Trois kilomètres au nord d’Aix-en-Provence, un plateau de 3,5 hectares a porté la capitale d’une confédération. Elle a été habitée vers 180 av. J.-C., prise par les Romains en 123, et totalement vidée vers 90. Quatre-vingts ans d’existence, soit trois générations.
L’oppidum d’Entremont occupe l’extrémité sud du plateau de Puyricard. Il était dans l’Antiquité la capitale de la confédération des Celto-Ligures, peuplée de Salyens de l’arrière-pays marseillais, et l’on estime sa population entre 2 000 et 5 000 habitants.
Une fondation tardive
Le premier fait notable est la date. Entremont n’est habitée qu’à partir de 180-170 av. J.-C., ce qui correspond à un habitat tardif au regard des autres oppida protohistoriques de la région : celui de Saint-Blaise, par exemple, est occupé du VIIe au IIe siècle av. J.-C.
La ville est pourtant typique des bourgades celto-ligures de son temps, et elle a été considérée dès le XIXe siècle comme une polis antique, constituée d’une agglomération et de son territoire. L’historien Léopold-Albert Constans y voyait à la fois une ligue militaire et une confédération économique.
Le système repose sur un couple. L’oppidum est associé à un emporium, ce port économique où affluent les marchandises, en l’occurrence Arles. Les Salyens disposent ainsi avec Entremont de la place forte qui assure leur sécurité militaire, et avec Arles de la richesse qui assoit leur pouvoir sur la Basse Provence.
Sa période d’occupation aura donc été extrêmement courte : quatre-vingts années environ.
Deux villes emboîtées
On distingue sur le plateau deux villes entourées de remparts. La première est la plus ancienne : l’archéologue Fernand Benoit la nommait ville haute, en raison de sa position sommitale, mais les archéologues lui préfèrent aujourd’hui le terme d’Habitat 1.
La seconde, autrefois appelée ville basse et désormais Habitat 2, n’est pas une agglomération distincte : elle est issue de la première et consiste en réalité en un agrandissement. La ville a donc grandi d’un coup, en débordant son enceinte initiale, ce qui est cohérent avec une occupation courte et dense.
La topographie explique le tracé des défenses. Le plateau présente une forme triangulaire en pente douce vers le nord, avec une altitude maximale de 367 mètres. Sa face sud est constituée de falaises donnant sur la vallée de l’Arc : seule la partie nord présentait une faiblesse stratégique, et elle a donc été renforcée par un complexe de remparts.
| Repère | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Surface du site | 3,5 hectares | à 3 km du centre d’Aix-en-Provence |
| Début de l’occupation | 180-170 av. J.-C. | tardif par rapport aux autres oppida de la région |
| Population estimée | 2 000 à 5 000 habitants | la capitale d’une confédération, pas un simple refuge |
| Prise par les Romains | 123 av. J.-C. | la population descend peupler Aquae Sextiae |
| Abandon complet | vers 90 av. J.-C. | quatre-vingts ans d’occupation au total |
| Altitude du plateau | 367 m | falaises au sud, remparts au nord |
Ce que disent les auteurs antiques
Le récit de la chute repose sur des sources fragmentaires qu’il faut manier avec prudence. Diodore de Sicile évoque, avec l’arrivée de Caius Sextius Calvinus dans le pays d’Aix en 123 av. J.-C., une concentration de troupes. Il ne nomme pas Entremont, il parle seulement d’un oppidum, mais tout porte à croire qu’il s’agit bien de cette ville.
L’objectif de ce rassemblement était d’empêcher le passage de l’armée romaine dans la plaine d’Aix. L’historien Velleius Paterculus semble évoquer une bataille rangée entre les deux armées, et il apparaît alors évident que Sextius devait achever son travail en s’attaquant à l’oppidum.
Au moment de la prise de la ville, le roi Teutomalios s’enfuit chez ses alliés allobroges, en compagnie des princes salyens. Mais la pacification a sans doute pris des années : selon Tite-Live, la victoire définitive de Sextius survient durant son proconsulat et non durant son consulat, et des auteurs comme Ammien Marcellin et Strabon évoquent des affrontements réguliers entre Romains et Salyens.
Plusieurs chercheurs proposent d’ailleurs une autre chronologie, considérant que le véritable abandon provient d’une destruction militaire survenue vers 110 à 90 av. J.-C. Une faible population aurait continué d’habiter le bourg pendant vingt à trente ans, dans l’ombre d’Aquae Sextiae, Entremont n’étant plus alors qu’une ville pérégrine étroitement contrôlée par un présidium romain.
Une pierre tendre pour la statuaire
La géologie du site a directement orienté ce que les Salyens ont pu y produire. Le sol d’Entremont est constitué d’un calcaire tertiaire du Miocène inférieur, contenant des rognons de silex, qui permet l’extraction plutôt aisée de pierres de construction ou de parement.
Mais la partie sud du site présente un sol différent, fait d’un calcaire aquatique tendre, dit calcaire d’Éguilles, bien mieux adapté à la taille statuaire. C’est de cette matière que sont issues les sculptures et les bas-reliefs qui font aujourd’hui la réputation du site.
Les collections, dont les impressionnantes têtes coupées, sont exposées au musée Granet, à Aix-en-Provence. Elles appartiennent à un ensemble de représentations que l’on retrouve ailleurs en Provence, notamment sur la sculpture antique dite la Tarasque de Noves, dont les têtes barbues portent des moustaches à la gauloise.
Le nom même du lieu ne remonte pas à ses fondateurs. Entremont n’apparaît qu’au Moyen Âge, sous la forme locale Antremons, transcrite Intermontes en latin, et l’on ignore totalement comment la population salyenne appelait sa ville. L’hypothèse d’un site situé entre deux collines convainc mal, car la topographie ne correspond pas : il s’agit plus vraisemblablement du nom de famille de Tramonto, propriétaire d’une tour sur le versant sud, même si Fernand Benoit cite un acte du 18 septembre 1233 mentionnant le lieu Intermundo.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le choix du site devient limpide. Le plateau forme un triangle dont la pointe sud tombe en falaises sur la vallée de l’Arc, et dont la base nord, seule ouverte, porte les remparts. On voit aussi qu’il domine directement le tracé de l’antique voie héracléenne, qui traversait la Provence d’est en ouest.
La vue aérienne replace enfin Entremont dans un réseau. Face à lui, de l’autre côté de la vallée, se trouvent les oppida salyens de la Test de l’Ost et du Baou-Roux, au contact des avant-postes massaliotes, puis ceux de la Nerthe et de Berre, et à l’est ceux de la montagne Sainte-Victoire. Ce n’était pas une ville isolée mais le sommet d’un maillage.
Une analyse a montré que le site était déboisé avant même l’installation humaine, ce qui explique la rapidité de la construction. Et à trois kilomètres en contrebas s’étend Aix-en-Provence, c’est-à-dire l’Aquae Sextiae qui a absorbé la population de l’oppidum après 123 av. J.-C.
À voir autour
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Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.
Sources : notice de l’oppidum d’Entremont, Wikipédia en français ; collections du musée Granet, Aix-en-Provence.
