Sur la plage, au pied du versant ouest de la dune du Pilat, une pelle mécanique de 20 tonnes a creusé le sable du 21 septembre au 9 octobre 2026. Sous les couches récentes apparaît une ligne sombre, le paléosol n°2, un ancien sol forestier daté de 1000 à 500 ans avant notre ère. Une quinzaine de chercheurs et de bénévoles y ont fouillé, pendant 19 jours, les restes d’un site où l’on produisait du sel à partir de l’eau de mer.
Cette campagne de fouilles programmées, autorisée et financée par l’État par l’intermédiaire de la DRAC Nouvelle-Aquitaine, a une raison simple, que le Syndicat mixte de la Grande Dune du Pilat résume sur sa page consacrée au chantier de 2026 : à l’exutoire du bassin d’Arcachon, l’érosion met au jour, puis détruit progressivement, des vestiges vieux de plus de 3 000 ans. Foyers, trous de poteaux, ateliers de sel, céramiques et bois conservés dans la tourbe doivent être étudiés avant leur disparition.
Un mille-feuille de quatre anciens sols
Vue depuis la plage, la face ouest de la dune montre une alternance de bandes claires et de lignes noires. Selon le Syndicat mixte, gestionnaire du site, ces lignes sont des paléosols : les scientifiques en ont distingué quatre principaux. Chacun correspond à une ancienne forêt qui a fixé des dunes mobiles avant d’être recouverte à son tour par de nouvelles dunes. Ce recouvrement a figé les sols et les activités humaines qui s’y étaient développées.
La page du Syndicat mixte consacrée à la formation de la dune décrit une accumulation de sable en cinq phases au cours des 4 000 dernières années, avec des périodes froides, sèches et venteuses qui déplacent le sable, et des périodes plus chaudes et humides où la végétation s’installe. Les quatre paléosols s’échelonnent ainsi :
- Paléosol 1 : un sol daté entre 8000 et 4000 ans avant notre ère, posé sur l’alios, avec des souches encore visibles, qui affleure surtout du côté de la plage de la Corniche.
- Paléosol 2 : une forêt revenue à la fin de la période allant de 2000 à 500 ans avant notre ère, situé entre 2 et 5 mètres au-dessus de la plage. C’est celui des sites de l’âge du Bronze final et de l’âge du Fer.
- Paléosol 3 : un sol de quelques centimètres daté du XVIe siècle, à mi-hauteur de la face ouest, surnommé « sol à débris de cuisine » pour ses amas de coquilles d’huîtres plates, de coques et de palourdes.
- Paléosol 4 : le plus haut, daté du début du XIXe siècle, qui correspond à une forêt de pins cultivée, où l’on a retrouvé de nombreux pots servant à récolter la résine.
Des sauniers de l’âge du Fer sous le sable
Le paléosol 2 est celui que visent les fouilles. D’après le dossier de presse de la campagne 2024, la forêt y était alors implantée sur un sol sableux pratiquement plat, avec un habitat fait de plusieurs unités dispersées dans des clairières, dans un secteur où serpentait une petite rivière. Ces populations vivaient de l’élevage et de la production de sel, filaient la laine, pêchaient et commerçaient le long du rivage et dans l’arrière-pays.
La notice publiée dans la revue ADLFI par l’archéologue Philippe Jacques, consacrée à la fouille programmée de 2018, décrit ce que la mer avait dégagé pendant l’hiver 2017-2018 dans la partie nord de la dune : deux nouveaux sites du premier âge du Fer, appelés Pr13 et Pr14, en plus d’un site déjà exploré en 2014, Pr9.
- Pr13, le site saunier : un foyer, puis une épaisse strate d’argile parfois cuite mêlée à des milliers de fragments d’augets, ces récipients en céramique qui ont servi à faire cristalliser le sel.
- Pr14, l’habitat : vingt-quatre trous de poteaux et trois fosses dessinant un bâtiment orienté est-ouest d’au moins 10 mètres de long sur 5 mètres de large, avec trois pièces reconnues.
- Le mobilier de Pr14 : un élément de meule en grès, de nombreux fragments d’un four domestique à sole perforée et trois fusaïoles, qui servaient à assurer la rotation régulière d’un fuseau de filage à la main.
Selon cette notice, c’était la première fois qu’un plan de bâtiment à vocation domestique était révélé dans ce secteur côtier. La fouille quasi intégrale de Pr13 était aussi le deuxième atelier de saunier étudié sur la dune, après celui du site Pr4 en 2005 et 2006.
2024, 2026 : deux campagnes pour devancer l’érosion
Depuis 2005, selon le Syndicat mixte, l’érosion de la dune fait l’objet d’un suivi assidu par le Groupe de recherche archéologique du Pays de Buch et de l’Agenais (GRAPBA), sous la direction de Philippe Jacques et sous le contrôle de la DRAC. Le dossier de presse de 2024 indique que la côte sud de La Teste-de-Buch, entre la dune et la plage de la Lagune, a révélé une cinquantaine de sites archéologiques depuis le milieu du XIXe siècle.
Après les tempêtes de l’hiver 2023-2024, qui avaient particulièrement touché l’un de ces sites, l’État a confié une nouvelle fouille à l’équipe, à partir du 7 octobre 2024 et pour deux semaines, sur le même secteur qu’en 2018. Un ancien étang a été découvert en 2024 ; sa berge est l’un des objectifs de 2026.
Le dossier de presse de 2026 détaille le programme de l’opération qui vient de s’achever. Le paléosol n°2 devait être décapé sur une centaine de mètres de long, pour retracer son histoire depuis l’installation des premières zones humides jusqu’à son recouvrement par le sable. Les archéologues devaient aussi définir les contours du site saunier Pr13 et sa liaison avec la berge de l’étang, en étudiant les bois parfaitement conservés dans les tourbes qui comblent cet étang.
Le sol que les archéologues dégagent est celui que la mer emportera lors des prochaines tempêtes.
Une dune qui bouge à l’est comme à l’ouest
Si ces sols réapparaissent, c’est que la dune se déplace en permanence. Selon le Syndicat mixte, le vent pousse le sable vers le sommet, d’où il bascule vers la forêt, ensevelissant les arbres à une vitesse de 1 à 5 mètres par an. Côté océan, le littoral nord connaît une érosion chronique, avec un recul moyen du pied de dune de 4 mètres par an, tandis que les parties centrale et sud sont plutôt stables, selon un bilan du Syndicat mixte publié en octobre 2022.
Le sommet, lui, change d’altitude d’une année à l’autre. Le dernier chiffre publié date de mai 2025 : 101,7 mètres selon le Syndicat mixte, soit 0,7 mètre de plus qu’en 2024. Les trois agents de l’Observatoire de la côte de Nouvelle-Aquitaine ont refait leur relevé le 8 juin 2026, mais au moment où le Syndicat mixte l’annonçait, la hauteur 2026 devait être publiée après l’été, une fois les données traitées. L’altitude maximale mesurée reste celle de 2017, 110,5 mètres, rappelle l’Observatoire dans son bilan de juillet 2023.
Ce même bilan souligne que la crête n’est pas le témoin général de l’évolution de la dune. Entre 2022 et 2023, le sommet s’est déplacé d’environ 120 mètres vers le nord-est.
L’hiver 2025-2026 a rappelé la vitesse du phénomène. Au sud de la dune, sur la plage du Petit Nice, le Syndicat mixte a relevé en février 2026 un recul du trait de côte d’environ 5 à 6 mètres en dix jours, avec par endroits un escarpement vertical de 3 à 7 mètres. Les dimensions de la dune et sa fréquentation sont détaillées dans notre article sur l’avancée de la dune du Pilat sur la forêt.
| Repère | Valeur | Ce que cela indique |
|---|---|---|
| Paléosol n°2 fouillé en 2026 | 1000 à 500 av. J.-C. | Fin de l’âge du Bronze et début du Second âge du Fer |
| Durée du chantier 2026 | 19 jours | Du 21 septembre au 9 octobre 2026 |
| Bâtiment de Pr14 (fouille 2018) | au moins 10 m sur 5 m | Premier plan de maison relevé dans ce secteur côtier |
| Avancée vers la forêt | 1 à 5 m par an | Les arbres sont ensevelis côté est |
| Sommet (mai 2025) | 101,7 m | Contre 110,5 m en 2017, record des relevés |
Ce que l’on ne sait pas encore
Les résultats de la campagne de 2026 ne sont pas publiés : le chantier s’est terminé le 9 octobre 2026, et la notice de la fouille de 2018 n’a été mise en ligne qu’en septembre 2021. On ignore donc encore ce que l’étude des bois de l’étang apportera à la datation et à l’organisation du site saunier.
Les datations varient selon les documents : la page du Syndicat mixte sur la formation de la dune place les sites archéologiques entre 900 et 600 ans avant notre ère, les dossiers de presse datent le sol fouillé de 1000 à 500 ans avant notre ère, soit environ 2 500 à 3 000 ans : la formule des vestiges « vieux de plus de 3 000 ans » employée par le Syndicat mixte dépasse donc l’âge de ce sol.
Enfin, la hauteur ne résume pas l’évolution de la dune. Le relevé de juin 2026 dira où en est le sommet, mais il ne dira rien des vestiges. Le sol que les archéologues dégagent est celui que la mer emportera lors des prochaines tempêtes. Au XIXe siècle, la dune de la Grave, qui a précédé l’actuelle, avait été ensemencée de pins dans le cadre de la fixation des dunes engagée en application d’un décret consulaire de 1801, selon le Syndicat mixte ; l’histoire du pin dans l’intérieur des Landes fait l’objet de notre article sur la loi de 1857 et le drainage des Landes.

