On a exhumé à Vieux une pierre gravée qui raconte la carrière d’un notable gaulois et le financement d’un ensemble thermal commencé par son père. C’est l’une des plus importantes inscriptions latines de l’ancienne Gaule, et elle vient d’un village du Calvados de cinq kilomètres carrés et demi.
Vieux est une commune du Calvados, à dix kilomètres à vol d’oiseau au sud-ouest de Caen. C’est le lieu de l’ancien chef-lieu gallo-romain du peuple gaulois des Viducasses, la ville d’Aregenua.
Le nom dit la géographie
Le toponyme est attesté très tôt et sous des formes qui se suivent : Arēgenoua vers 170 chez Ptolémée, Araegenua vers 365 sur la Table de Peutinger, Araegenue au VIIIe siècle chez l’Anonyme de Ravenne. Puis viennent les formes médiévales, Vedeves après 1066, Veiocas en 1180, Vieus en 1294, Vielz en 1484, Vieulx en 1608.
La composition du nom antique a fait débat. Il est formé de are et de gen(a)ua, qui signifie embouchure. Are a parfois été traduit par au-dessus, ce qui se comprend puisque Vieux domine le confluent de la Guigne et de l’Orne. Mais ce sens est rendu en gaulois par uer, que l’on retrouve dans le breton war : are signifie près de. Le nom désigne donc un lieu proche de l’embouchure de la Guigne dans l’Orne, et non un lieu qui la surplombe.
Le basculement vers Vieux est d’un autre ordre. Comme bien des cités de Gaule, la ville a pris au Bas-Empire le nom de son peuple : Civitas Viducassensis a donné Vieux. Les habitants de la commune s’appellent toujours les Viducasses.
Une pierre qui tient lieu d’archive
Le marbre de Thorigny a été découvert à Vieux, sur le site de l’antique Aregenua. C’est l’une des plus importantes pierres gravées de l’ancienne Gaule, avec inscription latine.
Son nom prête à deux malentendus. Ce n’est pas du marbre mais du grès, et l’objet n’a pas été trouvé à Thorigny : c’est une base de statue mise au jour à Vieux même, qui doit son appellation au lieu où elle fut conservée ensuite. Les inscriptions courent sur trois faces du monument. La tradition place sa mise au jour en 1580, mais cette tradition est mal étayée : la découverte serait plutôt du XVIIe siècle, et Maurice Besnier propose 1668.
Son intérêt tient à ce qu’elle dit. Elle décrit la carrière de Titus Sennius Sollemnis, et elle mentionne un don fait par lui pour achever l’ensemble thermal commencé par son père, Sollemninus. Deux informations que l’archéologie seule ne donne jamais : le nom de celui qui paie, et le fait qu’un chantier public ait été repris par un fils après son père.
C’est aussi un renseignement sur la ville elle-même. Pour qu’un notable finance l’achèvement de thermes, il faut une cité assez importante pour en avoir, et assez prospère pour qu’on s’y illustre de cette manière. Aregenua n’était pas un bourg.
Le marbre décrit la carrière de Sollemnis et un don fait pour achever les thermes commencés par son père.
Un forum fouillé depuis le XVIIIe siècle, un théâtre encore sous terre
Le site archéologique de Vieux-la-Romaine correspond à la ville gallo-romaine d’Aregenua, prospère sous l’Empire. Il est fouillé depuis l’époque de Louis XIV, et les vestiges archéologiques du Bas de Vieux sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du 27 juin 1988.
Le forum date du IIe siècle et il est mis en valeur par des fouilles archéologiques depuis le XVIIIe siècle. La villa au grand péristyle, au Bas-de-Vieux, donne la mesure de l’habitat urbain aisé. Le musée archéologique de Vieux-la-Romaine présente l’ensemble.
Le théâtre gallo-romain, lui, pose une question que peu de sites connaissent dans ces termes. Ses vestiges sont protégés depuis 1980, par une inscription du 6 février pour une parcelle et un classement du 21 avril pour l’autre, et il reste enfoui sous des terrains privés. On sait où il est, on sait ce qu’il vaut, et on ne le voit pas.
| Élément | Datation ou découverte | Statut |
|---|---|---|
| marbre de Thorigny | découvert à Vieux, 1580 selon une tradition mal étayée | inscription latine majeure de Gaule |
| forum | IIe siècle | fouillé depuis le XVIIIe siècle |
| théâtre gallo-romain | époque romaine | protégé en 1980, enfoui sous des terrains privés |
| site archéologique | ville d’Aregenua | inscrit en 1988 |
| chapelle Saint-Jean-Baptiste du Clos | XIIIe siècle | inscrite en 1994 |
Le Chemin Haussé mérite un mot. Cette ancienne voie romaine, que l’on appelle aussi chemin du Duc Guillaume, traverse encore la commune, et son double nom résume l’histoire du lieu : une infrastructure antique restée en service assez longtemps pour qu’un duc de Normandie lui donne son nom au Moyen Âge.
Le reste du patrimoine bâti est plus tardif, mais il complète le tableau. La chapelle Saint-Jean-Baptiste du Clos, du XIIIe siècle, est inscrite au titre des monuments historiques depuis 1994. L’église Saint-Laurent est en partie du XIIe siècle. L’ancienne école a été réaménagée en 2014 pour devenir la mairie, et la commune conserve ses lavoirs.
Un circuit de randonnée part de Vieux-la-Romaine et suit la vallée de la Guigne. Il a été conçu pour faire voir deux choses à la fois : les principales étapes de l’histoire géologique régionale, du précambrien au quaternaire, et les vestiges gallo-romains. C’est une façon de rappeler que le site a été choisi pour des raisons de terrain avant d’être choisi pour des raisons politiques.
1944, la cote 112
L’histoire récente a laissé une autre trace. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, lors de la bataille de Normandie, la prise de la cote 112, point stratégique pour la bataille de Caen, a pour théâtre des hauteurs situées en partie sur le territoire communal.
Le secteur de la rue d’Esquay et le Bas de Vieux sont touchés par les bombardements alliés du 13 juin 1944. La portion de rue détruite à cette période porte désormais cette date pour nom : c’est une façon discrète et précise de dater une destruction dans le plan même du village.
Un mémorial se dresse au carrefour de la croix des Filandriers, en limite de commune. Le Bas-de-Vieux, où se trouve la villa au grand péristyle, est donc à la fois le quartier antique le mieux connu et l’un des secteurs bombardés.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, le village actuel et la ville antique ne coïncident pas. Vieux occupe 5,52 kilomètres carrés, son altitude varie de 25 à 112 mètres, et l’agglomération moderne n’en recouvre qu’une partie. Le forum et la villa se lisent dans les parcelles dégagées, tandis que le théâtre reste invisible, sous des terrains qui ne lui appartiennent pas.
La vue explique aussi le choix du lieu. Vieux domine le confluent de la Guigne et de l’Orne, et le Chemin Haussé, ancienne voie romaine aussi appelée chemin du Duc Guillaume, traverse encore la commune. Une ville antique s’installe à un croisement, pas sur un panorama.
Elle rappelle enfin la proximité de Caen, à dix kilomètres. C’est ce qui a fait d’Aregenua une capitale de cité, puis ce qui l’a vidée au profit de sa voisine, et enfin ce qui a placé ses hauteurs sur la route des combats de l’été 1944.
À voir autour
- Le site antique de Sanxay : fouillé puis remblayé
- Le théâtre de Mandeure : le plus grand théâtre gallo-romain connu en France
- Vaison-la-Romaine : soixante-quinze hectares de ville antique
Pour aller plus loin : Le dossier Calvados et la rubrique Archéologie.
Sources : notice de la commune de Vieux, Wikipédia en français ; base Mérimée.

