Le port romain de Fréjus n’est pas un site archéologique dégagé que l’on visite. C’est un quartier de ville, et l’État l’a protégé en inscrivant les parcelles bâties qui le recouvrent.
Le port antique se trouve à Fréjus, dans le Var. Il est comblé depuis longtemps, et le bassin est aujourd’hui à environ 1,5 kilomètre du rivage.
Protéger des terrains plutôt qu’un monument
La formule de l’arrêté, reprise par la notice officielle, dit exactement ce qui est en jeu : les parcelles de terrain constituant le bassin portuaire ainsi que le départ du chenal, les quais connus et à découvrir, les constructions antiques y attenantes et les parcelles qui les contiennent.
Trois mots méritent d’être relevés. Parcelles, d’abord : l’objet protégé est foncier avant d’être monumental. Puis à découvrir : on protège des quais dont on suppose l’existence sans les avoir vus. Et enfin qui les contiennent : le sol compte autant que ce qu’il recèle.
Cette inscription date du 16 septembre 1996, modifiée par un arrêté du 3 décembre de la même année. Elle s’ajoute à deux classements antérieurs, l’un de 1886 sur les restes du quai et du môle, l’autre de 1987 sur les vestiges du lieu-dit La Porte d’Orée.
Le résultat est un périmètre à la propriété éclatée. La notice cumule propriété communale, propriété privée, propriété de l’État et propriété d’un établissement public, et nomme deux opérateurs publics propriétaires de parcelles du port antique : le ministère chargé des postes et télécommunications et la SNCF.
| Acte | Date | Objet |
|---|---|---|
| classement | 12 juillet 1886 | restes du quai et du môle |
| classement | 4 juin 1987 | vestiges du lieu-dit La Porte d’Orée |
| inscription | 16 septembre 1996 | les parcelles constituant le bassin |
| modification | 3 décembre 1996 | de l’arrêté précédent |
| sections cadastrales concernées | BE, BI et BH | une cinquantaine de parcelles |
| datation selon le ministère | IIe siècle | gallo-romain |
| datation par radiocarbone | 120 av. à 60 apr. J.-C. | début du règne d’Auguste, étude de 2011 |
| distance au rivage actuel | environ 1,5 km | le delta de l’Argens a éloigné la mer |
Deux datations qui ne se recouvrent pas
La base du ministère retient le IIe siècle pour la campagne principale de construction. Une étude géoarchéologique publiée en 2011 donne un résultat sensiblement différent.
Ses auteurs ont daté la fondation du bassin par radiocarbone à 2025 ans avant le présent, à trente ans près, soit une fourchette allant de 120 avant notre ère à 60 après, qu’ils rattachent au début du règne d’Auguste.
Les deux datations ne mesurent d’ailleurs pas la même chose : le champ de la base renseigne le siècle de la campagne principale de construction, l’étude date la fermeture du bassin par la construction d’un quai. Nous donnons les deux valeurs plutôt que de trancher entre une base administrative et une publication scientifique.
La même étude corrige un autre point de la notice. Là où celle-ci décrit un port aménagé dans un marécage, les analyses concluent à un fond de baie marine, c’est à dire à un milieu très différent.
On y protège des quais connus, et des quais à découvrir.
Un bassin que les Romains curaient
Le résultat le plus inattendu de cette étude tient à ce qui ne s’est pas déposé. Le carottage de référence, pris au centre même du bassin antique, descend à quinze mètres de profondeur.
Or la tranche romaine y est presque vide de sédiments : environ un demi-millimètre par an pendant six siècles. Dans un bassin portuaire ouvert sur un delta, c’est anormalement peu.
Les auteurs y voient la trace de curages et de dragages romains répétés. Autrement dit, l’absence de boue est elle-même un vestige : elle enregistre un entretien, et donc une activité.
Le quai sud, l’élément le plus monumental du dispositif, mesure environ 400 mètres et repose sur une flèche sableuse. Il a été doublé et renforcé à son extrémité orientale.
Ce que nous ne donnons pas : la superficie du bassin. Les chiffres qui circulent varient selon les auteurs et selon la définition retenue du bassin, et nous ne tranchons pas entre eux. Et la tour dite lanterne d’Auguste, qui sert d’image au port dans toutes les brochures, n’est nommée dans aucun arrêté : elle est rattachée administrativement à l’ancien port romain, sans notice propre.
Un port que le fleuve a éloigné de la mer
La géographie actuelle ne ressemble en rien à celle de l’Antiquité. Le bassin se trouve aujourd’hui à environ un kilomètre et demi de la ligne de rivage, et c’est le delta de l’Argens qui a produit cet éloignement.
Le processus est daté. La lagune saumâtre qui a suivi la fermeture du bassin s’est continentalisée jusqu’à devenir un lac d’eau douce, et la côte rocheuse de la butte Saint-Antoine est devenue un littoral sableux, métamorphose que l’étude situe par la céramique entre 20 à 30 avant notre ère et 20 à 30 après.
L’étude rappelle aussi un repère de niveau marin relevé au pied de la butte Saint-Antoine, sur le chantier du théâtre d’agglomération : environ 30 centimètres sous le zéro NGF, pour un niveau daté de 2420 ans avant le présent, à trente ans près. Le chiffre ne sort pas du carottage, les auteurs le reprennent de deux publications antérieures, et il décrit un état antérieur à la fondation du port.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le port antique ne se voit pas. Ce que l’on survole, ce sont des rues, des maisons, une avenue, une emprise ferroviaire, et la notice le dit à sa façon en désignant des parcelles et des numéros de rue plutôt qu’un monument.
Ce que la vue donne à lire, en revanche, c’est la géographie du périmètre protégé : il court le long de la rue Aristide-Briand, de l’avenue de la Porte-d’Orée, du chemin de la Lanterne d’Auguste et de la rue Albert-Einaudi, adresses que la notice égrène parcelle par parcelle.
Elle montre enfin l’éloignement de la mer. Entre le bassin et le rivage, un kilomètre et demi de plaine deltaïque occupe aujourd’hui ce qui était une entrée de port.
C’est l’urbanisation, et non la distance à la mer, qui impose de fouiller le port par morceaux. Un projet collectif de recherche lancé en 2020, conduit par le service archéologie de la ville avec le Centre Camille Jullian du CNRS, a retenu trois secteurs d’étude : la Bastide Mège du côté des quais orientaux, la Porte d’Orée et le secteur de la lanterne d’Auguste. Les campagnes récentes portent sur les quais orientaux.
Travailler ainsi est la seule méthode possible quand le site est habité. On n’ouvre pas un chantier de 400 mètres sous une avenue : on avance parcelle par parcelle, au gré des travaux et des occasions.
À voir autour
- Le Camp de César de Laudun : un forum et une basilique
- Vieux-la-Romaine : la capitale des Viducasses
- La villa de Loupian : 450 mètres carrés de mosaïques
Pour aller plus loin : La rubrique Archéologie.
Sources : base POP du ministère de la Culture, notice Mérimée PA00081620, pour les termes de l’inscription de 1996, les classements de 1886 et de 1987, les sections cadastrales, les régimes de propriété et la datation retenue ; étude géoarchéologique publiée dans les Comptes rendus Geoscience en 2011 pour la datation par radiocarbone, le milieu d’origine, le carottage, le taux de sédimentation, le quai sud, le repère de niveau marin qu’elle relaie d’après des travaux antérieurs, et le recul du rivage ; pages d’actualité du site de la ville de Fréjus pour le projet collectif de recherche et ses secteurs de fouille.

