Banc d’Arguin : le plan de gestion de la réserve écrit que le banc actuel pourrait disparaître vers 2030

Le banc d'Arguin vu d'avion, long croissant de sable clair entre les passes du bassin d'Arcachon
Le banc d'Arguin, à l'entrée du bassin d'Arcachon. Photo : Dorian BENTEJAC, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Le plan de gestion 2023-2032 de la réserve naturelle du banc d’Arguin écrit que le banc d’Arguin actuel pourrait disparaître à l’horizon 2030. C’est le document officiel qui organise sa protection.

La phrase, à la page 41 du document mis en ligne par la préfecture de la Gironde, est au conditionnel : au regard de l’état des connaissances sur les modalités d’évolution des passes, le banc d’Arguin actuel pourrait disparaître à l’horizon 2030 au fur et à mesure que les deux passes iraient vers une réunification dans leur partie sud pour ne former qu’une seule passe principale, tandis que d’autres bancs de sable naissant devraient connaître une dynamique inverse.

Deux documents, deux horizons

Une étude antérieure dit la même chose avec une autre date. Le rapport d’ARTELIA remis en novembre 2015 à la commune de La Teste-de-Buch place la fusion des passes à l’horizon 2035-2040, et liste parmi ses conséquences attendues la suppression du banc d’Arguin.

Cinq à dix ans d’écart entre deux documents publics qui traitent du même phénomène. Ce n’est pas une contradiction, c’est la marge d’un système qui bouge trop vite pour qu’on le date au millésime. Mais cela interdit d’annoncer une date comme si elle était acquise.

Les deux documents convergent sur le fait, pas sur l’année.

Un cycle de quatre-vingts ans

Le mécanisme, lui, est décrit de la même façon dans le plan de gestion : un cycle de 80 ans a été identifié au cours duquel la passe principale se déplace du Cap Ferret vers la dune du Pilat.

Le même document ajoute que le cycle actuel a débuté à la fin des années 1940 et serait en voie d’achèvement. Autrement dit, le banc tel qu’on le connaît est né avec ce cycle et finira avec lui.

Ce qui circule entre les deux passes n’est pas un détail : les masses de sable qui transitent annuellement au niveau de la réserve sont estimées à environ 600 000 mètres cubes.

Ce que disent les documentsHorizonSource
Disparition du banc actuel2030Plan de gestion 2023-2032 de la réserve
Fusion des passes et suppression du banc2035-2040Étude ARTELIA pour La Teste-de-Buch, 2015
Durée du cycle des passesenviron 80 ansPlan de gestion 2023-2032
Début du cycle en coursfin des années 1940Plan de gestion 2023-2032
Les deux horizons publiés, et le cycle qui les explique.

Un banc qui respire déjà chaque année

Avant même ce basculement, le banc change de taille tous les ans. Le plan de gestion décrit une phase d’érosion en automne et en hiver, suivie d’une phase d’accrétion à partir du printemps jusqu’à la fin de l’été, et précise qu’entre ces deux périodes la superficie du banc peut gagner ou perdre 30 % de l’équivalent de sa superficie.

Dans les années 1950, il n’était composé que d’un seul banc émergé à marée haute ; il a atteint sa superficie maximale dans les années 1980 ; puis une régression importante l’a morcelé en sept îlots, pour une superficie globale de 45 hectares en moyenne au début des années 2000. Le même document ajoute que sa superficie globale a quadruplé depuis, et qu’elle marque une tendance à la stabilité depuis plusieurs années.

Un objet qui peut perdre près d’un tiers de sa surface d’une saison à l’autre et qui s’est déjà brisé en sept morceaux n’est pas un lieu au sens ordinaire. C’est un état transitoire du sable, que la carte fige par convention.

Ce que protège exactement la réserve

Le décret du 10 mai 2017 fixe la superficie totale de la réserve à 4 360 hectares environ. Le plan de gestion la détaille : 3 116 hectares de zones subtidales, soit 70 %, 850 hectares intertidaux, soit 20 %, et 395 hectares exondés, soit 10 %. L’altitude maximale est de 9 mètres, la profondeur maximale de 15 mètres.

Dix pour cent seulement du périmètre est donc hors de l’eau en permanence. La réserve est d’abord un espace marin, ce qui explique qu’elle puisse survivre à la disparition du banc : le plan de gestion précise que d’autres bancs de sable naissants devraient connaître une dynamique inverse.

Elle a été créée par arrêté ministériel le 4 août 1972, et ne se trouve sur le territoire d’aucune commune : elle est entièrement sur le domaine public maritime, entre La Teste-de-Buch et Lège-Cap-Ferret.

À retenir : la réserve protège un périmètre maritime, pas un banc. C’est ce qui lui permet d’exister après lui.

Les oiseaux, eux, ont déjà décroché

La réserve a été créée pour une colonie de sternes caugek. Le plan de gestion en compte 500 couples en 2020, contre un maximum de 4 697 couples relevé depuis 1972. Le document ne date pas ce maximum : il indique une moyenne d’environ 3 700 couples entre 1980 et 2010, et précise que la reproduction de l’espèce échoue sur le site depuis 2019.

Ce chiffre ne se lit pas comme une conséquence du déplacement des passes : le document ne fait pas ce lien, et rien n’autorise à l’établir ici. Il dit seulement que la raison d’être affichée de la réserve a, elle aussi, changé d’échelle.

Protéger un objet qui bouge

Le périmètre a déjà été refait une fois. Avant 2017, la réserve couvrait environ 2 600 hectares : son périmètre, fixé par un décret de 1986, correspondait aux terres émergées à marée haute de coefficient 45 et à une zone d’un mille nautique autour d’elles. Le décret de 2017 l’a portée à 4 360 hectares. L’extension a suivi le site, pas l’inverse.

C’est la difficulté propre à ce type de protection. Classer une abbaye revient à dessiner un contour autour de murs qui ne se déplaceront pas. Classer un banc de sable revient à dessiner un contour autour d’un phénomène qui, par définition, sortira du cadre.

Les gestionnaires ne s’en cachent pas, et c’est ce qui rend ce plan de gestion remarquable : il organise la protection d’un site en écrivant, noir sur blanc, que l’objet protégé est en train de s’effacer. Peu de documents administratifs assument ce genre de phrase.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, l’entrée du bassin d’Arcachon ne ressemble pas à un chenal mais à un delta inversé, où les bancs se font et se défont entre deux passes mobiles. Le banc d’Arguin en est la pièce centrale, allongée face à la dune.

La comparaison de deux vues aériennes à dix ans d’intervalle suffit à voir ce que les documents décrivent : le trait de sable se déplace, se fend, se ressoude.

C’est aussi pourquoi aucune carte ne reste juste longtemps. Le sillon de Talbert, en Bretagne, pose le même problème aux cartographes, pour les mêmes raisons.

Sources : plan de gestion 2023-2032 de la Réserve naturelle nationale du Banc d’Arguin, SEPANSO, mis en ligne par la préfecture de la Gironde ; ARTELIA Eau et Environnement, Érosion au niveau des passes du bassin d’Arcachon, phase 2, rapport R2, novembre 2015, mis en ligne par la commune de La Teste-de-Buch ; décret n° 2017-945 du 10 mai 2017 portant extension et modification de la réserve naturelle.

Questions fréquentes

Le banc d'Arguin va-t-il vraiment disparaître ?

C'est ce qu'écrivent les deux documents publics qui traitent de la question, mais ils ne donnent pas la même date. Le plan de gestion 2023-2032 de la réserve écrit que le banc d'Arguin actuel pourrait disparaître à l'horizon 2030. L'étude ARTELIA commandée par La Teste-de-Buch en 2015 place la fusion des passes à l'horizon 2035-2040 et liste parmi ses conséquences la suppression du banc d'Arguin.

Pourquoi disparaîtrait-il ?

Parce que les deux passes qui relient le bassin d'Arcachon à l'océan se déplacent. Le plan de gestion décrit un cycle d'environ 80 ans au cours duquel la passe principale se déplace du Cap Ferret vers la dune du Pilat, et précise que le cycle actuel a débuté à la fin des années 1940 et serait en voie d'achèvement.

La réserve disparaîtra-t-elle avec lui ?

Non, et c'est la nuance importante. Le même plan de gestion précise que d'autres bancs de sable naissants devraient connaître une dynamique inverse. Le périmètre protégé est un espace maritime, pas un banc précis : il peut survivre au banc qui lui a donné son nom.

Quelle est la surface de la réserve ?

Le décret du 10 mai 2017 fixe la superficie totale à 4 360 hectares environ. Le plan de gestion détaille cette surface en 3 116 hectares de zones subtidales, 850 hectares intertidaux et 395 hectares exondés. Avant ce décret, la réserve couvrait environ 2 600 hectares.

Le banc change-t-il aussi au fil de l'année ?

Beaucoup. Le plan de gestion indique que les bancs connaissent une phase d'érosion en automne et en hiver, suivie d'une phase d'accrétion du printemps à la fin de l'été, et qu'entre ces deux périodes la superficie du banc peut gagner ou perdre 30 % de l'équivalent de sa superficie.
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