En 1953, la flèche de la Coubre mesurait 5 800 mètres. En 1977, près de 6 500. En s’allongeant, elle a réduit l’entrée de la baie qu’elle abritait à un étroit goulet.
Les deux mesures viennent d’un dossier documentaire daté de 1979, paru dans le bulletin de la Société botanique du Centre-Ouest. Il décrit l’état de 1953 : elle formait un V assez fermé dont la pointe était dirigée vers le sud, et sa longueur totale était évaluée à 5 800 mètres.
Près de sept cents mètres en vingt-quatre ans
Puis vient le constat de 1977 : en 1977, elle atteignait près de 6 500 mètres, la baie de Bonne Anse se fermait progressivement, la circulation de l’eau ne se faisait plus que par un étroit goulet.
Une étude indépendante de la même période décrit le même phénomène dans d’autres termes : la partie distale de la flèche est en accrétion marquée et une barrière de plage se forme, les deux tendant à obturer le chenal de Bonne Anse.
Deux équipes, deux séries de photographies aériennes, un même mouvement. Ce que la flèche gagne en longueur, la baie le perd en ouverture.
Une flèche littorale abrite une baie en se formant, et la comble en continuant.
| Donnée | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Longueur de la flèche | 5 800 m en 1953 | dossier documentaire, 1979 |
| Longueur de la flèche | près de 6 500 m en 1977 | dossier documentaire, 1979 |
| Recul de la côte centrale | 12 m par an en moyenne, 1950 à 1976 | dossier documentaire, 1979 |
| Sable accumulé sur la flèche | environ 500 000 m3 par an | cité dans le dossier de 1979 |
| Sable soufflé vers la forêt | environ 600 000 m3 par an | dossier documentaire, 1979 |
| Avancée du front de sable | 50 m par an, sur un mètre de hauteur | dossier documentaire, 1979 |
| Périmètre d’étude initial du projet | 8 000 ha, réduit d’environ la moitié côté marin | avis du 2 octobre 2025 |
Le sable vient d’à côté
Une flèche ne se forme pas à partir de rien. Le dossier de 1979 le montre par la photographie aérienne : la comparaison de clichés pris entre 1950 et 1976 fait apparaître une accumulation au nord, à la pointe Espagnole, et au sud, à la pointe de la Coubre, et une érosion dans la partie centrale provoquant un recul de la côte, estimée à 12 mètres par an en moyenne.
Le volume est considérable : environ 500 000 mètres cubes de sable par an s’accumuleraient sur la flèche, d’après une étude de 1976 citée par le dossier.
Une partie de ce sable ne reste pas sur l’estran. Les vents dominants d’ouest déplacent vers l’intérieur environ 600 000 mètres cubes par an, ce qui correspond, écrit le dossier, à l’avancée d’un front de sable d’un mètre de hauteur sur la forêt à la vitesse de 50 mètres par an.
Une passe que personne n’avait prévue
L’histoire récente du site contient un épisode que la source raconte elle-même avec franchise. Une première tranche de travaux de défense fut entreprise en mai 1977, avec une digue de calibrage.
Le résultat n’a pas été celui qu’on attendait : elle a rongé la pointe en la coupant, ce qui n’avait pas été prévu, au contraire, écrit l’auteur. Et après la deuxième tranche, lancée en octobre 1978 : un an après, fin 1979, la passe s’est considérablement élargie et la nécessité de ces coûteux travaux apparaît encore moins.
Sur la date d’ouverture de cette passe, le même document hésite : il écrit d’un côté que c’est en 1977 que se créa la passe naturelle isolant l’extrémité de la flèche, et de l’autre qu’on a bien assisté au printemps 1978 à l’ouverture naturelle de cette passe, la légende de sa carte portant 1978. L’article ne tranche pas davantage que sa source.
Un cas voisin : le sillon de Talbert en Bretagne pose la même question, celle de savoir si l’on tient une forme mobile ou si on la laisse vivre.
Pourquoi cette flèche a grandi si vite
Le dossier de 1979 situe le départ : la pointe de la Coubre était à l’origine une gibbosité de l’extrémité sud-ouest de la presqu’île d’Arvert qui, à partir de 1820, connut une évolution rapide, et l’origine de la flèche proprement dite se date de la fin du XIXe siècle.
Le moteur est écrit dans la même page : une intense érosion de la partie sud de la côte d’Arvert enleva le matériel sableux qui, transporté vers le sud, fut à l’origine de la flèche. La formation de l’une est la destruction de l’autre, et les deux se mesurent sur les mêmes photographies aériennes.
C’est ce qui rend ces formes si instables. Elles ne reposent sur rien de fixe : ni roche, ni point d’ancrage, seulement un flux de sable qui continue tant que la côte voisine s’use.
Un classement demandé depuis 1973, toujours pas prononcé
Le conseil scientifique régional du patrimoine naturel rappelle, dans son avis du 2 octobre 2025, que le projet de réserve naturelle du site de Bonne Anse figurait déjà dans la liste des 100 réserves naturelles à créer prioritairement en France en 1973.
Il justifie l’intérêt du site par la rareté des flèches sableuses littorales en libre évolution, dont Bonne Anse et la pointe d’Arçay en sud-Vendée constituent les meilleurs exemples sur la côte atlantique.
L’avis est favorable sur le principe, assorti de plusieurs conditions et d’une recommandation, et le périmètre a été réduit d’environ la moitié côté marin après une concertation difficile avec les marins pêcheurs, le périmètre d’étude initial portant sur 8 000 hectares. À ce jour, le classement n’est pas prononcé : l’instruction de l’État, animée par le préfet de Charente-Maritime, a réuni six comités de pilotage entre le 25 novembre 2022 et le 1er juillet 2025.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la figure est un crochet. Une langue de sable part de la côte et s’incurve vers le sud-est, enfermant derrière elle un plan d’eau peu profond qui découvre largement à marée basse.
Le chenal qui relie ce plan d’eau à l’océan se repère à sa couleur et à son balisage. La DREAL indique d’ailleurs, dans ce même avis, que le tracé du chenal est très régulièrement modifié en fonction de l’ensablement, et balisé en conséquence : la carte marine ici se corrige en continu.
Une inquiétude figure dans ce même avis, et elle concerne l’autre bout de la flèche. L’instance scientifique estime que l’élévation du niveau marin, doublée de tempêtes du type Xynthia, rend probable à plus ou moins court terme l’ouverture d’une brèche au droit des fondations du sémaphore et la création d’un chenal entre l’actuel phare et la flèche de la Coubre. Ce qui s’est fermé d’un côté pourrait s’ouvrir de l’autre.
Sources : Guy Estève, La baie de Bonne Anse, formation et évolution, dossier documentaire Protéger Bonne Anse, Bulletin de la Société botanique du Centre-Ouest, tome 10, 1979 ; Catherine Bressolier, Évolution de la pointe de la Coubre, dans Les côtes atlantiques d’Europe, évolution, aménagement, protection, Brest, 15 et 16 mai 1979, publications du CNEXO, Actes de colloques n° 9, p. 29 à 34 ; conseil scientifique régional du patrimoine naturel de Nouvelle-Aquitaine, avis n° 2025-38 du 2 octobre 2025.

