue est simple : c’est le courant de la Marne qui la fait tourner, et elle qui remonte l’eau de la Marne. Le site n’est pas resté pour autant étranger aux autres énergies, puisqu’une machine à vapeur y a été ajoutée en 1895, puis des pompes électriques en 1930.

La roue commande quatre pompes, que la notice du ministère appelle pompes aspirantes Sagebien et que le mémoire de 1872 décrirait, d’après ses références, comme des pompes à piston plein calées d’équerre, pouvant marcher ensemble ou séparément selon l’eau disponible.

Un mémoire d’ingénieur des ponts et chaussées publié en 1872 relève les cotes de cette roue : 11,04 mètres de diamètre, 5,96 mètres de largeur, soixante-dix aubes en bois mince de 2,50 mètres de profondeur. Les descriptions disponibles aujourd’hui retrouvent les soixante-dix aubes, leur profondeur et la largeur de 5,96 mètres, et arrondissent le diamètre à onze mètres.

Le même mémoire donne la vitesse : sous une chute d’un mètre, la roue fait 1,62 tour par minute. Nous attribuons ces chiffres à ce texte, dont nous n’avons pu consulter que les références, l’accès au texte intégral étant filtré.

C’est le courant du fleuve qui remonte l’eau du fleuve.

Un débit qui dépend de la rivière

Une donnée circule partout sur cette usine : 27 000 mètres cubes par jour. Elle n’est pas confirmée par la source technique, et elle masque ce qui fait l’intérêt de la machine.

L’ingénieur de 1872 écrit en effet que le contingent journalier peut varier, suivant l’état des eaux, de 8 000 à 40 000 mètres cubes. Le rapport entre le minimum et le maximum est de un à cinq.

Il précise aussi le seuil critique. En dessous de 35 centimètres de chute, la roue ne peut plus entraîner que deux pompes, et le volume refoulé tombe à environ 5 000 mètres cubes. Une roue mue par un fleuve suit le fleuve.

Le même mémoire évaluerait le travail utile de la roue, sur le second semestre 1871, à 42,37 chevaux en marche continue. Nous le rapportons sous la même réserve que les cotes de la roue, faute d’avoir pu lire le texte. Les descriptions accessibles donnent de leur côté une puissance du moteur hydraulique de l’ordre de 150 chevaux, qui ne mesure pas la même chose.

Trois dates pour une mise en route

Ce dossier illustre un problème que l’on rencontre souvent sur le patrimoine industriel : la date de naissance d’une machine dépend de ce que l’on appelle naissance.

La notice du ministère retient 1865 comme année de campagne de construction. Le compte rendu publié en 1878 par le service des eaux de la Ville de Paris écrit que l’usine a été achevée entièrement et mise en service le 19 avril 1868. Et les textes touristiques donnent 1869.

Nous donnons les trois, parce qu’elles ne mesurent pas la même chose et qu’aucune source ne les concilie. L’autorisation de prise d’eau dans la Marne, elle, est datée sans ambiguïté : deux décrets du 14 avril 1866, l’un pour Trilbardou, l’autre pour Isles-les-Meldeuses.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, l’usine ne ressemble pas à une usine. C’est un assemblage de bâtiments anciens et neufs, posé au bord de la Marne, et rien n’y signale la machine qu’il contient.

La vue montre en revanche la logique hydraulique du site. Le barrage sur la Marne, la prise d’eau, le bâtiment des pompes et le canal de l’Ourcq, qui passe nettement plus haut que la rivière, forment une chaîne courte dont chaque maillon est visible.

Elle fait enfin comprendre l’inscription de 1987, qui porte sur deux bâtiments et non sur un seul : la notice protège les deux bâtiments abritant les dispositifs techniques, sans en dire davantage sur leur disposition.

À voir autour

Pour aller plus loin : La rubrique Patrimoine.

Sources : base POP du ministère de la Culture, notice Mérimée PA00087302, pour la propriété de la ville de Paris, l’attribution à Alphonse Sagebien, l’année de 1865, l’inscription du 22 octobre 1987 et le classement du 26 mai 1992 ; mémoire d’ingénieur des ponts et chaussées publié en 1872, dont nous n’avons pu consulter que les références, pour les cotes de la roue, sa vitesse, la fourchette de débit, le travail utile et l’existence d’une seconde roue ; page de l’usine sur le site des Archives départementales de Seine-et-Marne et dossier technique de l’association Au fil de l’Ourcq pour les aubes, la chute, la puissance, les décrets du 14 avril 1866 et les ajouts de 1895 et 1930 ; compte rendu du service des eaux de la Ville de Paris publié en 1878 pour la mise en service du 19 avril 1868 et les décrets de concession.

Questions fréquentes

Pourquoi la ville de Paris possède-t-elle une usine en Seine-et-Marne ?

Parce que le canal de l'Ourcq alimente Paris, et qu'il faut lui fournir de l'eau. À Trilbardou, la Ville a racheté les installations et les droits d'eau de l'ancien moulin, devenu entre-temps usine de laminage, et c'est cette emprise qui a servi d'assiette à l'usine élévatoire. Elle a aussi acheté le moulin de Mareuil-lès-Meaux, un peu en amont, pour en supprimer le barrage et porter ainsi la chute de Trilbardou à 1,20 mètre. La notice du ministère indique bien propriété de la ville de Paris.

Comment fonctionne-t-elle ?

Par une roue hydraulique du système Sagebien, mue par le courant de la Marne, qui commande quatre pompes. La notice du ministère les appelle pompes aspirantes Sagebien ; le mémoire de 1872 les décrirait, d'après ses références, comme des pompes à piston plein calées d'équerre, pouvant marcher ensemble ou séparément. L'énergie du fleuve sert à remonter l'eau du fleuve lui-même.

Quelles sont les dimensions de la roue ?

Un mémoire d'ingénieur des ponts et chaussées publié en 1872 donne 11,04 mètres de diamètre, 5,96 mètres de largeur, soixante-dix aubes en bois mince de 2,50 mètres de profondeur, et 1,62 tour par minute sous une chute d'un mètre. Nous attribuons ces chiffres à ce mémoire, que nous n'avons pas pu lire au-delà de ses références. Les descriptions accessibles aujourd'hui retrouvent les soixante-dix aubes, leur profondeur de 2,50 mètres et la largeur de 5,96 mètres, et arrondissent le diamètre à onze mètres.

Quel débit ?

Pas un chiffre fixe. Le même ingénieur écrit que le contingent journalier peut varier, suivant l'état des eaux, de 8 000 à 40 000 mètres cubes, et que sous la chute minimale de 35 centimètres le volume refoulé ne dépasse guère 5 000 mètres cubes. Les 27 000 mètres cubes que l'on lit partout correspondent à un débit d'environ 320 litres par seconde prolongé sur vingt-quatre heures de marche continue, soit un maximum théorique plutôt qu'un volume constaté.

De quand date l'usine ?

Trois dates circulent et nous les donnons toutes : la notice du ministère retient 1865 comme année de construction, le compte rendu du service des eaux publié en 1878 indique une mise en service le 19 avril 1868, et les textes touristiques écrivent 1869.

N'y avait-il qu'une roue ?

Non. En 1872, l'usine comportait deux moteurs hydrauliques : la grande roue Sagebien et une roue de côté ordinaire héritée du moulin, de 7,20 mètres de diamètre et 4,30 mètres de largeur. Seule la première figure dans la protection.

Qu'est-ce qui est protégé exactement ?

Deux actes distincts. L'arrêté du 22 octobre 1987 inscrit les deux bâtiments abritant les dispositifs techniques. L'arrêté du 26 mai 1992 classe les dispositifs eux-mêmes, que la notice énumère : la roue hydraulique Sagebien, les vestiges de la vanne motrice, les quatre pompes aspirantes Sagebien, la cloche d'équilibre et le pont-roulant.
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