Une capitale gauloise de 135 hectares abandonnée en une génération : Bibracte, sur le mont Beuvray

Le bassin monumental de Bibracte, sur le mont Beuvray
Le site de Bibracte, sur le mont Beuvray (Saône-et-Loire). Photo : Havang(nl), CC0, via Wikimedia Commons.

Au sommet du mont Beuvray, dans le Morvan, une ville de 135 hectares a vécu, prospéré, puis disparu en l’espace de quelques générations. Bibracte, capitale du peuple celte des Éduens, comptait entre cinq et dix mille habitants au Ier siècle avant notre ère.

Ce n’était pas seulement un refuge fortifié. C’était le centre du pouvoir de l’aristocratie éduenne, et un lieu d’artisanat et de commerce où se côtoyaient mineurs, forgerons et frappeurs de monnaies. Autrement dit, une capitale au sens plein du terme.

Une position qui explique tout

Le site s’étend sur trois communes et deux départements : Saint-Léger-sous-Beuvray en Saône-et-Loire, Glux-en-Glenne et Larochemillay dans la Nièvre. Il occupe le sommet du Beuvray, un massif composé de trois hauteurs, le Theurot de la Wivre, le Theurot de la Roche et le Porrey, qui en est le point culminant.

Surtout, il se tient au confluent des bassins de l’Yonne, de la Saône et de la Loire. Pour une capitale celte vivant du commerce et du contrôle des routes, c’est la position idéale : de là, on surveille les chemins qui relient la Méditerranée au nord de la Gaule.

Un rempart gaulois, quinze portes et dix-sept points d’eau

La ville était protégée par de puissants remparts de type murus gallicus, ce mur gaulois fait d’un assemblage de poutres, de pierres et de terre. Les fouilles ont reconstitué leur histoire : deux enceintes successives, et au moins cinq réfections de l’enceinte interne.

Le rempart est jalonné d’une quinzaine de portes, dont la porte du Rebout, large de 20 mètres et profonde de 40. C’est le premier endroit fouillé par Bulliot, qui y travailla neuf semaines, et ce fut aussi le premier chantier des fouilles relancées en 1984.

Le choix du site ne tient pas qu’à la position. Le Beuvray offre des ressources en eau considérables : dix-sept points d’eau naturels, sources et ruisseaux, alimentent citernes creusées, fontaines et puits. Cinq fontaines de la ville datent de l’époque gauloise ou gallo-romaine, et la fontaine Saint-Pierre était un lieu de culte où l’on a retrouvé des monnaies et des ex-voto.

Au centre du site, le plateau dit du Parc aux chevaux abrite plusieurs maisons de pierre bâties à la romaine, fouillées dès le XIXe siècle. Les Éduens avaient en effet le statut d’amis du peuple romain, et des contacts commerciaux existaient sans doute avant même la conquête.

Autun ou le Beuvray, deux siècles de doute

Le nom de Bibracte a traversé les siècles sans son adresse. César la cite dès le milieu du Ier siècle avant notre ère, mais les érudits modernes ont longtemps cru la reconnaître à Autun, au point qu’Autun fut rebaptisée Bibracte après la Révolution, pour un temps.

C’est Jacques-Gabriel Bulliot qui tranche. Intéressé par des fouilles menées au Beuvray, il en fait part à l’empereur, et Napoléon III le missionne en 1867 en lui allouant des fonds. Bulliot fouille le site de 1867 à 1895 et lève tous les doutes.

Son neveu Joseph Déchelette, qu’il a initié aux fouilles, poursuit les travaux jusqu’en 1907 et fait un pas de plus : il compare Bibracte à d’autres sites d’Europe, Stradonice en Bohême, Manching en Allemagne, Szent Vid en Hongrie, et devient l’un des précurseurs d’une lecture d’ensemble de la civilisation des oppida.

Le nom de Bibracte a traversé les siècles sans son adresse.

Le Beuvray n’a d’ailleurs jamais été tout à fait oublié : des chartes médiévales mentionnent les foires qui s’y tenaient encore au XIIIe siècle, preuve que la hauteur est restée un point de rendez-vous longtemps après la disparition de la ville.

Un site relancé par un président

Les fouilles retombent ensuite dans l’oubli pendant des décennies. La reprise vient d’en haut : en 1984, à l’impulsion de François Mitterrand, ancien député de la Nièvre et attaché à ce lieu, les recherches redémarrent. L’année suivante, il proclame Bibracte « site d’intérêt national », un terme inventé pour l’occasion qui permet au site d’être subventionné.

Le label d’intérêt national sera ensuite créé pour de bon, afin de désigner des sites et des expositions bénéficiant d’un programme de diffusion du ministère de la Culture. À Bibracte, cette impulsion débouche sur un programme de fouilles d’ampleur européenne, qui se poursuit aujourd’hui.

RepèreValeurCe que ça change pour la visite
Superficie de l’oppidumprès de 135 hectareson ne fait pas le tour du site en une heure, il faut choisir un secteur
Population estimée5 000 à 10 000 habitantsune vraie ville, pas un camp retranché
Communes concernées3, sur 2 départementsle site déborde les limites administratives actuelles
Fouilles Bulliot1867 à 1895l’essentiel des certitudes vient de ces trente ans
Classement25 septembre 1984le tournant qui a sauvé le site de l’oubli
Grand Site de France12 décembre 2007gestion par un établissement public dédié
Une capitale gauloise dont on ne connaît encore qu’une partie.

Pourquoi la ville s’est éteinte

C’est la question qui fait l’intérêt de Bibracte pour les archéologues. La plupart des villes gauloises ont évolué en villes romaines, sur place, par transformation progressive. Ici, non : la capitale du peuple éduen est transférée à Augustodunum, l’actuelle Autun, et le Beuvray se vide.

Cette rupture a longtemps été lue comme une concurrence entre deux villes, l’ancienne et la nouvelle. Le site est en tout cas considéré, dès les premières fouilles, comme un modèle pour comprendre la civilisation des oppida et l’agglomération gauloise, précisément parce qu’il n’a pas été recouvert par une ville postérieure.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, le Beuvray ne ressemble pas à un site archéologique : c’est une montagne boisée. C’est justement ce qui a permis sa conservation. Sous les arbres se lisent le tracé des remparts, les terrasses aménagées, et le réseau de rues d’une ville dont le plan n’a jamais été effacé par un plan plus récent.

Le nom du lieu lui-même a longtemps trompé : l’hypothèse d’un mot signifiant « mont doublement fortifié » n’est pas validée par les linguistes, qui y voient plutôt une latinisation tardive des formes médiévales.

Le musée de la civilisation celtique, installé sur place, retrace cette vie urbaine que les fouilles révèlent peu à peu. La conservation et la gestion sont assurées depuis 2007 par un établissement public de coopération culturelle dédié.

À l’inverse de Glanum, ensevelie sous les alluvions, ou de l’oppidum d’Ensérune, occupé jusqu’à l’époque romaine, Bibracte a été abandonnée nette. C’est ce qui en fait un document.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.

Sources : notice de Bibracte, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Où se trouve Bibracte ?

Au sommet du mont Beuvray, dans le Morvan, sur les communes de Saint-Léger-sous-Beuvray en Saône-et-Loire, de Glux-en-Glenne et de Larochemillay dans la Nièvre. Le site est au confluent des bassins de l'Yonne, de la Saône et de la Loire.

Combien de personnes y vivaient ?

Entre cinq et dix mille, selon les estimations retenues par le musée de la civilisation celtique, sur une superficie de près de 135 hectares.

Qui a prouvé qu'il s'agissait de Bibracte ?

Jacques-Gabriel Bulliot, qui a fouillé le site de 1867 à 1895 après avoir été missionné par Napoléon III. Son neveu Joseph Déchelette a poursuivi les travaux jusqu'en 1907.

Pourquoi la ville a-t-elle été abandonnée ?

La capitale des Éduens a été transférée à Augustodunum, l'actuelle Autun, à l'époque romaine. Bibracte a ainsi été délaissée alors que la plupart des villes gauloises se transformaient en villes romaines.

Que voit-on sur place aujourd'hui ?

Un site archéologique en cours de fouille, avec notamment le bassin monumental, dans un cadre forestier, et le musée de la civilisation celtique.
PartagerFacebookXWhatsAppLinkedInE-mail
Retour en haut