Vingt-quatre ans de chantier pour le fort Liédot, qui a surtout servi de lieu de détention

Le fort Liédot sur l'île d'Aix, en Charente-Maritime
Le fort Liédot, sur l'île d'Aix (Charente-Maritime). Photo : Jacques Le Letty, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Vingt-quatre ans de chantier, de 1810 à 1834, pour compléter la défense de l’embouchure de la Charente. Le fort Liédot, sur l’île d’Aix, a finalement passé l’essentiel de son existence à enfermer des prisonniers plutôt qu’à tirer sur des navires.

En vidéo : les vingt-quatre ans de chantier du fort Liédot et ses détenus, de 1854 à 1961

Quatre sources officielles s’accordent sur ces deux dates : la notice du ministère de la Culture, le site officiel du monument, la commune de l’île d’Aix et la fiche du Conservatoire du littoral, qui compte elle aussi vingt-quatre ans de travaux. L’ouvrage devait compléter un dispositif protégeant l’arsenal de Rochefort, situé en amont sur la Charente, et dont dépendait une part de la flotte française.

Un fort carré, entièrement casematé

Le plan est celui d’une redoute bastionnée carrée, à quatre bastions, attribué par la notice du ministère à l’ingénieur Thuillier. Le ministère des Armées en détaille l’organisation : plus de quatre-vingt-dix mètres de côté, quatre galeries partant des angles de la cour, quatre casemates de troupe par courtine, un chemin de ronde. La commune de l’île d’Aix donne 8 100 mètres carrés et une garnison de 600 hommes.

Une précision s’impose sur les dimensions, parce qu’un chiffre de la notice officielle prête à confusion. Les 380 mètres de côté qu’elle mentionne désignent l’enveloppe de terre qui entoure l’ouvrage, pas le fort lui-même. Confondre les deux donnerait au fort des côtés quatre fois plus longs qu’ils ne le sont, et une emprise sans rapport avec ses 8 100 mètres carrés.

ÉlémentValeurSource
Durée du chantier1810 à 1834, soit 24 ansnotice du ministère de la Culture
Planredoute bastionnée carrée à quatre bastionsnotice du ministère de la Culture
Côté du fortplus de 90 mètresministère des Armées
Surface8 100 mètres carréscommune de l’île d’Aix
Garnison600 hommescommune de l’île d’Aix
Protectionclassé par arrêté du 8 septembre 1995notice du ministère de la Culture
Les 380 mètres de côté portés à la notice désignent l’enveloppe de terre, non le fort.

Le détenu que les sources officielles ne mentionnent pas

Le nom d’Abd el-Kader est parfois associé au fort Liédot. Aucune source officielle ne l’y place. La notice du ministère de la Culture cite les prisonniers russes de 1854 et les communards de 1871, la fiche du ministère des Armées détaille toutes les vagues de détenus, celle du Conservatoire du littoral ne retient que des prisonniers politiques dont Ahmed Ben Bella : aucune ne le mentionne. Le site officiel du monument, qui parle seulement d’un lieu de détention à diverses périodes des 19e et 20e siècles, et la page de la commune consacrée aux personnages célèbres ne le citent pas davantage. Cette mise au point repose sur une absence dans les sources, pas sur une preuve qu’il n’y est jamais venu.

Son itinéraire documenté passe ailleurs : le fort Lamalgue à Toulon, puis Pau en avril 1848, puis le château d’Amboise de novembre 1848 jusqu’au 16 octobre 1852. La mention n’est donc pas reprise ici, faute de pouvoir l’établir.

Le même scrupule vaut pour un autre récit, celui des derniers jours de Napoléon en France, en juillet 1815. Le ministère des Armées les place au fort Liédot, du 12 au 15 juillet. La commune écrit qu’il a passé ses trois derniers jours en terre de France dans la maison du gouverneur, et la page des musées nationaux de l’île présente cette maison comme celle où il a passé ses derniers jours avant Sainte-Hélène. Le chantier courait encore jusqu’en 1834, ce qui donne du poids à la seconde version, mais c’est une déduction : aucune des deux sources ne l’écrit.

Vingt-quatre ans pour bâtir l’ouvrage, et des détenus documentés de 1854 jusqu’en 1961.

Les détenus qui sont, eux, documentés

La liste établie est déjà considérable. En 1854, le fort reçoit des prisonniers russes de la guerre de Crimée, le ministère des Armées parlant d’un millier d’hommes. En 1871 et 1872, plusieurs centaines de communards y attendent leur départ pour la Nouvelle-Calédonie. Pendant la Première Guerre mondiale, ce sont des prisonniers allemands.

Le dernier épisode est le plus connu. De 1959 à 1961, Ahmed Ben Bella, futur président de la République algérienne, et plusieurs de ses compagnons du Front de libération nationale sont détenus au fort Liédot. Ce sont, à ce jour, les derniers détenus de l’ouvrage. Un fort décidé en 1808 pour canonner des navires a donc fini sa carrière pénitentiaire au début des années 1960.

Une île, une prison : l’insularité éclaire probablement cette seconde vie, mais c’est une hypothèse, qu’aucune source officielle ne formule. Un ouvrage militaire accessible seulement par la mer réunissait une garnison déjà en place et des casemates à l’épreuve des bombes, sur une île de trois kilomètres de long.

Du ministère de la Guerre au Conservatoire du littoral

Le fort est aujourd’hui propriété du Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres, la date du transfert variant selon les sources entre 1989 et 1990. La gestion est assurée par la commune, et l’exploitation touristique confiée depuis 2020 à un établissement spécialisé. Il est classé au titre des monuments historiques par arrêté du 8 septembre 1995, la protection portant sur le fort, ses fossés et son glacis.

Un détail rare figure à la notice : une inscription au titre des monuments historiques avait été prononcée le 2 mars 1993, puis annulée, avant que le classement, protection plus forte, ne soit prononcé deux ans plus tard. La notice précise que le dossier de protection et l’arrêté ne sont consultables que sur place, à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, à Charenton-le-Pont.

L’ouvrage n’est pas vide pour autant. Il abrite une exposition sur le fort Boyard, inaugurée le 24 juillet 2014 par la commune, et un parcours immersif installé dans 400 mètres carrés rénovés de l’un de ses bastions, porté par le Parc naturel marin de l’estuaire de la Gironde et de la mer des Pertuis, rattaché à l’Office français de la biodiversité.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, le fort est un carré net posé dans la végétation, à l’écart du village, au nord-est de l’île. Les quatre bastions dessinent les angles, le fossé fait un liseré sombre, et le glacis forme une couronne dégagée qui interdisait toute approche masquée. On voit mieux le dispositif militaire depuis le ciel que depuis la cour.

Autour, l’île d’Aix forme, selon la commune, un croissant de terre de trois kilomètres de long sur sept cents mètres de large, qui se découvre à pied ou à vélo. Les autres fortifications de la rade sont visibles dans le même champ, dont le fort Boyard, posé sur son banc entre Aix et Oléron. Le fort Liédot n’est pas un ouvrage isolé mais une pièce d’un verrou, dont les éléments se répondent d’un bout à l’autre du plan d’eau.

Le fort se visite d’avril à novembre, en autonomie ou avec un guide. Pour un ouvrage qui a mis vingt-quatre ans à sortir de terre et qui a reçu des détenus de 1854 à 1961, c’est une fin paisible.

Sources : base POP du ministère de la Culture, notice Mérimée du fort Liédot ; ministère des Armées, fiche du portail Chemins de mémoire ; commune de l’île d’Aix ; site officiel du fort Liédot ; Conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres.

Questions fréquentes

Combien de temps a duré le chantier ?

Vingt-quatre ans, de 1810 à 1834. La notice du ministère de la Culture, le site officiel du monument et la commune de l'île d'Aix donnent la même fourchette. L'ouvrage devait compléter la défense de l'embouchure de la Charente et protéger l'arsenal de Rochefort, dans un dispositif qui comprenait d'autres fortifications de la rade.

Abd el-Kader y a-t-il été détenu ?

Rien ne l'établit. Ni la notice du ministère de la Culture, ni le site officiel du fort, ni la page de la commune consacrée aux personnages célèbres, ni la fiche du ministère des Armées, ni celle du Conservatoire du littoral ne le mentionnent, alors que la notice du ministère et la fiche des Armées détaillent les vagues de détenus. C'est une absence dans les sources, et non la preuve qu'il n'y est jamais venu. Son itinéraire documenté est différent : le fort Lamalgue à Toulon, puis Pau en avril 1848, puis le château d'Amboise de novembre 1848 au 16 octobre 1852.

Qui y a été détenu, alors ?

Plusieurs vagues, toutes documentées. Des prisonniers russes de la guerre de Crimée en 1854, le ministère des Armées parlant d'un millier d'hommes. Plusieurs centaines de communards en 1871 et 1872, en attente de leur départ pour la Nouvelle-Calédonie. Des prisonniers allemands pendant la Première Guerre mondiale. Et de 1959 à 1961, Ahmed Ben Bella et plusieurs compagnons du Front de libération nationale, derniers détenus connus du fort.

À quoi ressemble l'ouvrage ?

À un fort carré à quatre bastions, du type dit redoute bastionnée carrée, entièrement casematé. La notice du ministère attribue le plan à l'ingénieur Thuillier. Le ministère des Armées décrit plus de quatre-vingt-dix mètres de côté, quatre galeries partant des angles de la cour, quatre casemates de troupe par courtine et un chemin de ronde. La commune donne 8 100 mètres carrés et une garnison de 600 hommes.

À qui appartient-il aujourd'hui ?

Au Conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres, la gestion étant assurée par la commune et l'exploitation touristique confiée depuis 2020 à un établissement spécialisé. Le fort est classé au titre des monuments historiques par arrêté du 8 septembre 1995, la protection portant sur le fort, ses fossés et son glacis. Une inscription prononcée le 2 mars 1993 avait été annulée.
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