Une capitale qui n’a existé que quatre-vingts ans : l’oppidum d’Entremont, au-dessus d’Aix

Le rempart et une tour de l'oppidum d'Entremont, à Aix-en-Provence
Le rempart de l'oppidum d'Entremont, à Aix-en-Provence. Photo : Mark Landon, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons.

Trois kilomètres au nord d’Aix-en-Provence, un plateau de 3,5 hectares a porté la capitale d’une confédération. Elle a été habitée vers 180 av. J.-C., prise par les Romains en 123, et totalement vidée vers 90. Quatre-vingts ans d’existence, soit trois générations.

L’oppidum d’Entremont occupe l’extrémité sud du plateau de Puyricard. Il était dans l’Antiquité la capitale de la confédération des Celto-Ligures, peuplée de Salyens de l’arrière-pays marseillais, et l’on estime sa population entre 2 000 et 5 000 habitants.

Une fondation tardive

Le premier fait notable est la date. Entremont n’est habitée qu’à partir de 180-170 av. J.-C., ce qui correspond à un habitat tardif au regard des autres oppida protohistoriques de la région : celui de Saint-Blaise, par exemple, est occupé du VIIe au IIe siècle av. J.-C.

La ville est pourtant typique des bourgades celto-ligures de son temps, et elle a été considérée dès le XIXe siècle comme une polis antique, constituée d’une agglomération et de son territoire. L’historien Léopold-Albert Constans y voyait à la fois une ligue militaire et une confédération économique.

Le système repose sur un couple. L’oppidum est associé à un emporium, ce port économique où affluent les marchandises, en l’occurrence Arles. Les Salyens disposent ainsi avec Entremont de la place forte qui assure leur sécurité militaire, et avec Arles de la richesse qui assoit leur pouvoir sur la Basse Provence.

Sa période d’occupation aura donc été extrêmement courte : quatre-vingts années environ.

Deux villes emboîtées

On distingue sur le plateau deux villes entourées de remparts. La première est la plus ancienne : l’archéologue Fernand Benoit la nommait ville haute, en raison de sa position sommitale, mais les archéologues lui préfèrent aujourd’hui le terme d’Habitat 1.

La seconde, autrefois appelée ville basse et désormais Habitat 2, n’est pas une agglomération distincte : elle est issue de la première et consiste en réalité en un agrandissement. La ville a donc grandi d’un coup, en débordant son enceinte initiale, ce qui est cohérent avec une occupation courte et dense.

La topographie explique le tracé des défenses. Le plateau présente une forme triangulaire en pente douce vers le nord, avec une altitude maximale de 367 mètres. Sa face sud est constituée de falaises donnant sur la vallée de l’Arc : seule la partie nord présentait une faiblesse stratégique, et elle a donc été renforcée par un complexe de remparts.

RepèreDonnéeCe que cela implique
Surface du site3,5 hectaresà 3 km du centre d’Aix-en-Provence
Début de l’occupation180-170 av. J.-C.tardif par rapport aux autres oppida de la région
Population estimée2 000 à 5 000 habitantsla capitale d’une confédération, pas un simple refuge
Prise par les Romains123 av. J.-C.la population descend peupler Aquae Sextiae
Abandon completvers 90 av. J.-C.quatre-vingts ans d’occupation au total
Altitude du plateau367 mfalaises au sud, remparts au nord
Entremont, capitale salyenne, d’après les données archéologiques publiées.

Ce que disent les auteurs antiques

Le récit de la chute repose sur des sources fragmentaires qu’il faut manier avec prudence. Diodore de Sicile évoque, avec l’arrivée de Caius Sextius Calvinus dans le pays d’Aix en 123 av. J.-C., une concentration de troupes. Il ne nomme pas Entremont, il parle seulement d’un oppidum, mais tout porte à croire qu’il s’agit bien de cette ville.

L’objectif de ce rassemblement était d’empêcher le passage de l’armée romaine dans la plaine d’Aix. L’historien Velleius Paterculus semble évoquer une bataille rangée entre les deux armées, et il apparaît alors évident que Sextius devait achever son travail en s’attaquant à l’oppidum.

Au moment de la prise de la ville, le roi Teutomalios s’enfuit chez ses alliés allobroges, en compagnie des princes salyens. Mais la pacification a sans doute pris des années : selon Tite-Live, la victoire définitive de Sextius survient durant son proconsulat et non durant son consulat, et des auteurs comme Ammien Marcellin et Strabon évoquent des affrontements réguliers entre Romains et Salyens.

Plusieurs chercheurs proposent d’ailleurs une autre chronologie, considérant que le véritable abandon provient d’une destruction militaire survenue vers 110 à 90 av. J.-C. Une faible population aurait continué d’habiter le bourg pendant vingt à trente ans, dans l’ombre d’Aquae Sextiae, Entremont n’étant plus alors qu’une ville pérégrine étroitement contrôlée par un présidium romain.

Une pierre tendre pour la statuaire

La géologie du site a directement orienté ce que les Salyens ont pu y produire. Le sol d’Entremont est constitué d’un calcaire tertiaire du Miocène inférieur, contenant des rognons de silex, qui permet l’extraction plutôt aisée de pierres de construction ou de parement.

Mais la partie sud du site présente un sol différent, fait d’un calcaire aquatique tendre, dit calcaire d’Éguilles, bien mieux adapté à la taille statuaire. C’est de cette matière que sont issues les sculptures et les bas-reliefs qui font aujourd’hui la réputation du site.

Les collections, dont les impressionnantes têtes coupées, sont exposées au musée Granet, à Aix-en-Provence. Elles appartiennent à un ensemble de représentations que l’on retrouve ailleurs en Provence, notamment sur la sculpture antique dite la Tarasque de Noves, dont les têtes barbues portent des moustaches à la gauloise.

Le nom même du lieu ne remonte pas à ses fondateurs. Entremont n’apparaît qu’au Moyen Âge, sous la forme locale Antremons, transcrite Intermontes en latin, et l’on ignore totalement comment la population salyenne appelait sa ville. L’hypothèse d’un site situé entre deux collines convainc mal, car la topographie ne correspond pas : il s’agit plus vraisemblablement du nom de famille de Tramonto, propriétaire d’une tour sur le versant sud, même si Fernand Benoit cite un acte du 18 septembre 1233 mentionnant le lieu Intermundo.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, le choix du site devient limpide. Le plateau forme un triangle dont la pointe sud tombe en falaises sur la vallée de l’Arc, et dont la base nord, seule ouverte, porte les remparts. On voit aussi qu’il domine directement le tracé de l’antique voie héracléenne, qui traversait la Provence d’est en ouest.

La vue aérienne replace enfin Entremont dans un réseau. Face à lui, de l’autre côté de la vallée, se trouvent les oppida salyens de la Test de l’Ost et du Baou-Roux, au contact des avant-postes massaliotes, puis ceux de la Nerthe et de Berre, et à l’est ceux de la montagne Sainte-Victoire. Ce n’était pas une ville isolée mais le sommet d’un maillage.

Une analyse a montré que le site était déboisé avant même l’installation humaine, ce qui explique la rapidité de la construction. Et à trois kilomètres en contrebas s’étend Aix-en-Provence, c’est-à-dire l’Aquae Sextiae qui a absorbé la population de l’oppidum après 123 av. J.-C.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.

Sources : notice de l’oppidum d’Entremont, Wikipédia en français ; collections du musée Granet, Aix-en-Provence.

Questions fréquentes

Combien de temps la ville a-t-elle existé ?

Environ quatre-vingts ans. Elle est habitée à partir de 180-170 av. J.-C., ce qui est tardif par rapport aux autres oppida de la région, et elle est totalement inhabitée vers 90 av. J.-C.

Que s'est-il passé en 123 av. J.-C. ?

Les Romains prennent l'oppidum. Le plateau est abandonné et les populations viennent peupler la nouvelle ville romaine créée à son pied, Aquae Sextiae. Le roi Teutomalios s'enfuit chez ses alliés allobroges avec les princes salyens.

Pourquoi deux villes sur le plateau ?

Parce que la seconde est une extension de la première. L'archéologue Fernand Benoit parlait de ville haute et de ville basse, mais les archéologues préfèrent aujourd'hui les termes d'Habitat 1, le plus ancien, et d'Habitat 2, qui en est issu.

Qu'est-ce que les têtes coupées d'Entremont ?

Des sculptures et bas-reliefs découverts sur le site, aujourd'hui exposés au musée Granet d'Aix-en-Provence. Elles témoignent d'une pratique religieuse celto-ligure que l'on retrouve sur d'autres sites de Provence.

Pourquoi avoir bâti à cet endroit ?

Pour le contrôle et la défense. Le plateau triangulaire culmine à 367 m, sa face sud est constituée de falaises dominant la vallée de l'Arc, et il surplombe l'antique voie héracléenne qui traversait la Provence d'est en ouest. Seul le nord présentait une faiblesse, renforcée par un complexe de remparts.
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