À vingt kilomètres de Paris, un village entier s’est vidé pour une raison simple : il se trouve dans l’axe d’une piste de Roissy. Le Vieux Pays de Goussainville a perdu ses habitants à partir de 1974, ses maisons ont été rachetées par l’aéroport, puis murées.
Ce n’est pourtant pas une expropriation. Par décret, Aéroports de Paris avait l’obligation d’acheter les maisons mises en vente par ceux qui voulaient partir, et de les conserver. La démolition, elle, était impossible : l’église du village est classée monument historique, et sa proximité protégeait les maisons voisines.
Un centre déjà déplacé une première fois
Goussainville a la particularité d’avoir déménagé son centre au début du XXe siècle, quand l’arrivée du chemin de fer a attiré de nouveaux lotissements près des gares. La mairie et le nouveau centre se sont installés près des Noues, tandis que l’ancien bourg devenait le quartier du Vieux Pays. L’ouverture de Roissy lui a porté le second coup.
Le 3 juin 1973, pendant le Salon du Bourget, un Tupolev 144 s’écrase sur la ville. Une quinzaine de maisons et une école, fermée ce jour-là, sont détruites. Les six membres d’équipage et huit personnes au sol sont tués. L’année suivante, le Vieux Pays se retrouve dans l’axe d’une piste et dans une zone de bruit très élevé.
Des maisons achetées, puis murées
Le mécanisme est administratif, et c’est ce qui rend le lieu si particulier. Les habitants qui le souhaitaient ont vendu, l’aéroport a dû acheter, et les bâtiments sont restés debout, vides, portes et fenêtres bouchées. Quelques irréductibles n’ont jamais quitté le quartier. En 2009, la ville a racheté l’ensemble à Aéroports de Paris pour un euro symbolique.
| Date | Événement |
|---|---|
| Début du XXe siècle | Le centre de la commune se déplace vers les gares |
| 3 juin 1973 | Un Tupolev 144 s’écrase sur la ville pendant le Salon du Bourget |
| 1974 | Le Vieux Pays se retrouve dans l’axe d’une piste de Roissy |
| Années suivantes | Rachat des maisons par Aéroports de Paris, puis murage |
| 2009 | La commune rachète le Vieux Pays pour un euro symbolique |
Ce que le bruit a fait à l’économie locale
La zone de nuisances a aussi redessiné l’activité. Depuis le milieu des années 1970, une bonne part des entreprises installées à Goussainville occupe des emplacements devenus inutilisables pour le logement : là où l’on ne pouvait plus construire de maisons, on a bâti des ateliers et des entrepôts. La commune compte aujourd’hui plus de 5 200 emplois privés, répartis dans un tissu de petites entreprises, la plus importante n’employant qu’un peu plus de 200 salariés.
C’est un effet rarement raconté des grandes infrastructures : elles ne suppriment pas l’activité, elles la déplacent et la transforment. Le Vieux Pays s’est vidé de ses habitants au moment même où le reste de la commune se remplissait d’emplois liés, directement ou non, à la proximité de l’aéroport.
Une église qui a tout changé
L’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est le cœur du Vieux Pays. Il en reste une partie romane, deux travées du collatéral sud sous le clocher. À partir de 1550, la famille Nicolaÿ, fortune faite dans la haute magistrature parisienne, entreprend de l’agrandir dans le style Renaissance, avec une influence visible du château d’Écouen, notamment dans l’ordonnance du retable. Les travaux se poursuivent au XVIIe siècle. Sous l’édifice subsistent d’anciennes caves du château, dont l’une est voûtée d’ogives.
En 1645, Louis XIV érige Goussainville en marquisat pour Nicolas de Nicolaÿ, qui fait construire un pigeonnier et fondre une cloche portant le prénom de sa fille. C’est ce patrimoine, classé, qui a empêché la disparition pure et simple du quartier.
Un décor de cinéma involontaire
Un village vide à vingt minutes de Paris attire les tournages. Le Vieux Pays abandonné apparaît notamment dans The Old Guard, de Gina Prince-Bythewood, sorti en 2020. D’autres films ont été tournés ailleurs dans la commune, dont des scènes d’intérieur des Aventures de Rabbi Jacob, en 1973.
Goussainville rappelle que les lieux ne se vident pas toujours par épuisement. Ici, la commune compte plus de 30 000 habitants et se porte bien : c’est un quartier précis, frappé par une décision d’aménagement, qui s’est éteint. Le contraste entre les maisons murées et l’église Renaissance en fait l’un des lieux les plus étranges d’Île-de-France.
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Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Lieux oubliés.
Sources : monographie de la commune de Goussainville, Wikipédia en français.
