Le lac de Grand-Lieu double, et peut-être triple de surface entre l’été et l’hiver selon le document officiel que l’on consulte, et il est interdit de le survoler sous 300 mètres. C’est l’un des grands paysages français que presque personne n’a vus en entier.
La fiche descriptive Ramsar du site le présente comme le plus grand lac naturel de plaine français. En hiver, sa superficie atteint 6 300 hectares ; elle se réduit à moins de 3 000 hectares en été, quand les prairies et les autres formations riveraines inondables sont exondées.
Deux chiffres d’été, et il faut les deux
La Société nationale de protection de la nature, qui gère la réserve, écrit de son côté que les niveaux d’eau fluctuants font passer le lac de 2 000 hectares en été, à l’étiage, à 6 300 hectares en hiver.
Les deux documents donnent donc le même chiffre d’hiver et deux chiffres d’été différents. Mille hectares d’écart, soit environ un sixième de la surface maximale. L’honnêteté commande de citer les deux plutôt que d’en retenir un.
La profondeur suit la même respiration : moins d’un mètre en moyenne en été, environ 2,50 mètres en hiver. La fiche Ramsar ajoute que cette physionomie, entre 0,70 et 1,20 mètre dans la partie centrale en été, est proche de celle des lacs tropicaux africains peu profonds.
| Donnée | Hiver | Été |
|---|---|---|
| Superficie selon la SNPN, gestionnaire | 6 300 ha | 2 000 ha |
| Superficie selon la fiche Ramsar | 6 300 ha | moins de 3 000 ha |
| Profondeur moyenne | environ 2,50 m | moins de 1 m |
| Superficie classée en réserve | 2 694 ha 60 a 29 ca | décret du 10 septembre 1980 |
Un lac qu’on ne peut pas regarder d’en haut
L’article 15 du décret du 10 septembre 1980 est explicite : le survol de la réserve est interdit à une altitude inférieure à 300 mètres. Les exceptions sont nommées, et elles sont rares : aéronefs des armées et du centre d’essais en vol, opérations de police, de recherche et de sauvetage, vols aux instruments vers l’aérodrome de Nantes.
Depuis le sol, ce n’est pas plus simple. La fiche Ramsar le formule nettement : de par ses rives très planes, le lac de Grand-Lieu est un lac très discret, difficilement observable derrière les ceintures de végétation qui l’entourent.
Rives trop plates pour le voir depuis le bord, plafond à 300 mètres pour le voir d’en haut.
Il reste donc deux façons de le regarder : depuis les points d’observation aménagés sur ses bords, la tour de la Maison du pêcheur et l’observatoire ornithologique, tous deux au village de Passay, sur la commune de La Chevrolière, et depuis une altitude légale, c’est-à-dire d’assez haut pour que le lac tienne entier dans le cadre. C’est précisément ce que montre une vue aérienne : non pas un plan d’eau, mais une tache dont les bords changent de place.
Une réserve née d’une donation
La réserve naturelle nationale a été créée en septembre 1980 sur les terrains de la donation Guerlain. Le gestionnaire précise que la protection du site et sa gestion par la Société nationale de protection de la nature étaient deux des conditions de cette donation à l’État.
Le décret vise les actes notariés des 28 décembre 1977 et 7 mars 1978, par lesquels des parts de la société civile immobilière du domaine de Grand-Lieu sont données à l’État, donation définitivement acceptée par acte du 19 avril 1979. Il fixe la superficie classée à 2 694 hectares 60 ares 29 centiares.
Le foncier a changé de main une seconde fois : il est affecté au Conservatoire du littoral depuis 2008. Un lac intérieur dont le foncier est affecté au Conservatoire du littoral alors que la gestion reste confiée à la Société nationale de protection de la nature depuis 1985, n’est pas la situation la plus courante.
Ce que ces hectares font venir
Le site abrite en hiver 60 000 oiseaux d’eau en moyenne, selon les comptages de la mi-janvier portant sur les anatidés, ardéidés, rallidés et laridés. Hors laridés, il dépasse le seuil des 20 000 oiseaux d’eau de novembre à mars.
Sept pêcheurs professionnels vivent encore des ressources piscicoles produites par le lac. C’est une activité rare sur un plan d’eau intérieur protégé, et elle tient à un droit antérieur : l’article 6 du décret de 1980 interdit la pêche, mais réserve les droits acquis par la société coopérative des pêcheurs du lac de Grand-Lieu, qui regroupe les pêcheurs du lac depuis 1907.
Le lac est alimenté par deux cours d’eau principaux, la Boulogne et l’Ognon, qui drainent un bassin versant de près de 800 kilomètres carrés en Loire-Atlantique et en Vendée. Il se vide par son exutoire naturel, l’Acheneau, qui le relie à l’estuaire de la Loire.
Un lac sans rive fixe, et ce que cela change
Un lac ordinaire a un trait de côte. On peut en faire le tour, le cadastrer, construire au bord. Grand-Lieu n’a rien de tout cela : entre son étiage et ses hautes eaux, la limite se déplace de plusieurs centaines de mètres sur un terrain presque horizontal.
Cela explique que le bâti reste rare au contact de l’eau. Le lac est cadastré en totalité sur Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, et huit autres communes le bordent : Saint-Aignan-de-Grand-Lieu, Pont-Saint-Martin, La Chevrolière, Saint-Lumine-de-Coutais, Saint-Mars-de-Coutais, Port-Saint-Père, Saint-Léger-les-Vignes et Bouaye. Leurs bourgs se tiennent à distance des plus hautes eaux, à une exception près : Passay, sur la commune de La Chevrolière, village de pêcheurs installé au bord même du lac, avec son port d’été et son port d’hiver.
Cela explique aussi la forme de la protection. Classer un lac dont la surface varie du simple au triple suppose de classer les terres qui seront inondées, pas seulement l’eau. Les 2 694 hectares du décret couvrent donc des prairies qui, l’été venu, ne ressemblent plus du tout à une réserve lacustre.
Précision utile : le décret de 1980 écrit Saint-Philibert-de-Grand-Lieu. La commune s’écrit Saint-Philbert, sans deuxième i. L’erreur figure dans le texte officiel et n’a jamais été rectifiée.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, Grand-Lieu ne montre pas un trait de rive mais un dégradé. L’eau libre occupe le centre, entourée d’une couronne de roselières, elle-même bordée de prairies qui seront sous l’eau six mois plus tard.
C’est cette couronne qui explique l’écart entre 2 000 et 6 300 hectares. Le lac ne déborde pas, il monte dans des terres faites pour cela, comme le marais poitevin ou les étangs de la Dombes, à ceci près qu’ici personne n’a creusé.
Un lac naturel de plaine qui gagne plusieurs milliers d’hectares entre l’étiage et les hautes eaux, au sud-ouest de Nantes, et que la loi protège jusque dans l’air qui le surplombe : c’est l’un des rares paysages français dont la forme exacte dépend du jour où on la regarde.
Une photographie aérienne de Grand-Lieu porte donc toujours une date utile. Prise en février, elle montre une mer intérieure qui touche les routes ; prise en août, un plan d’eau resserré au milieu de prairies sèches. Les deux images sont justes, et elles ne montrent pas la même chose.
Sources : fiche descriptive sur les zones humides Ramsar, site n° 714 Lac de Grand-Lieu, mise à jour 2023 ; Société nationale de protection de la nature, contribution à la mission du Sénat, décembre 2023 ; décret n° 80-716 du 10 septembre 1980 portant création de la réserve naturelle du lac de Grand-Lieu, articles 1er et 15.

