Construit de 1584 à 1611 par Louis de Foix, à sept kilomètres au large, le phare de Cordouan est le plus ancien phare de France encore en activité. C’est aussi le premier à avoir été classé monument historique, en 1862, et il est inscrit au patrimoine mondial depuis juillet 2021.
Il se dresse sur un plateau rocheux découvert à marée basse, à l’embouchure de la Gironde, entre la pointe de Grave et Saint-Palais-sur-Mer. Sa mission n’a pas changé : sécuriser les deux passes qui donnent accès à l’estuaire, la grande passe de l’Ouest et la passe sud, plus étroite.
Un chantier de vingt-sept ans en pleine mer
Bâtir en mer au XVIe siècle relève de l’exploit. Le chantier dure vingt-sept ans. À sa mise en service, le feu est un simple bûcher : dans un bassin posé sur un piédestal de bronze, on brûle du bois enduit de poix, d’huile et de goudron, sous un dôme à huit baies vitrées, la fumée s’évacuant par une pyramide creuse de 6,50 mètres. Le feu se trouve alors à 37 mètres au-dessus des plus hautes mers.
La mer ne laisse rien passer. Une fois le phare achevé, les défenses n’étant plus entretenues, elle emporte ce qui restait de la cité ouvrière installée sur l’îlot. En 1645, une tempête détruit la pyramide et le dôme, rétabli en 1664. Le soubassement est renforcé, la partie haute démolie en 1719 puis reconstruite en 1724.
Le Versailles de la mer
Surnommé « Versailles de la mer », « phare des rois » et « roi des phares », Cordouan mérite ses surnoms par son décor.
- 301 marches mènent du vestibule au sommet, plus huit marches vers la lanterne, interdites aux visiteurs.
- L’appartement dit « du Roi », au premier étage, aménagé en 1664 par Colbert : voûte, cheminée, marbres gris et noir, pilastres aux monogrammes de Louis XIV et de Marie-Thérèse. Aucun roi n’y a jamais dormi.
- La chapelle, au deuxième étage, où est gravé un sonnet de l’architecte Louis de Foix.
- Une cave d’origine qui recueille l’eau de ruissellement dans deux citernes de 12 mètres cubes.
Trente mètres de plus, et le premier feu tournant
À la fin du XVIIIe siècle, les marins jugent la portée insuffisante et l’édifice est en mauvais état. De 1782 à 1790, l’ingénieur Joseph Teulère le rehausse de trente mètres, en conservant le rez-de-chaussée et les deux premiers étages. Le style Louis XVI de la partie neuve, sobre et sec, contraste avec la richesse Renaissance des niveaux inférieurs. Une fois le feu porté à soixante mètres au-dessus des plus hautes mers, Teulère met au point le premier feu tournant à réverbères paraboliques.
| Date | Étape |
|---|---|
| 1584-1611 | Construction par Louis de Foix, premier allumage le 11 juin 1611 |
| 1645 | Une tempête détruit la pyramide et le dôme |
| 1664 | Colbert fait aménager l’appartement du Roi |
| 1782-1790 | Rehaussement de trente mètres par Joseph Teulère |
| 1862 | Premier phare classé monument historique |
| 1948 | Électrification |
| 2013-2022 | Restauration complète, dix millions d’euros |
| Juillet 2021 | Inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO |
Aujourd’hui : automatisé, et toujours en poste
Le phare appartient à l’État et son feu, entièrement automatisé, est géré depuis le Verdon-sur-Mer. Depuis 2010, la valorisation touristique et le gardiennage sont confiés à un syndicat mixte réunissant collectivités de Gironde et de Charente-Maritime. En mars 2009, une nouvelle île de sable est apparue non loin à l’est, encore appelée « Île sans nom ».
Cordouan est l’exemple rare d’un monument qui n’a jamais cessé de servir. Là où la dune du Pilat, à quelques dizaines de kilomètres, se déplace au gré du vent, le phare tient sur son rocher depuis quatre siècles, en rappelant que l’estuaire reste l’un des passages les plus délicats de la côte atlantique.
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Sources : notice du phare de Cordouan, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques ; liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
