Le 3 mars 2026, un arrêté préfectoral a inscrit au titre des monuments historiques l’église Notre-Dame-de-Bon-Secours, à Trouville-sur-Mer, en totalité. Son article premier porte une clause que le vocabulaire de la protection n’emploie presque jamais : le clocher, dont le niveau supérieur déposé, devra être remonté.
Un acte de protection constate et protège. Il ordonne rarement. Celui-ci prescrit une remise en place, et son considérant n’en dit pas un mot.
Deux notices sur quarante-six mille sept cent soixante et une emploient la formule devra être. Les trois prescriptions de ce genre sont toutes dans le Calvados.
Ce que l’arrêté dit, et ce qu’il ne dit pas
Nous avons lu l’acte en entier. Il s’agit de l’arrêté numéro 9 du 3 mars 2026, signé à Rouen par le préfet de la région Normandie, publié aux pages 53 à 56 du recueil des actes administratifs de la préfecture de région du 27 mars 2026. Le corps du document est une image : nous l’avons lu par reconnaissance optique, à trois cents puis cinq cents points par pouce, en deux passes concordantes.
Son article premier inscrit l’église en totalité, puis énumère ce qu’il faut y comprendre : le clocher, dont le niveau supérieur déposé, devra être remonté, le mobilier immeuble par destination, à savoir le maître-autel, les deux autels secondaires des chapelles du chœur, les bénitiers en pierre sculpté situés à l’entrée de la nef, et la sacristie, rue Maréchal de Lattre de Tassigny, sur la parcelle numéro 48, d’une contenance de six cent quatre-vingt-treize mètres carrés.
Le résultat le plus important de cette recherche est une absence, et nous l’avons établie : le considérant de l’arrêté n’explique pas la clause. L’acte n’en comporte qu’un seul, et il retient trois motifs : l’église témoigne de l’histoire balnéaire de la ville, elle s’inscrit dans un secteur urbain cohérent, et elle présente, avec son décor, son mobilier et sa sacristie, un ensemble homogène représentatif de l’architecture religieuse de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. Le mobilier et la sacristie, deux des trois ensembles énumérés à l’article premier, sont donc motivés. Ni le clocher, ni sa dépose, ni sa repose ne le sont. L’acte tient en quatre pages, dont une de plan annexé et une sans texte, et n’a pas d’autre considérant. La prescription figure au dispositif, sans motif.
Deux notices sur quarante-six mille
Nous avons cherché combien d’actes de protection emploient une prescription de ce genre. Le corpus est l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé le 5 novembre 2026, champ de précision de la protection, sans accents ni casse.
| Formule cherchée | Notices |
|---|---|
| devra être | 2 |
| doit être | 0 |
| devront être | 0 |
| doivent être | 0 |
| sera remonté | 0 |
Le verbe remonter, lui, est fréquent : quarante et une notices l’emploient. Mais trente-sept décrivent un remontage déjà fait, une l’emploie dans un sens temporel, et trois prescrivent un remontage à venir. Trente et une notices parlent d’un élément déposé, et deux seulement couplent la dépose à un ordre de remonter.
Le 12 décembre 2022, sept heures et une grue de trois cents tonnes
La dépose est documentée par la presse régionale, et il faut être précis sur ce point : France 3 Normandie et l’ancienne France Bleu partagent depuis 2025 la même marque, et une reprise par un site confessionnel attribue elle-même à France Bleu ses informations sur le clocher et sur la date de dépôt des projets. Nous comptons donc deux rédactions, pas trois.
- Une zone a été interdite autour de l’église le 4 novembre 2022. Une vingtaine de riverains ont été évacués, trois familles relogées.
- La dépose a été décidée le 11 novembre 2022, après un constat de fragilités par les services municipaux.
- Elle a été exécutée le lundi 12 décembre 2022, en une seule pièce et avec sa cloche. Sept heures d’opération, deux grues de cinquante et de trois cents tonnes.
- La masse déposée est donnée à vingt et une tonnes par l’une des deux rédactions, à une vingtaine de tonnes par l’autre.
- Le clocher mesurait trente et un mètres avant la dépose.
L’adjoint aux travaux de la commune a expliqué à la presse que le risque était d’autant plus grand qu’en novembre et décembre viennent des périodes de vent qui peuvent être très importantes. Ce n’était pas un chantier programmé, c’était un péril.
Nous ne donnons pas la hauteur du clocher aujourd’hui, car aucune source institutionnelle ne la publie : la base topographique nationale de l’IGN ne porte, pour le bâtiment d’église qui couvre la parcelle, qu’une hauteur de bâti de seize mètres quatre-vingt-dix et une altitude minimale de toit de vingt et un mètres quatre-vingt-dix, sans altitude maximale de toit, et ces valeurs ne disent rien du clocher.
Vu du ciel, au pied du coteau et non au-dessus
Une idée reçue veut que cette église domine la Touques et la mer. Nous l’avons mesurée au service d’altimétrie de l’État, aux coordonnées que publie la notice, validées par deux voies indépendantes : la parcelle cadastrale, dont le centroïde tombe à huit mètres et dont la contenance de six cent quatre-vingt-treize mètres carrés est celle de l’arrêté, et l’adresse nationale, à moins de quarante mètres.
| Point | Altitude | Distance depuis l’église |
|---|---|---|
| l’église, au point publié par la notice | 5,72 mètres | référence |
| le casino, sur le front de mer | 7,40 mètres | 316 mètres |
| l’axe de la Touques | moins 0,90 mètre | 344 mètres |
| le coteau, deux cents mètres vers l’est | 35,08 mètres | 200 mètres |
| le coteau, six cents mètres vers l’est | 94,91 mètres | 600 mètres |
Dans l’export, Trouville-sur-Mer compte sept notices, décomptées par les deux voies, par nom avec filtre départemental et par code communal, qui rendent exactement le même ensemble. Sans le filtre départemental, le total passerait à neuf, car il existe une Trouville en Seine-Maritime et un Sartrouville. Le Calvados en compte neuf cent soixante-dix-huit, là encore par les deux voies.
Cette église est, dans cet export, la protection la plus récente du Calvados toutes natures confondues, et la seule notice calvadosienne protégée en 2026. La France en compte quatre-vingt-une cette année-là, dont deux en Normandie.
Vingt objets déjà protégés, et aucun autel parmi eux
L’export national des objets mobiliers rend vingt objets rattachés à cette église, cinq classés et quinze inscrits. Les deux plus anciens ont été classés le 3 janvier 1930, soit quatre-vingt-seize ans avant l’édifice qui les abrite. Aucun autel, aucun bénitier, aucun élément de clocher n’y figure : l’arrêté de 2026 crée cette protection, il n’en redouble pas une.
Parmi ces objets, un orgue de Charles Mutin daté de 1893, médaille d’or à l’Exposition universelle de Lyon, acquis par la paroisse en décembre 1894 et restauré en 2004.
Sur l’édifice lui-même, nous restons prudents, car une seule source le décrit. La notice du ministère attribue à l’architecte trouvillais Adrien Jory une tour-porche ajoutée en 1867, et la reconstruction de l’édifice entre 1870 et 1884 à l’architecte havrais Henri Toutain ; elle situe une consécration en 1900 par l’évêque de Bayeux, et un financement en majeure partie par des fonds de familles fortunées fréquentant la station. Elle décrit une façade néo-Renaissance inspirée de la Sainte-Trinité à Paris et une nef néogothique, soit un ensemble éclectique, là où une association locale de défense du patrimoine parle d’un style du treizième siècle néogothique. Nous donnons ce désaccord pour ce qu’il est. C’est la même association qui rapporte le surnom de l’église des baigneurs.
Seize radiations et une inscription, dans le même numéro
Un dernier élément, que nous avons trouvé en lisant le recueil en entier. Dans ce même numéro, la direction régionale des affaires culturelles de Normandie publie dix-sept actes. Seize sont des arrêtés de radiation d’inscription, datés du 9 mars 2026, portant chacun sur quelques éléments du presbytère d’une commune de la Manche, seize communes en tout, au motif que ces éléments ont bénéficié, à tort, d’une inscription au titre des monuments historiques en tant qu’objets mobiliers. Le dix-septième est l’inscription de Trouville.
Les deux séries ne pèsent pas le même poids : chaque radiation ne retire que quelques éléments d’un presbytère, inscrits à tort comme objets mobiliers, et chacun des seize arrêtés précise que le reste de l’arrêté d’inscription d’origine est inchangé.
Sources : arrêté numéro 9 du 3 mars 2026 du préfet de la région Normandie, référence R28-2026-03-03-00015, publié pages 53 à 56 du recueil des actes administratifs de la préfecture de région numéro R28-2026-072 du 27 mars 2026, lu en entier par reconnaissance optique à trois cents puis cinq cents points par pouce en deux passes concordantes, pour l’article premier au mot, la contenance de six cent quatre-vingt-treize mètres carrés, le visa de l’avis de la commission régionale du patrimoine et de l’architecture du 11 septembre 2025, l’absence de tout considérant motivant le clocher, et les seize arrêtés de radiation du 9 mars 2026 publiés au même numéro ; notice PA14000119 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés, pour la datation, la propriété communale, les coordonnées, l’attribution de la tour-porche de 1867 à Adrien Jory et celle de la reconstruction de 1870 à 1884 à Henri Toutain, la consécration de 1900 et le financement par des fonds de familles fortunées fréquentant la station, cette notice déclarant elle-même dans son champ de copyright reprendre les termes de l’acte et ne constituant donc pas une source distincte de l’arrêté ; France 3 Normandie, articles signés du 9 novembre et du 13 décembre 2022, et l’ancienne France Bleu, articles signés du 9 novembre et du 12 décembre 2022, pour la dépose, sa date, sa durée, les grues, la masse, les trente et un mètres, les riverains évacués et les familles relogées, l’interdiction de la zone depuis le 4 novembre et la citation de l’adjoint aux travaux, ces deux rédactions partageant depuis 2025 la même marque et une reprise par un site confessionnel attribuant elle-même à l’une d’elles ses informations sur le clocher et sur la date de dépôt des projets ; export national des objets mobiliers protégés, filtré sur la référence de la notice, pour les vingt objets, leur régime, les deux classements du 3 janvier 1930 et l’orgue de Charles Mutin ; association locale de défense du patrimoine, pour le style du treizième siècle néogothique et le surnom de l’église des baigneurs ; article de Sophie Quesnel dans Le Pays d’Auge du 19 décembre 2019 pour les trois millions deux cent mille euros, les trois cent mille euros d’urgence absolue et l’estimation de six millions communiquée lors du conseil municipal du 29 novembre 2019, chiffres non arbitrés ; service d’interrogation du plan cadastral, base topographique, base adresse nationale et service d’altimétrie de l’IGN, et nos propres calculs de haversine avec un rayon de 6 371,0088 kilomètres, pour la validation des coordonnées par trois voies, les altitudes, les distances et le profil du coteau ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 5 novembre 2026, pour les deux notices employant devra être, l’absence des quatre variantes, les trois notices portant une prescription en élargissant le filtre et leur commune localisation dans le Calvados, les quarante et une notices employant remonter et la répartition de leurs emplois, les quinze notices parlant d’un élément déposé, les sept notices de Trouville-sur-Mer et les neuf cent soixante-dix-huit du Calvados rendues par les deux voies, et les quatre-vingt-une notices protégées en 2026. Ne sont pas établis : le motif de la prescription de remontage, que l’acte ne donne pas, la hauteur actuelle du clocher et l’état de sa repose depuis mars 2026, la distance à la mer ouverte, et une éventuelle désaffectation du culte, dont la date ne nous est parvenue que par des sources encyclopédiques collaboratives. La base nationale du patrimoine a répondu par une indisponibilité pendant toute cette recherche, de même que le site de la préfecture du Calvados et le service d’interrogation de Gallica, sans que nous ayons changé d’identification pour passer outre, et nous ne concluons rien de ces absences.

