On l’appelle le Camp de César. Les fouilles y ont dégagé un forum de 643 mètres carrés et une basilique de 429 : ce n’est pas un campement, c’est une ville.
Le site occupe un vaste plateau calcaire à Laudun-l’Ardoise, dans le Gard, culminant à 264 mètres. Son emprise intra muros est de 18 hectares.
Un forum, donc une ville
Le fait le plus parlant du site est son centre monumental. Les fouilles programmées y ont dégagé un forum de 643 mètres carrés et une basilique de 429 mètres carrés, dimensions relevées et publiées par le responsable d’opération.
Ces deux édifices ne laissent pas de place au doute. Un forum est une place publique encadrée de portiques, une basilique un bâtiment civil où l’on rend la justice et où l’on traite les affaires : ce sont les organes d’une cité, pas les équipements d’un camp.
Le reste du dossier va dans le même sens. On a dégagé une aire à portique, une salle à pressoir avec son cuveau en béton à tuileau, trois aires de crémation et une fosse à métallurgie contenant du minerai de fer. Le responsable d’opération attribue le pressoir à l’huile d’olive, mais écrit « très probablement », et la fonction de l’aire à portique reste selon lui mal connue.
| Élément | Valeur | Ce que cela change |
|---|---|---|
| superficie intra muros | 18 hectares | plateau calcaire à 264 mètres |
| forum dégagé | 643 m2 | une place publique, pas un camp |
| basilique | 429 m2 | édifice civil et judiciaire |
| première agglomération | au cours du Ve siècle av. J.-C. | occupation sur plus d’un millénaire |
| enceinte augustéenne | cinq courtines | deux tours, deux portes |
| bâtiment sondé en 2010 | 14,40 m sur 8 m | élévation conservée sur 70 cm environ |
| protection | aucune | ni monument historique ni site classé |
Le nom est une tradition
Aucune des publications archéologiques consultées ne relie le site à Jules César. Ni la notice du ministère, ni les articles de revue spécialisée ne mentionnent son nom à propos de ce plateau.
La commune elle-même prend ses distances. Sa formulation officielle est « l’agglomération protohistorique et romaine, dite Camp de César », avec ce « dite » qui fait tout le travail : elle nomme l’usage sans l’endosser.
Le toponyme n’a d’ailleurs rien d’unique. La base Mérimée contient onze notices portant ce nom, dans huit départements, aucune dans le Gard. Et la plus proche par la formule, au Fief-Sauvin en Maine-et-Loire, s’intitule « Oppidum protohistorique et gallo-romain, dit Camp de César » : elle est inscrite puis classée en 1988, quand le plateau de Laudun n’a toujours aucune protection.
La commune écrit « l’agglomération protohistorique et romaine, dite Camp de César ».
Mille ans d’occupation
La chronologie s’étire sur plus d’un millénaire. La première agglomération, défendue par un rempart, s’implante au cours du Ve siècle avant notre ère, et le plateau est encore occupé à la fin de l’Antiquité tardive.
Les deux textes du même auteur ne portent pas le même horizon terminal. L’article de 1997 fait courir le développement du site « jusqu’au début du VIIe s. ap. J.-C. ». La notice de 2004 ne nomme jamais le VIIe siècle et ne donne aucune date d’abandon : elle situe les vestiges abondants « du IVe s. à la fin du VIe s. » et précise que la porte charretière a été empruntée « jusqu’à la fin de l’Antiquité tardive ».
L’enceinte augustéenne, elle, est bien datée : cinq courtines, deux tours, une porte charretière et une porte piétonne. Elle ne ceint pas les 18 hectares mais le seul quartier haut de la ville romaine, et le mortier y est employé massivement pour la première fois sur le site.
Aucune protection au titre des monuments historiques ni des sites : le Camp de César n’apparaît dans aucune notice de la base Mérimée pour la commune, qui ne compte que deux monuments historiques, le château de Lascours et l’église Notre-Dame-la-Neuve. Il ne figure pas davantage dans les listes de sites classés ou inscrits du Gard. La mention « site et monument historique » que l’on trouve sur des fiches touristiques est une rubrique de catalogue, pas une protection juridique.
Une archéologie municipale
Le site est, selon la notice archéologique, « connu de longue date », et la plus ancienne publication connue est une note de Léon Alègre imprimée en 1866. Les campagnes programmées, elles, ne commencent qu’en 1990, à l’initiative de la ville de Laudun, qui a créé pour cela un service du Patrimoine dirigé par un conservateur spécialisé en archéologie.
Le responsable d’opération remercie d’ailleurs nommément Christian Prades, maire de Laudun de 1989 à 1995, dans sa publication de 1997, et associe son nom à la création du service municipal voué à l’étude et à la protection de l’archéologie locale.
Un sondage mené en 2010 par Thibaud Canillos, hors des campagnes de Dominic Goury, a documenté un bâtiment rectangulaire en pierre liée au mortier, de 14,40 mètres sur 8, dont l’élévation est conservée sur 70 centimètres environ. Il aurait été construit au Ier siècle, refait au IIe, puis de nouveau entre le Ve et le VIe.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la forme du plateau explique tout. C’est une table calcaire défendue par des falaises abruptes, selon la notice archéologique, une position que l’on occupe sans avoir à la fortifier entièrement.
La vue montre aussi l’emprise réelle des 18 hectares. Ce n’est pas un éperon étroit mais un espace suffisant pour une agglomération complète, avec son centre monumental, ses quartiers et ses zones artisanales.
Elle fait enfin apparaître ce qui manque. Le site est en accès libre, sans billetterie ni bâtiment d’accueil, et rien ne signale depuis le ciel qu’on y marche sur une ville de mille ans.
Sur l’origine du nom, aucune source consultée ne se prononce. Ni la notice archéologique, ni la publication de 1997, ni la page de la commune ne mentionnent Jules César une seule fois, et la chronologie établie ne laisse aucune place à un épisode césarien : première agglomération au Ve siècle avant notre ère, vide archéologique sur presque tout le second âge du Fer, nouvel essor au début du Ier siècle avant notre ère, puis programme monumental sous Auguste.
Ce que l’enceinte raconte
L’enceinte augustéenne mérite un arrêt. Elle est organisée en cinq courtines, avec deux tours, une porte charretière et une porte piétonne : un dispositif pensé pour la circulation autant que pour la défense.
La notice ne déduit rien de la présence de ces deux portes. Elle décrit en revanche les deux tours : une tour carrée appuyée contre le parement extérieur, d’au moins 100 mètres carrés au sol, et une tour ronde et creuse de 9 mètres de diamètre, conservée sur plus de 8 mètres d’élévation depuis sa fondation.
Le moment choisi compte aussi. L’époque augustéenne est celle où la Narbonnaise s’équipe en villes à la romaine, et le plateau de Laudun suit le mouvement : il se dote d’un centre monumental et d’une clôture urbaine au moment où la région entière se réorganise.
Les traces d’activité retrouvées à l’intérieur complètent le tableau. Une salle de pressoir à huile dit l’oléiculture, une fosse de travail du fer dit la métallurgie, trois aires de crémation disent les funérailles sur place. On tient là une communauté entière, avec ses ateliers et ses morts.
À voir autour
- Vieux-la-Romaine : la capitale des Viducasses
- La villa de Séviac : 625 m2 de mosaïques
- Le théâtre d’Autun : le plus grand connu en Gaule
Pour aller plus loin : La rubrique Archéologie.
Sources : ministère de la Culture, notice ADLFI de Dominic Goury, responsable d’opération, pour le forum, la basilique, l’enceinte et la chronologie ; Thibaud Canillos, Rhodanie, 119, 2011, pour le bâtiment sondé en 2010 ; Dominic Goury, L’oppidum du Camp de César à Laudun, Revue archéologique de Narbonnaise, 1997 ; base POP du ministère de la Culture pour les deux monuments protégés de la commune ; DREAL Occitanie pour les listes de sites classés et inscrits du Gard ; commune de Laudun-l’Ardoise.

