1 450 hectares, 11 km de long et un seul grau : l’étang de Biguglia, le plus vaste de Corse

L'étang de Biguglia et le cordon de la Marana vus depuis les hauteurs
L'étang de Biguglia et les plages de la Marana, en Haute-Corse. Photo : Иерей Максим Массалитин from Rabat, Maroc, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Onze kilomètres de long, deux et demi de large, et moins de deux mètres de fond. L’étang de Biguglia est une nappe d’eau posée derrière un cordon de sable de dix kilomètres de long et de moins d’un kilomètre de large.

La fiche descriptive Ramsar du site donne les dimensions : d’une superficie de 1 450 hectares, 11 kilomètres de longueur et 2,5 kilomètres dans sa plus grande largeur, l’étang de Biguglia est le plus vaste de Corse. L’étude publiée en 1992 par le Parc naturel régional de Corse écrivait déjà qu’il constitue la plus grande surface de zones humides de l’île.

Une lagune, pas un lac

La distinction n’est pas qu’un mot. La fiche Ramsar décrit une lagune de faible profondeur d’eau, 1,2 mètre en moyenne avec un maximum de 1,8 mètre, très confinée et reliée à la mer par un étroit chenal d’environ 1,5 kilomètre de longueur, isolée de la mer par un cordon littoral d’une dizaine de kilomètres de long.

L’étude de 1992 donne un mètre de profondeur moyenne. L’écart avec les 1,2 mètre de la fiche récente est mince, mais il existe, et les deux valeurs sont rapportées ici telles qu’elles sont écrites.

Dans les deux cas, le rapport entre les dimensions est le même : une étendue de onze kilomètres sur une profondeur d’un mètre. Rapportée à l’échelle, c’est une flaque, et c’est cette minceur qui explique tout le reste.

Onze kilomètres de long pour un mètre de fond : la moindre variation de niveau change la carte.

DonnéeValeurSource
Superficie de l’étang1 450 hafiche Ramsar et étude de 1992
Longueur et largeur11 km sur 2,5 kmfiche Ramsar
Profondeur moyenne1,2 m, maximum 1,8 mfiche Ramsar
Profondeur moyenne1 métude du Parc naturel régional, 1992
Cordon littoralune dizaine de kilomètresles deux sources
Chenal vers la merenviron 1,5 kmfiche Ramsar
Bassin versant182 km2fiche Ramsar
Superficie de la réserve naturelleenviron 1 790 hadécret du 9 août 1994
Deux surfaces coexistent et ne désignent pas la même chose : l’étang et la réserve.

Un seul passage, et il se referme

Tout le fonctionnement de la lagune tient à un point : le grau, l’ouverture du chenal sur la mer. L’étude de 1992 note que ce grau a tendance à se colmater. La fiche Ramsar répond, trente-trois ans plus tard, que l’entretien du grau est réalisé selon un programme intégré dans le plan de gestion.

Un cordon de sable de dix kilomètres de long borde l’étang sur presque toute sa façade maritime, et le grau qui le perce a tendance à se refermer. Les deux sources constatent ce colmatage sans en détailler le mécanisme, et c’est pour cela que l’entretien du grau figure au plan de gestion.

L’enjeu n’est donc pas de protéger un paysage figé, mais de maintenir ouvert un passage que la nature referme. C’est le contraire de ce qui se joue sur les cordons en érosion du continent, où l’on cherche à retenir le sable.

Une réserve née en 1994

La protection est venue tard au regard de l’intérêt du site. L’étang est inscrit sur la liste de la convention de Ramsar depuis le 5 avril 1991, et la réserve naturelle a été créée par décret du 9 août 1994, sur les communes de Biguglia, Borgo, Furiani et Lucciana.

La fiche Ramsar la présente comme la plus grande zone humide de Corse. Le superlatif est de la fiche, et il porte sur la réserve, quand celui de l’étude de 1992 portait sur la surface de zones humides de l’île. Les deux formulations se recoupent sans se confondre.

Deux étangs dans un seul

La presqu’île de San Damiano partage l’étang en deux bassins qui n’ont pas la même eau. L’étude de 1992 chiffre la différence : la salinité est toujours plus importante dans la partie nord, de 15 à 37 pour mille en été et de 8 à 12 au printemps, contre 6 à 14 pour mille en été dans le bassin sud, souvent moins de 6 au printemps.

Le nord, proche du grau, reçoit l’eau de mer. Le sud, alimenté par les cours d’eau du bassin versant, reste plus doux. Entre les deux, une gamme de salinité que la fiche Ramsar qualifie de très importante, et qui fait cohabiter sur onze kilomètres des espèces halophiles, liées à l’arrivée d’eau salée par le grau, et des espèces d’eau douce.

La fiche Ramsar signale aussi la fragilité de cet équilibre : des anoxies de fond peuvent se produire régulièrement à la période estivale, et quelques épisodes ponctuels de surface ont été observés en 2017 et 2022 en raison des très fortes chaleurs. Un mètre de profondeur chauffe vite.

Ne pas confondre : les 1 450 hectares sont ceux du plan d’eau. La réserve naturelle, créée par décret du 9 août 1994 sur les communes de Biguglia, Borgo, Furiani et Lucciana, couvre environ 1 790 hectares.

Cinq rivières et un canal

L’étang est alimenté par un bassin versant de 182 kilomètres carrés, composé des bassins du Bevinco, du Pietre Turchine, du Rasignani, de la Mormorana et du San Pancrazio. Cinq cours d’eau pour une lagune, c’est beaucoup, et cela explique la faible salinité du bassin sud.

S’y ajoute une communication artificielle : le canal du Fossone permet les échanges entre l’étang et le Golo, plus grand fleuve de Corse. La fiche Ramsar ajoute d’autres apports d’eau douce : les eaux de drainage de la plaine, récupérées par les canaux et déversées par des stations de pompage, et les eaux de pluie. L’eau salée, elle, arrive essentiellement par le grau, et aussi par le canal du Fossone.

Cette communication difficile avec la mer, combinée aux apports d’eau douce, est la clé du site. L’étude de 1992 y voit la cause des variations saisonnières notables de salinité.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, la figure est d’une simplicité géométrique : une bande d’eau allongée nord-sud, parallèle au rivage, séparée de la mer par un ruban de sable dont la largeur n’excède pas un kilomètre.

Au nord, l’agglomération de Bastia ; au sud, l’aéroport de Bastia-Poretta, sur la commune de Lucciana ; à l’ouest, les collines ; à l’est, la plage et la mer. L’étang occupe exactement l’espace laissé entre les deux, et sa forme est celle d’un ancien golfe que le sable a fermé.

La fiche Ramsar décrit d’ailleurs ce ruban avec précision : la rive du lido, dont la largeur n’excède pas un kilomètre, est composée d’un sable grossier parfois coquillier qui forme des plages. C’est la seule chose qui sépare 1 450 hectares d’eau saumâtre de la Méditerranée.

Le grau, lui, se repère comme une entaille unique dans le cordon. C’est le principal point d’entrée de l’eau de mer, et c’est pourquoi son entretien est réalisé selon un programme intégré dans le plan de gestion.

Sources : fiche descriptive Ramsar, site n° 520 Étang de Biguglia, inscrit le 5 avril 1991, version publiée en mars 2025 ; Jacques Gamisans, Flore et végétation de la réserve naturelle de l’étang de Biguglia, Travaux scientifiques du Parc naturel régional et des réserves naturelles de Corse, n° 33, 1992 ; décret n° 94-688 du 9 août 1994 portant création de la réserve naturelle de l’étang de Biguglia.

Questions fréquentes

Quelle est la taille de l'étang ?

La fiche descriptive Ramsar donne une superficie de 1 450 hectares, pour 11 kilomètres de longueur et 2,5 kilomètres dans sa plus grande largeur. Attention à ne pas confondre avec la réserve naturelle, qui couvre environ 1 790 hectares selon le décret de 1994 et englobe les terrains riverains.

Quelle profondeur ?

Très faible, et les deux sources ne donnent pas tout à fait le même chiffre. La fiche Ramsar indique 1,2 mètre en moyenne avec un maximum de 1,8 mètre. Une étude publiée en 1992 par le Parc naturel régional de Corse donne un mètre en moyenne.

Comment communique-t-elle avec la mer ?

Par un étroit chenal d'environ 1,5 kilomètre, percé d'un unique grau au nord. La fiche Ramsar signale aussi des entrées d'eau de mer par le canal du Fossone, via l'embouchure du Golo. Les deux sources s'accordent sur un point qui gouverne le fonctionnement de la lagune : ce grau a tendance à se colmater, et son entretien est inscrit dans le plan de gestion.

L'étang est-il salé ?

Inégalement, et c'est ce qui fait son intérêt. L'étude de 1992 rapporte, d'après des relevés publiés en 1987 par Cuenca et Gauthier, une salinité toujours plus forte au nord de la presqu'île de San Damiano, de 15 à 37 pour mille en été et de 8 à 12 au printemps, contre 6 à 14 pour mille en été dans le bassin sud, souvent moins de 6 au printemps.

Qu'est-ce qui l'alimente ?

Un bassin versant de 182 kilomètres carrés, composé des bassins du Bevinco, du Pietre Turchine, du Rasignani, de la Mormorana et du San Pancrazio. Le canal du Fossone permet par ailleurs les échanges avec le Golo, plus grand fleuve de Corse.
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