Quatre valeurs publiées pour une jauge, de quatre cents à dix mille : le théâtre de Genainville, en Vexin français

Le podium du temple des Vaux-de-la-Celle à Genainville et le bassin d'eau au premier plan
Le sanctuaire des Vaux-de-la-Celle, à Genainville : le podium du temple et son bassin. Le théâtre, dont la jauge est en débat, est à l'écart de ce cadrage. Photo : Cangadoba, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

À Genainville, dans le Val-d’Oise, un sanctuaire gallo-romain est classé monument historique depuis 1941. Son édifice de spectacle a quatre jauges publiées, et elles vont de quatre cents places à dix mille.

Ce n’est pas un détail d’érudition. Entre les deux bornes, il y a un rapport de un à vingt-cinq, c’est-à-dire la différence entre le théâtre d’un gros bourg et celui d’une ville. Et aucune des quatre sources n’explique son écart avec les trois autres.

Un même gradin, quatre capacités publiées, et pas une ligne pour dire pourquoi.

Les quatre chiffres, et qui les porte

Jauge publiéeQui l’écritMéthode donnée
près de quatre cents placesune revue universitaire, en 2011oui : trois virgule dix spectateurs au mètre carré, sur une orchestra d’environ quarante-deux mètres de diamètre
plus de quatre mille personnesune brochure du musée archéologique départemental et du parc naturel régional, en juin 2016aucune
entre cinq mille et dix mille personnesla direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France, le 19 décembre 2019aucune
jusqu’à huit mille personnesun ouvrage publié en 2019aucune
Seule la première valeur est accompagnée de sa méthode de calcul. Les trois autres sont données sans justification, et aucune des quatre sources ne cite les autres.

Quatre valeurs, mais pas quatre sources : un même chercheur signe l’éditorial de la brochure de 2016 et est le premier auteur de l’ouvrage de 2019, dont il a lui-même déposé la notice dans l’archive ouverte où nous l’avons lue. Les deux valeurs qu’ils portent ne sont donc pas deux mesures indépendantes. Il reste trois porteurs réellement distincts : une revue universitaire, le musée départemental associé au parc, et la direction régionale. Nous ne tranchons pas davantage sur la valeur la plus basse : elle est la seule à donner sa méthode, mais elle tient mal avec un diamètre de gradins annoncé quelques paragraphes plus haut dans le même article, et nous n’avons pas à décider si c’est une coquille.

Classé en deux fois, à quarante ans d’écart

La protection de ce site s’est faite en deux temps, et la notice du ministère de la Culture nomme précisément ce que chaque arrêté couvre.

Le 9 août 1941, sont classés les terrains acquis par l’État, cinq parcelles de la section B. Le 23 juin 1981, soit trente-neuf ans et dix mois plus tard, est classé l’ensemble des vestiges gallo-romains sur six autres parcelles, aux lieux-dits Entre les Côtes et l’Ente.

Le bien est enregistré comme propriété de l’État, affecté au ministère chargé de la culture. Son état de conservation tient en un mot dans la base : fragment. Et sa datation y tient en deux : gallo-romain, deuxième siècle.

Un ministère qui se contredit sur son propre acte : à qui appartenaient les terrains classés en 1941 ? La base des monuments historiques écrit que l’arrêté porte sur les terrains acquis par l’État, et une revue savante de 1984 écrit la même chose. Mais une page de la direction régionale d’Île-de-France, publiée en décembre 2019, écrit qu’un architecte avait acquis les terrains à la suite des premières fouilles, que les vestiges sont classés dès 1941, et que l’État ne se rendra propriétaire des parcelles qu’en 1946. La base des monuments historiques et cette page de direction régionale relèvent du même ministère : elles ne font pas deux sources, et pourtant elles ne disent pas la même chose. La revue savante de 1984 est, elle, publiée par une société savante et non par le ministère. Nous ne tranchons pas, d’autant que l’arrêté de 1941 n’est consultable que sur place, en salle de lecture, à Charenton-le-Pont.

Une datation que les analyses n’ont pas fixée

Sur l’âge des monuments, le dossier est ouvert depuis quarante ans et il le reste.

Une étude publiée en 1982 place les monuments principaux, temple et théâtre, au milieu ou au troisième quart du deuxième siècle. Signalons au passage un piège de lecture : la version numérisée de cet article affiche onzième siècle là où l’original porte un chiffre romain mal reconnu par la machine. Nous le signalons plutôt que de corriger en silence.

Des prélèvements analysés en 1991 par un laboratoire universitaire d’archéométrie donnent deux résultats : cent quarante ans plus ou moins vingt, et cent quatre-vingt-quinze plus ou moins quinze. Les deux fourchettes recouvrent les positions défendues de part et d’autre, ce qui explique qu’elles n’aient tranché personne. L’article de 2011 qui les rapporte ajoute, lui, que le matériel archéologique et les comparaisons stylistiques confirment la seconde des deux.

Deux Vexins, un seul parc, et un décret non renouvelé

Avant tout décompte, il faut dire de quel Vexin on parle, parce qu’il y en a deux et qu’ils ne sont pas dans la même situation administrative.

  • Le Vexin français est à l’est de l’Epte, dans le Val-d’Oise et les Yvelines. Il a un parc naturel régional, dont le périmètre est fixé par décret.
  • Le Vexin normand est à l’ouest de la même rivière, dans l’Eure. Il n’a pas de parc.
  • Le décret du 30 juillet 2008 classe quatre-vingt-dix-neuf communes pour ce parc, dont quatre-vingt-douze en totalité et sept en partie, soixante-dix-neuf dans le Val-d’Oise et vingt dans les Yvelines.
  • Ce classement a été prorogé jusqu’au 8 mai 2022 par un décret du 28 août 2018. Au 3 novembre 2026, nous n’avons trouvé aucun décret de renouvellement dans la chronologie des décrets d’une base réglementaire publique à jour au 14 octobre 2026, qui recense pourtant sept renouvellements de parcs publiés en 2026, dont celui du Gâtinais français le 23 juin.

Sur ce périmètre, l’export national des immeubles protégés porte cent quatre-vingt-huit notices de monuments historiques, et il a fallu deux chemins pour y arriver. La voie par nom de commune en manquait, à cause des formes inversées que l’export emploie et d’une graphie de commune. La voie par code communal en manquait une autre, parce qu’une commune a changé de code. Deux fusions de communes expliquent par ailleurs l’écart entre les quatre-vingt-dix-neuf communes du décret et les quatre-vingt-dix-sept que la Région cite aujourd’hui.

Pourquoi un filtre départemental reste indispensable : sans lui, huit notices d’homonymes entreraient dans ce décompte, venues de la Moselle, de la Marne, de la Gironde, de la Nièvre, de la Saône-et-Loire, de l’Eure-et-Loir et de la Charente. Un Ennery, un Charmont, un Saint-Gervais, un Moussy, un Sagy, un Santeuil et un Ambleville existent ailleurs qu’en Vexin français, et rien dans un décompte par nom ne le signale.

Vu du ciel, un podium de temple et un bassin

Ce que l’on voit aujourd’hui aux Vaux-de-la-Celle, ce n’est pas un théâtre debout, c’est une assise. Le podium du temple et ses assises de petit appareil, un bassin alimenté par la source du vallon, et au-delà la pente où s’appuyaient les gradins.

Nous avons mesuré la seule distance que nous publions : mille quatre cent soixante-neuf mètres entre l’église paroissiale de Genainville et le site, par la formule de haversine sur deux jeux de coordonnées. Ce résultat valide l’arrondi de mille cinq cents mètres que donne une revue savante de 1984.

Deux décomptes, enfin, pour situer ce classement dans l’ensemble du corpus, et nous donnons le filtre. Sur les quarante-six mille sept cent soixante et une notices de l’export national, quatre cent treize ont pour dénomination site archéologique. Trente-huit d’entre elles ont pour statut juridique exactement propriété de l’État, et trente-trois de ces trente-huit portent un classement dans le champ de date et typologie de la protection. Celle de Genainville est l’une de ces trente-trois.

Reste ce que nous n’avons pas lu, et que nous ne comblons pas. Le site du parc naturel régional interdit tout robot dans son fichier de règles : nous ne l’avons pas consulté et nous n’en concluons rien. L’arrêté de 1941 n’est pas en ligne. Et l’écart entre quatre cents places et dix mille reste entier : aucune des quatre sources que nous avons lues ne prend la peine d’expliquer pourquoi elle ne dit pas comme les autres.

Sources : notice PA00080069 du ministère de la Culture, lue dans l’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, pour les deux classements du 9 août 1941 et du 23 juin 1981, le détail des parcelles et des lieux-dits, la propriété de l’État, l’affectation au ministère chargé de la culture, l’état de conservation, la datation et la mention que le dossier de protection n’est consultable que sur place ; page de la direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France du 19 décembre 2019, pour la jauge de cinq mille à dix mille personnes et pour la version selon laquelle un architecte avait acquis les terrains, l’État ne s’en rendant propriétaire qu’en 1946 ; article de Véronique Brunet-Gaston paru dans une revue universitaire en 2011, pour la jauge de près de quatre cents places, la méthode de trois virgule dix spectateurs au mètre carré et le diamètre de l’orchestra ; brochure du musée archéologique départemental du Val-d’Oise et du parc naturel régional du Vexin français de juin 2016, pour la jauge de plus de quatre mille personnes ; ouvrage collectif publié en 2019, lu par sa notice d’archive ouverte, pour la jauge de jusqu’à huit mille personnes, en notant qu’un même auteur signe l’éditorial de la brochure de 2016 et ce livre ; article de Pierre-Henri Mitard paru en 1982, pour la datation des monuments principaux au milieu ou au troisième quart du deuxième siècle ; Bulletin Monumental de 1984, pour l’acquisition par l’État à la suite des premières fouilles et pour la distance arrondie à mille cinq cents mètres ; résultats des prélèvements analysés en 1991 par un laboratoire universitaire d’archéométrie, pour les deux valeurs et leurs incertitudes ; décret du 30 juillet 2008 portant classement du parc naturel régional et décret du 28 août 2018 portant prorogation, pour la liste des quatre-vingt-dix-neuf communes et pour l’échéance du 8 mai 2022 ; export national des immeubles protégés, quarante-six mille sept cent soixante et une notices, interrogé par nos soins le 3 novembre 2026, pour les cent quatre-vingt-huit notices du périmètre rendues par les deux voies, les huit homonymes qu’un décompte sans filtre départemental ferait entrer, les quatre cent treize notices de dénomination site archéologique, les trente-huit dont le statut juridique est exactement propriété de l’État et les trente-trois de celles-ci qui portent un classement ; coordonnées des notices PA00080067, l’église Saint-Pierre, et PA00080069, le site, prises dans ce même export national, et notre propre calcul de haversine pour la distance ; interface publique des données communales pour les codes des quatre-vingt-dix-sept communes actuelles du périmètre. Ne sont pas établis : la capacité de l’édifice de spectacle, la propriété des terrains en 1941, la datation des monuments, le contenu de l’arrêté de 1941, qui n’est consultable que sur place, et le contenu du site du parc naturel régional, qui interdit tout robot.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui est classé à Genainville ?

Les vestiges gallo-romains des Vaux-de-la-Celle, en deux temps. L'arrêté du 9 août 1941 classe les terrains acquis par l'État, cinq parcelles de la section B. Celui du 23 juin 1981 classe l'ensemble des vestiges gallo-romains sur six autres parcelles, aux lieux-dits Entre les Côtes et l'Ente. Le bien est enregistré comme propriété de l'État, affecté au ministère chargé de la culture, et son état de conservation est renseigné d'un mot : fragment.

Combien de spectateurs le théâtre pouvait-il accueillir ?

Quatre réponses circulent et nous n'en choisissons aucune. Une revue universitaire donne près de quatre cents places, en indiquant sa méthode, trois virgule dix spectateurs au mètre carré. Une brochure d'un musée départemental et du parc naturel régional donne plus de quatre mille personnes. La direction régionale des affaires culturelles donne entre cinq mille et dix mille. Un ouvrage donne jusqu'à huit mille. Aucune de ces sources n'explique l'écart avec les autres.

Ces quatre chiffres viennent-ils de quatre sources différentes ?

Non, et c'est un point qui compte. Un même chercheur signe l'éditorial de la brochure de 2016 et est le premier auteur de l'ouvrage de 2019, ainsi que le déposant de sa notice dans l'archive ouverte où nous l'avons lue. Les deux valeurs qu'ils portent, plus de quatre mille et jusqu'à huit mille, ne sont donc pas deux mesures indépendantes. Restent trois porteurs réellement distincts : une revue universitaire, le musée départemental associé au parc, et la direction régionale.

À qui appartenaient les terrains en 1941 ?

Le ministère de la Culture donne deux réponses contradictoires. Sa base des monuments historiques écrit que le classement de 1941 porte sur les terrains acquis par l'État, et une revue savante de 1984 écrit de même. Mais une page de sa direction régionale d'Île-de-France écrit qu'un architecte avait acquis les terrains et que l'État ne s'en est rendu propriétaire qu'en 1946. Nous ne tranchons pas : l'arrêté de 1941 n'est consultable que sur place, en salle de lecture, à Charenton-le-Pont.

De quand datent ces monuments ?

La datation n'est pas fixée non plus. Une étude de 1982 place les monuments principaux, temple et théâtre, au milieu ou au troisième quart du deuxième siècle. Des prélèvements analysés en 1991 par un laboratoire universitaire donnent deux résultats, cent quarante ans plus ou moins vingt et cent quatre-vingt-quinze plus ou moins quinze, dont les fourchettes recouvrent les positions défendues de part et d'autre. La notice du ministère, elle, se contente de gallo-romain et de deuxième siècle.
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