Un temple octogonal bâti sur une source, un théâtre de 6 600 places et un établissement de cure, au milieu des champs de la Vienne. Ce que l’on visite ne représente qu’une petite part d’un ensemble de vingt hectares : le reste a été soigneusement recouvert en 1883.
Le site antique de Sanxay regroupe plusieurs constructions datées des Ier et IIe siècles, au lieu-dit les Craches, hameau d’Herbord, en limite des Deux-Sèvres. La Vonne, affluent du Clain, le traverse : la plupart des aménagements occupent l’anse d’un méandre sur la rive gauche, seuls le théâtre et un petit temple se trouvant sur la rive droite.
Un temple bâti pour capter une source
Le plan du grand temple est son principal intérêt. Sa cella est de forme octogonale, disposition parfois rencontrée en Gaule : elle pourrait s’inscrire dans un cercle de 13 mètres de diamètre et avoir été couverte d’une coupole. Une source prend naissance au niveau de ses fondations sud-est, et celles-ci sont constituées de grands blocs non jointifs, de manière à pouvoir capter l’eau.
Le reste de l’édifice joue sur deux géométries. Le portique périphérique, au lieu d’épouser la forme octogonale comme c’est généralement le cas, dessine une croix grecque dont chaque branche mesure plus de 10 mètres de large. La branche orientale établit la liaison entre l’entrée de la cella et celle du péribole, et une colonnade d’environ 8 mètres de haut soutient les toits à deux pans de chaque branche.
L’enceinte sacrée est vaste. Quatre portiques délimitent un péribole sensiblement carré de 79 mètres sur 76, soit près de 4 000 mètres carrés, dont le sol est surélevé de près d’un mètre par rapport à la cour. Un souterrain relie en diagonale le temple à l’angle sud-est du péribole et se prolonge jusqu’à un bassin, avec une fonction qui semble être le drainage de la cella et de la galerie.
Les vestiges sont répartis sur vingt hectares, dont trois ensembles seulement sont visibles.
Un théâtre adossé à la pente
Contrairement à la plupart des autres aménagements, le théâtre est implanté sur la rive droite de la Vonne, beaucoup plus abrupte. Ce choix a permis de limiter les travaux de maçonnerie en adossant la cavea à la pente naturelle du terrain, méthode courante dans les sanctuaires ruraux où l’on bâtit avec les moyens du lieu.
Les dimensions sont celles d’un grand équipement. En forme de demi-cercle outrepassé, l’édifice mesure 89 mètres de large et pouvait accueillir près de 6 600 spectateurs. Les murs supportaient des gradins en bois, et une petite loge d’honneur maçonnée, aujourd’hui disparue, devait exister. La cavea domine une orchestra circulaire de près de 20 mètres de diamètre, une petite scène prenant place sur le bord opposé.
Cette combinaison a un nom. Une cavea semi-circulaire associée à une orchestra circulaire rattache le théâtre de Sanxay au groupe des édifices de spectacles dits ruraux, qui associent les caractéristiques architecturales des théâtres et des amphithéâtres, comme à Drevant dans le Cher, à Grand dans les Vosges, ou encore à Lutèce en milieu urbain.
Les fouilles anciennes ont laissé des regrets. Lors des travaux du XIXe siècle, 143 fragments d’inscriptions avaient été découverts sur place, sans que rien n’atteste qu’ils proviennent du théâtre ; plus de cent d’entre eux ont été perdus, et les textes auxquels ils appartenaient ne sont pas restituables. Ces mêmes fouilles ont bouleversé la stratigraphie des sols du théâtre, ce qui rend difficile l’interprétation des observations plus récentes.
| Élément | Donnée | Ce que cela implique |
|---|---|---|
| Étendue du site | au moins 20 hectares | trois ensembles seulement sont visibles |
| Cella du temple | octogonale, cercle de 13 m | bâtie sur une source, fondations non jointives |
| Péribole | 79 x 76 m, près de 4 000 m2 | quatre portiques, sol surélevé d’un mètre |
| Théâtre | 89 m de large, environ 6 600 places | cavea adossée à la pente de la rive droite |
| Sanctuaire des eaux | huit états successifs | évolution d’un temple vers des thermes de cure |
| Fouilles | février 1881 à octobre 1883 | terrains loués, donc remblayés ensuite |
| Protection | classement dès 1882 | temple, théâtre et sanctuaire des eaux |
Un sanctuaire devenu établissement de cure
Le sanctuaire des eaux a connu de nombreux bouleversements : pas moins de huit états successifs ont été mis en évidence, et seule sa partie orientale a été observée en détail, la partie ouest, remblayée, échappant aux fouilles. Le premier état comporte un temple dont subsiste en partie le péribole, avec trois niches ayant peut-être abrité des statues.
L’édifice change ensuite de nature. Deux cellae mitoyennes sont construites, pour un ensemble de 26,60 mètres sur 14,80, soit 90 pieds romains sur 50, disposition très rare. Les interprétations proposées pour ce temple et ses aménagements intérieurs renvoient à un culte des eaux guérisseuses.
Puis la fonction bascule vers le soin. Deux thermes qui ne communiquent pas sont construits au nord-est et à l’ouest du grand temple ; l’absence de certaines composantes habituelles des thermes romains, comme le frigidarium, non attesté dans le bâtiment du nord-est, laisse penser que l’établissement n’est pas des thermes classiques mais plutôt un lieu destiné à accueillir des curistes.
Au IIe siècle, les anciennes cellae du temple sont reconverties en piscines chaudes, dont les bassins, l’un rond et l’autre carré, occupent presque tout l’espace disponible, rendant difficile la circulation des curistes. Trois autres états suivront, dont un dernier, connu seulement par les relevés du XIXe siècle, avec une enfilade de petites pièces correspondant à des thermes au fonctionnement plus classique.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, les trois ensembles visibles paraissent isolés les uns des autres, et cette impression est trompeuse. Les fouilles de 1881-1883 ont révélé de nombreux autres bâtiments sur une surface avoisinant les vingt hectares, pour la plupart des habitations ; la grande taille de plusieurs d’entre elles incite à y voir des hôtelleries fréquentées par les pèlerins du temple ou les curistes du sanctuaire.
La vue d’ensemble fait aussi apparaître un axe. La cella du temple octogonal, une construction assimilable à une tholos placée au centre d’une vaste esplanade à l’est du péribole, et le petit fanum carré de la rive droite respectent un alignement parfait d’ouest en est. Un grand bassin au sud-est du temple, relié à lui par un souterrain, pouvait avoir une fonction de collecte des eaux de drainage autant qu’une vocation sacrée.
Elle rappelle enfin ce qui dort sous les champs. Les vestiges mis au jour par Camille de La Croix n’ont généralement pas été détruits : ils ont été ré-enfouis quand la jouissance des terrains a été rendue à leurs propriétaires. De 1985 à 1994, la reprise des fouilles sous la direction de Pierre Aupert a d’ailleurs conduit à revoir la vocation des prétendus thermes, preuve qu’un site remblayé n’est pas un site épuisé.
À voir autour
- Les thermes de Chassenon : un sanctuaire thermal bâti en pierre de météorite
- Le théâtre antique d’Orange : un mur de scène de 103 mètres
- La villa de Loupian : 450 m2 de mosaïques
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.
Sources : notice du site antique de Sanxay, Wikipédia en français ; Centre des monuments nationaux.

