Autour de la pointe de Chassiron, à marée basse, l’estran se couvre de murs de pierre dessinant des fers à cheval. Ce ne sont pas des ruines. Dix-sept de ces écluses à poissons fonctionnaient encore sur l’île d’Oléron d’après les sources de 2016 et 2017, et chacune relève d’une concession contre redevance.
Le principe est entièrement passif. À marée montante, le poisson passe par-dessus le mur. À marée descendante, l’eau se retire par des grilles et le poisson reste dans le bassin. Il n’y faut ni bateau ni filet, seulement un mur bien placé et entretenu.
Le statut juridique est le point le plus inattendu : ces installations relèvent d’une concession accordée par les Affaires maritimes sur le domaine public maritime. Un article du magazine Oléron.fr, de mars 2017, emploie explicitement le mot concession et mentionne la redevance. Un communiqué de presse de télévision de 2016 nomme l’un des détenteurs, sans parler de concession. Et l’export national des immeubles protégés confirme le statut du sol à sa manière, par la mention non cadastré, domaine maritime.
Les seules écluses protégées de l’île sont à une dizaine de kilomètres au sud : celles de la pointe ne le sont pas.
Protégées ailleurs, pas ici
La protection patrimoniale réserve une surprise, et elle demande de la précision. Dans l’export national des immeubles protégés, corpus fermé de 46 761 notices, les seules écluses à poissons protégées de l’île sont celles des Sables-Vignier, à Saint-Georges-d’Oléron, inscrites par arrêté du 14 juin 2012, au nombre de cinq murs selon la notice de protection.
Celles de la pointe de Chassiron ne figurent dans aucune notice. L’île entière est en revanche site classé par décret du 1er avril 2011, ce qui est un autre régime et protège le paysage plutôt que l’ouvrage.
Une précision honnête s’impose ici. Le chiffre de dix-sept écluses en fonctionnement porte sur toute l’île d’Oléron, et non sur la seule pointe. Combien y en a-t-il à Chassiron même ? Nous ne l’avons pas établi : le jeu de données universitaire qui permettrait de les compter n’a pas pu être téléchargé.
Le phare, et la raison de ses bandes
Le phare est en service depuis 1836. Ses bandes noires, elles, datent de 1926 selon le service maritime de l’État et l’office de tourisme, qui donnent la même raison : il fallait le différencier du phare des Baleines, sur l’île de Ré voisine. La notice de protection du ministère de la Culture écrit 1936 pour les mêmes bandes, sans en donner la raison : l’écart n’est pas tranché. Un phare ne se reconnaît pas qu’à son feu la nuit, il doit aussi se reconnaître à sa robe le jour.
Sa portée est de vingt-huit milles, avec des éclats réguliers tournants sur dix secondes. Il est classé au titre des monuments historiques depuis le 23 octobre 2012, après une inscription du 15 avril 2011, et la protection porte sur le phare et ses dépendances en totalité, plus le sol de sa parcelle.
Il faut nommer la grandeur avant de donner une hauteur. La notice de protection du ministère de la Culture écrit que la lanterne s’élève à cinquante mètres au-dessus des hautes mers et à quarante-trois mètres au-dessus du sol. L’office de tourisme donne quarante-six mètres de hauteur sans dire ce qu’ils mesurent : nous ne les reprenons pas et nous ne les comparons à rien. La même notice compte deux cent vingt-quatre marches dans l’escalier du fût.
| Élément | Fait | Source |
|---|---|---|
| Écluses en fonctionnement | dix-sept sur l’île entière | magazine Oléron.fr, office de tourisme et télévision publique |
| Statut | concession des Affaires maritimes, avec redevance | article du magazine Oléron.fr de mars 2017 |
| Écluses protégées | celles des Sables-Vignier, le 14 juin 2012 | export de 46 761 notices |
| Phare | en service depuis 1836, portée vingt-huit milles | service maritime de l’État |
| Bandes noires | 1926 selon le service maritime et l’office de tourisme, pour le distinguer du phare des Baleines (1936 dans la notice de protection) | sources en désaccord sur l’année |
| Classement du phare | 23 octobre 2012, après inscription en 2011 | notice de protection |
Une centaine d’accidents de mer répertoriés
La notice de protection explique la place du phare : celui de 1836 a remplacé une tour mise en service en 1685 pour signaler une passe dangereuse, qui commande l’entrée de l’arsenal de Rochefort. Sous l’eau, le rocher d’Antioche est, selon l’office de tourisme, une résurgence des falaises de Chassiron, c’est-à-dire la même roche qui ressort plus loin. Une centaine de fortunes de mer importantes y a été répertoriée.
Le Port Caledonia s’est échoué sur Antioche le 2 décembre 1924. Dès 1925, selon l’office de tourisme, une tour conique de vingt mètres édifiée sur le rocher est mise en service pour recevoir un feu et un signal sonore de brume : la source place les deux faits côte à côte sans écrire que le naufrage a motivé la tour. Nous ne donnons pas le marnage, aucune table de marée n’ayant été trouvée.
La pointe a eu sa station de sauvetage, à Saint-Denis : une maison abri de 1898, un canot nommé Louise et Amélie construit en 1891, trente-huit sauvetages et plus de soixante-dix personnes ramenées, jusqu’à sa fermeture en 1931.
Un chiffre qui vient de l’exploitant : les cent soixante-quatre mille visiteurs annuels sont donnés par le service maritime de l’État en octobre 2015, mais le même document précise que le site est exploité en délégation de service public avec l’office de tourisme de la commune. Le document ne dit pas comment ce chiffre a été établi ; le site étant géré par la commune et exploité par l’office de tourisme, il s’agit vraisemblablement d’un décompte du circuit du gestionnaire, et nous le donnons comme tel.
Vu d’en haut, l’estran se lit comme un dessin. La marée basse découvre un damier de murs courbes posés sur la roche plate, chacun ouvert vers le large, et le dessin est si net qu’on le prendrait pour un tracé archéologique. Il ne l’est pas : c’est un outil de pêche qui marche encore, et dont chaque mur appartient à quelqu’un.
Un chiffre du dix-neuvième siècle donne la mesure de ce qui a disparu : on comptait alors deux cent trente-sept écluses selon l’office de tourisme, deux cent quarante selon un article du magazine Oléron.fr, autour de l’île. Dix-sept en activité d’après les sources de 2016 et 2017, c’est donc environ une sur quatorze, et chacune de celles qui restent tient par l’entretien de ses propriétaires-utilisateurs.
Sources : article de Charles Nadeau dans le magazine Oléron.fr, 14 mars 2017, pour le statut de concession et la redevance ; communiqué de presse de France Télévisions pour une émission diffusée le 30 octobre 2016, qui nomme un titulaire ; document de présentation des journées des phares de la direction interrégionale de la mer Sud-Atlantique, octobre 2015, dont une seconde diffusion reprend le même texte au mot près et n’est donc comptée qu’une fois ; itinéraire officiel de l’office de tourisme pour la raison des bandes et les naufrages ; notices PA17000091 et PA17000099 de l’export national des immeubles protégés du ministère de la Culture ; décret du 1er avril 2011 pour le site classé. Le jeu de données universitaire sur les écluses, qui aurait permis de les compter à la pointe même, n’a pas pu être téléchargé.

