Le 25 octobre 1984, le ministère de la Culture a signé deux arrêtés le même jour sur le même théâtre antique, en Médoc. L’un classe, l’autre inscrit. Sa propre liste des monuments protégés n’enregistre qu’une inscription, sur les parcelles du classement.
Nous avons lu les deux actes sur le fac-similé que la notice du ministère met elle-même en lien, page après page, en rendant les images à trois cents points par pouce parce que le document est un dactylogramme de 1984 dont les chiffres sont fragiles.
Le premier écrit que sont classés parmi les monuments historiques les portions de vestiges du théâtre gallo-romain de Brion sises dans les parcelles numéros 11, 12 et 27, aux lieux-dits le Castet, Marais de Reysson Nord et Marais de Reysson Sud, en section ZB. La répétition fautive, les portions de des vestiges, est dans le document et nous ne la corrigeons pas.
Le second écrit que sont inscrits sur l’inventaire supplémentaire la portion des vestiges sise en la parcelle numéro 31, lieu-dit le Castet, même section. Même date, même signature par délégation.
Un acte qui classe, un acte qui inscrit, et une liste qui n’enregistre qu’une inscription, sur les parcelles du classement.
Ce que la liste générale a retenu
La notice du ministère, celle qui fait foi dans la pratique administrative, porte des valeurs qui ne recouvrent pas ces deux actes.
| les deux arrêtés du 25 octobre 1984 | la notice de la liste générale | |
|---|---|---|
| nature de la protection | un classement et une inscription | une inscription |
| parcelles | ZB 11, 12 et 27 classées, ZB 31 inscrite | ZB 11, 12 et 27 |
| libellé | deux articles premiers distincts | théâtre gallo-romain de Brion, portions des vestiges, inscription par arrêté du 25 octobre 1984 |
Ce que la notice affirme d’elle-même : ses mentions légales écrivent qu’elle reprend intégralement les termes de l’arrêté de protection au titre des monuments historiques, qu’elle répond à l’obligation réglementaire du ministère d’établir la liste générale des immeubles protégés, et qu’elle est donc opposable et fait foi juridiquement. C’est cette affirmation qui donne son poids à l’écart : il ne s’agit pas d’une fiche de présentation approximative, mais du document que l’administration tient pour opposable.
Nous ne concluons rien de plus. Nous n’avons pas interrogé le Journal officiel de 1984 ni le moteur des textes officiels, et nous ne savons donc pas si un acte postérieur a modifié l’un ou l’autre de ces arrêtés. Ce que nous constatons, c’est l’écart entre ce que nous avons lu sur le fac-similé et ce que la liste enregistre aujourd’hui.
Un théâtre antique dans lequel on a bâti une maison forte
La notice décrit en quelques lignes une superposition que l’on rencontre rarement aussi nettement : la réutilisation des ruines d’un théâtre antique par une maison forte médiévale de la fin du quatorzième siècle.
Elle situe le reste : la butte abritait, dans les trois premiers siècles de notre ère, une petite agglomération gallo-romaine avec des édifices publics, de culte et de jeux. L’état de conservation est renseigné d’un mot, vestiges, et le site porte par ailleurs une référence de site archéologique.
Sur les dimensions de cet édifice, en revanche, nous n’écrirons rien. Deux valeurs de diamètre circulent, l’une dans une revue savante, l’autre sur des pages de randonnée, et nous n’avons pu lire ni l’une ni l’autre à la source : le serveur de la revue ne répond pas, un portail de diffusion interdit tout robot non nommé dans ses règles, et une archive ouverte nous a opposé un écran de vérification. Donner un diamètre que nous n’avons pas lu reviendrait à recopier un chiffre sans savoir d’où il vient.
Deux identifications au conditionnel, que nous gardons au conditionnel : les sources que nous avons lues proposent d’identifier ce site à une agglomération antique connue par les textes, et elles le font toutes deux au conditionnel. L’une d’elles intitule par ailleurs d’un point d’interrogation la section où elle discute l’existence d’un embarcadère. Nous rapportons ces deux hypothèses comme telles et nous n’en faisons pas des faits. Nous ne donnons pas non plus de distance à l’estuaire : la source parle de quelques kilomètres, et nous n’avons pas de point de rive sourcé pour la calculer.
Le seul théâtre antique protégé de la Gironde
Pour situer ce site, nous avons interrogé l’export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, le 3 novembre 2026, et nous donnons les filtres.
- Cent vingt-neuf notices ont pour dénomination le mot théâtre.
- Quinze d’entre elles portent une datation antique.
- Une seule est en Gironde, et c’est celle-ci.
- Sur un périmètre médocain de cinquante-trois communes, l’export porte cinquante notices par la voie des noms avec un filtre sur le département. Sans ce filtre, le même test en rendrait soixante : dix notices d’homonymes entreraient dans le compte.
Dans la commune elle-même, trois notices sont enregistrées : ce théâtre, un dolmen inscrit le 28 novembre 1989 et un monument portant une statue de la Vierge inscrit le 23 janvier 1992. La protection la plus récente du périmètre médocain, toutes natures confondues, est le classement d’une abbaye à Vertheuil, le 26 juin 2023.
Vu du ciel, un mur courbe dans la broussaille
Ce que l’on voit sur place n’est pas un hémicycle de gradins, c’est un mur. Un mur courbe dont les assises alternent la pierre et des lits de brique, interrompu par des piles, et que la végétation reprend par le haut.
Le site domine un marais, et son nom de lieu le dit : Marais de Reysson, qui figure dans deux des trois lieux-dits que l’arrêté de classement énumère. La publication scientifique écrit que l’estuaire de la Gironde est distant de quelques kilomètres, sans chiffrer davantage. Sur la durée d’occupation, elle ne dit pas la même chose que la notice : elle date la phase majeure du premier et du deuxième siècle de notre ère, quand la notice parle des trois premiers siècles.
Un dernier mot sur ce que cet article a volontairement laissé de côté. Ce pays est surtout connu pour son vignoble, et nous n’en parlons pas : un classement de crus n’est ni du patrimoine bâti ni un lieu que l’on regarde d’en haut. Et le verrou de l’estuaire, cet ensemble de fortifications que l’on cite toujours quand on parle du Médoc, a déjà été traité ici sous un autre angle : nous ne le reprenons pas.
Sources : les deux arrêtés du 25 octobre 1984, lus par nos soins sur le fac-similé que la notice du ministère de la Culture met en lien, pages rendues en images à trois cents points par pouce puis déchiffrées par reconnaissance optique de caractères, pour le classement des parcelles ZB 11, 12 et 27 et l’inscription de la parcelle ZB 31, les trois lieux-dits, les visas de l’arrêté de classement, avis du Conseil supérieur de la recherche archéologique du 9 mars 1979, avis de la Commission supérieure des monuments historiques du 28 mai 1979 et délibération du conseil municipal du 27 mars 1976, l’arrêté d’inscription visant les deux mêmes instances sans les dater et sans viser la délibération, ainsi que pour la date et la signature par délégation ; notice PA00083745 du même ministère, lue dans l’export national des immeubles protégés et sur la plateforme ouverte du patrimoine, pour la mention d’inscription au 25 octobre 1984, la typologie de protection, le libellé limité aux trois parcelles, la description de la réutilisation des ruines par une maison forte de la fin du quatorzième siècle, l’agglomération gallo-romaine des trois premiers siècles, l’état de conservation, la référence de site archéologique, la propriété communale et les mentions légales affirmant la valeur opposable de la notice ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 3 novembre 2026, pour les cent vingt-neuf notices de dénomination théâtre, les quinze datées de l’Antiquité, l’unique notice girondine, les trois notices de la commune, les cinquante notices du périmètre médocain et les soixante que rendrait le même test sans filtre départemental, et pour le classement de l’abbaye de Vertheuil du 26 juin 2023 ; interface publique des données communales pour la composition du périmètre. Ne sont pas établis : les dimensions de l’édifice, qu’aucune de nos sources n’a pu être lue pour les donner, l’identification du site à une agglomération antique connue par les textes, que deux sources proposent au conditionnel, l’existence d’un embarcadère, qu’une source discute sous un titre interrogatif, la distance à l’estuaire, et l’existence d’un acte postérieur à 1984 modifiant l’un ou l’autre des deux arrêtés, le Journal officiel de cette année n’ayant pas été interrogé.

