Le grand camp de César devant Gergovie faisait 2 600 mètres de tour : les fouilles de 1995-1996 en ont retrouvé 400

Le plateau de Gergovie, colline allongée et boisée sur ses pentes, dominant une plaine de prés et de champs sous un ciel bleu voilé
Le plateau de Gergovie vu depuis la route D978, dans la plaine au pied de l'oppidum. Photo : Szeder László, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

En 1862, Napoléon III monte sur un plateau de basalte qui domine la plaine, à une dizaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand. On l’appelle alors le plateau de Merdogne, et l’empereur, qui écrit une histoire de Jules César, veut voir l’endroit où Vercingétorix a repoussé les légions en 52 avant notre ère. Au pied du plateau, ses fouilleurs creusent des tranchées à la recherche des camps romains.

La bataille de Gergovie reste, selon le musée qui lui est consacré, la principale défaite de César pendant la guerre des Gaules. Son emplacement a pourtant longtemps été disputé, et les preuves matérielles sont plus minces qu’on ne l’imagine. La synthèse publiée par l’archéologue de l’Inrap Yann Deberge et ses collègues dans la Revue archéologique du Centre de la France en donne la mesure : pour le grand camp de César, une enceinte de 2 600 mètres de périmètre, seuls 400 mètres de fossés ont été retrouvés lors de l’expertise de 1995 et 1996.

Un village rebaptisé pour coller au récit de César

Le nom de Gergovie ne nous est connu que par César, qui parle de l’oppidum Gergovia au livre VII de son récit. Selon le musée archéologique de la bataille de Gergovie, l’érudit florentin Gabriel Simeoni relie le premier ce nom au plateau, en s’appuyant sur des documents médiévaux qui mentionnent un domaine appelé Gergoia ou Girgoia sur son flanc est ; sa carte de 1560 place Gergovie à cet endroit.

Trois siècles plus tard, l’empereur tranche : lors de sa visite de 1862, il accorde au village de Merdogne le droit de porter le nom de Gergovie. Le plateau devient un symbole national, jusqu’à l’édification en 1900 du monument Teillard à la gloire de Vercingétorix. Le choix n’a jamais fait l’unanimité. L’archéologue Paul Eychart a défendu une autre localisation, sur les Côtes de Clermont et le plateau de Chanturgue, au nord de la ville, où il voyait les restes d’un camp romain, et une association locale porte encore cette thèse dans ses observations à l’enquête publique de 2019.

Les tranchées de Stoffel, puis l’incendie des Tuileries

Les fouilles de 1862 sont confiées à Eugène Stoffel, aide de camp de l’empereur, qui travaille aussi à Alésia et à Uxellodunum. En ouvrant des tranchées systématiques pour recouper les lignes de fortification, il reconnaît les trois ouvrages que César décrit :

  • le grand camp, sur la colline de la Serre d’Orcet, au sud-est de l’oppidum ;
  • le petit camp, pris aux Gaulois lors d’une attaque de nuit sur la colline de La Roche-Blanche ;
  • le double fossé, une liaison protégée tracée sur la crête entre les deux positions.

Le problème tient à ce qu’il reste de ce travail. D’après la synthèse de l’Inrap, les archives de fouille ont en grande majorité disparu dans l’incendie des Tuileries, en 1870. Il ne subsiste que des plans peu descriptifs et un relevé du petit camp avec 17 coupes de son fossé. Entre 1936 et 1939, le père Maxime Gorce retrouve, photos à l’appui, des fossés là où Stoffel les avait placés, mais sans rien publier du mobilier qui aurait permis de les dater. Dès 1862, l’érudit clermontois P.-P. Mathieu contestait d’ailleurs l’interprétation : pour lui, le grand camp se trouvait à Gondole, près de l’Allier, un lieu qu’un plan de la fin du XVIIIe siècle nomme déjà Camp de César.

1995 : 400 mètres de fossé sur 2 600, et des armes romaines

Le tournant date de 1995 et 1996. À la demande de l’État, une mission d’expertise dirigée par Vincent Guichard rouvre le dossier par des sondages ciblés. Les fossés des plans du XIXe siècle sont retrouvés en plusieurs points, et pour la première fois le mobilier de leur comblement permet de les dater de la toute fin de l’époque gauloise. Quelques pièces d’armement romain de la fin de la République, trouvées dans les fossés du petit camp, appuient leur identification à des ouvrages militaires.

Le bilan reste inégal. Sur le petit camp, 75 mètres de fossés ont été fouillés, ce qui valide près de la moitié du tracé proposé au XIXe siècle. Sur le grand camp, les fossés n’ont été retrouvés que sur environ 15 % de leur longueur, soit 400 mètres cumulés sur 2 600 mètres de périmètre. L’érosion agricole a presque effacé certains tronçons, et le camp principal a depuis été en grande partie recouvert par des lotissements. Le plus célèbre champ de bataille d’Auvergne repose ainsi sur quelques centaines de mètres de fossés et une poignée d’objets.

Le plus célèbre champ de bataille d’Auvergne repose ainsi sur quelques centaines de mètres de fossés et une poignée d’objets.

Inscrit monument historique le 27 janvier 2015, le petit camp a livré, selon sa notice du ministère de la Culture, des vestiges militaires abondants de la fin de la République et une monnaie gauloise en argent, que les soldats pouvaient recevoir comme solde puisque César ne frappa pas de monnaie à son nom pendant la guerre.

RepèreChiffreSource
Périmètre du grand camp de César2 600 mDeberge et al., RACF, 2014
Fossés du grand camp retrouvés en 1995-1996400 m, environ 15 %Deberge et al., RACF, 2014
Fossés du petit camp fouillés en 1995-199675 m, près de 50 % du tracéDeberge et al., RACF, 2014
Pertes romaines avouées par César700 hommes et 46 centurionsCésar, Guerre des Gaules, VII, 51
Superficie du plateau de GergoviePrès de 70 hectaresMusée de Gergovie
Site classé autour des oppida et des camps4 150 hectaresDREAL Auvergne-Rhône-Alpes, 2022
Les chiffres clés de Gergovie, d’après les sources citées dans l’article.

Un adolescent au fond d’un fossé, des chevaux à un kilomètre

En 2009, un diagnostic d’archéologie préventive dégage, sur 18 mètres, un tronçon de la branche est du grand camp dont le tracé coïncide très précisément avec les plans du Second Empire. Son profil est un V très régulier, large de 0,30 à 1,30 mètre, et la céramique qu’il contient le place au milieu du Ier siècle avant notre ère. Au fond reposait le squelette d’un adolescent de 8 à 15 ans, couché sur le côté. Les auteurs soulignent que la découverte n’a pas d’équivalent connu en contexte militaire césarien, mais l’âge du défunt exclut un combattant, et rien ne la relie à la bataille. Un galet de basalte sphérique de 1 811 grammes pourrait être un boulet d’artillerie ; trois boulets de baliste avaient déjà été recueillis dans les fossés du petit camp.

D’autres découvertes faites autour des camps sont parfois rattachées au siège, sans preuve formelle :

  • au lieu-dit l’Enfer, à 1 kilomètre au nord du grand camp, cinq fosses contenaient 53 chevaux, tous des mâles ;
  • à Gondole, une tombe réunit huit chevaux et huit hommes, découverte à l’automne 2002 ;
  • dans le bassin de Sarliève, un fossé bordé de poteaux a été suivi sur 700 mètres, à 1,9 kilomètre au nord du grand camp.

Pour les chevaux, les archéologues jugent le lien avec le siège séduisant, mais encore à démontrer.

Sur le plateau, une ville arverne que l’on fouille encore

Au-dessus des camps, le plateau porte l’oppidum, une ville fortifiée des Arvernes, sur près de 70 hectares à 750 mètres d’altitude selon le musée. La notice de protection de l’oppidum précise que plusieurs fortifications successives y ont été identifiées, la plus ancienne de la fin de l’âge du Bronze, la plus récente en usage au moment de la bataille. C’est l’un des trois oppida arvernes du bassin clermontois, avec Corent et Gondole, classé monument historique depuis le 9 novembre 2018.

Les fouilles s’y succèdent depuis 1861 : porte et villa dégagées par l’agent-voyer Claude Aucler, sanctuaire et quartier des Artisans dans les années 1930 et 1940, porte sud et grand dallage central à partir de 2013, puis reprise du quartier des Artisans par l’Inrap et la Maison des sciences de l’homme de Clermont-Ferrand de 2022 à 2025. La majorité des vestiges visibles date de l’époque d’Auguste, et le musée indique que la place est abandonnée dans les années 10 avant notre ère. Depuis le 30 août 2022, un site classé de 4 150 hectares, décrit par la DREAL Auvergne-Rhône-Alpes, protège ensemble le plateau, les deux camps et les oppida de Corent et de Gondole.

Peu après Gergovie, Vercingétorix est désigné commandant suprême de la coalition à Bibracte, la capitale des Éduens sur le mont Beuvray, avant d’être enfermé à Alésia, encerclée par les 35 kilomètres de fortifications de César.

Ce que les fouilles ne disent pas encore

Le récit de César reste la seule description de la bataille, et le musée rappelle que l’archéologie s’attache à le nuancer. Plusieurs points demeurent ouverts :

  • aucune tombe en lien direct avec la bataille n’a été identifiée de façon certaine, alors que César avoue 700 morts et 46 centurions lors de l’assaut contre l’oppidum ;
  • pour le fossé fouillé en 2009, l’attribution au siège est jugée probable par ses fouilleurs mais reste hypothétique, faute d’armement ;
  • un contradicteur, Philippe Gras, relève dans une note de 2019 versée à l’enquête publique l’absence de traces de combat sur la Serre d’Orcet et l’existence de rigoles d’irrigation en V dans le même secteur ;
  • les défenseurs des Côtes de Clermont estiment que la présence militaire romaine au sud de Clermont pourrait être postérieure à la guerre et surtout augustéenne.

La communauté des archéologues considère pourtant que la localisation ne fait plus débat, et chaque fouille préventive ajoute des tronçons au dispositif romain.

Questions fréquentes

Où se trouve le plateau de Gergovie ?

Il se trouve sur la commune de La Roche-Blanche, dans le Puy-de-Dôme, à une dizaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand. C'est une table de basalte de près de 70 hectares, à environ 750 mètres d'altitude, selon le musée de Gergovie.

Qui a gagné la bataille de Gergovie ?

Vercingétorix et la coalition gauloise, en 52 avant notre ère. César reconnaît dans son récit avoir perdu 700 hommes, dont 46 centurions, lors de l'assaut contre l'oppidum, puis lève le siège deux jours plus tard, selon le musée.

Pourquoi l'emplacement de Gergovie a-t-il été contesté ?

La seule source est le récit de César, et l'identification du plateau a été consacrée par Napoléon III en 1862, alors que les archives de ses fouilles ont presque toutes brûlé en 1870. Paul Eychart a défendu une localisation sur les Côtes de Clermont. Les archéologues estiment aujourd'hui que la question est tranchée en faveur du plateau.

Peut-on voir les camps de César à Gergovie ?

Non, rien n'est visible aujourd'hui sur le petit et le grand camp, indique le musée. Le grand camp, sur la Serre d'Orcet, a été en grande partie recouvert par des lotissements, et les fossés ne se lisent qu'en fouille.

Pourquoi le village s'appelle-t-il Gergovie ?

Il s'appelait Merdogne. Lors de sa visite de 1862, Napoléon III lui a accordé de porter le nom de Gergovie, pour l'associer à l'oppidum décrit par César.

Le site de Gergovie est-il protégé ?

Oui. L'oppidum est classé monument historique depuis le 9 novembre 2018 et le petit camp de César est inscrit depuis 2015. Depuis 2022, un site classé de 4 150 hectares englobe le plateau, les deux camps et les oppida de Corent et de Gondole.
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