Le plus court rayon de courbure des grandes lignes françaises selon le parc national : le viaduc de Chamborigaud, dans le Gard

Le viaduc de Chamborigaud, dans le Gard, et ses arches de maçonnerie en courbe
Le viaduc de Chamborigaud : vingt-neuf arches de maçonnerie qui suivent une courbe. Photo : Liberaler Humanist, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Un viaduc, d’ordinaire, va droit. Celui de Chamborigaud décrit une courbe de deux cents mètres de rayon, et le parc national des Cévennes en fait le plus court rayon de courbure des grandes lignes métropolitaines. Selon la presse régionale de 2022, cette courbe limitait sérieusement la vitesse des trains.

Elle n’est pas un caprice, mais elle n’était pas non plus une nécessité : la presse régionale écrit que ce tracé a été préféré, par mesure d’économie, à un ouvrage beaucoup plus ambitieux qui évitait à la ligne ce tracé sinueux. L’ouvrage se trouve au pied d’une rampe de vingt-cinq pour mille selon des fiches techniques secondaires. Le rayon de deux cents mètres est donné par deux sources distinctes, le parc national et la presse régionale ; le superlatif n’est avancé que par le parc national.

Jean-Pierre Chabrol, écrivain né dans le village, lui a adressé un poème lu lors du centenaire de l’ouvrage en 1967, selon la presse régionale, et l’a dit mieux que personne : tu es un peu courbé, mais c’est de naissance paraît-il.

Une correction à faire d’emblée

Nous cherchions au départ à établir autre chose : que le viaduc combinerait deux étages d’arches, avec des piles supérieures métalliques. C’est faux, et la vérification mérite d’être racontée parce qu’elle a été faite de trois manières.

D’abord par l’observation directe de deux photographies datées, téléchargées et regardées : les piles sont pleines, en pierre de taille, sans aucune pièce métallique. Ensuite par une base d’ingénierie, qui décrit piles, arcs et culées en maçonnerie et compte vingt-neuf arcs maçonnés. Enfin par la presse régionale, qui écrit que l’ouvrage a été construit en maçonnerie classique, et par l’absence de toute mention de métal dans les autres sources consultées.

D’où vient alors la confusion ? Probablement des viaducs de Rouzat et du Neuvial, en fer forgé, qui sont sur une autre ligne. Et de ce qui, de loin, ressemble à la description : l’ouvrage comporte bien deux séries d’arches de gabarits différents, mais mises bout à bout, non superposées.

Tu es un peu courbé, mais c’est de naissance paraît-il.

Vingt-neuf arches, pas quarante et une

Les chiffres de l’ouvrage concordent dans les sources consultées : 384 mètres de longueur, 46,30 mètres de hauteur dans les fiches techniques (46 mètres pour la presse), vingt-neuf arches. La presse régionale donne un chantier de 1865 à 1867, pour 570 000 francs or d’après une revue ferroviaire de 1967. Les dates au jour près, du 1er octobre 1865 au 1er mai 1867, et la mise en service du tronçon le 12 août 1867, viennent d’une fiche technique secondaire que nous n’avons pas pu recouper. L’ouvrage est à cheval sur deux communes.

Une source touristique annonce quarante et une arches : nous l’écartons. Et sur l’auteur, deux attributions circulent qu’il faut également écarter. Paulin Talabot est lié à l’origine de la ligne, par la compagnie du Gard de 1836 qui a ouvert le bassin houiller d’Alès, et non au viaduc, construit trente ans plus tard pour la compagnie PLM. Nous n’avons trouvé aucune source qui rattache Gustave Eiffel à cet ouvrage. Le maître d’œuvre est Charles Dombre, ingénieur de la compagnie, assisté de Joubert et de Ruelle selon la fiche de l’office du tourisme du Gard, que la presse régionale orthographie D’hombre.

ÉlémentFaitPrécision
Rayon de courburedeux cents mètresle plus court des grandes lignes, selon le parc national
Longueur384 mètresvingt-neuf arches
Hauteur46,30 mètresau-dessus du Luech
Matériaumaçonnerie, un seul niveau d’archesvérifié sur photographies et base d’ingénierie
Chantierde 1865 à 1867570 000 francs or ; dates au jour près, fiche secondaire
Protectioninscrit le 28 décembre 1984inscrit et non classé
Longueur, hauteur et nombre d’arches : presse régionale et fiches techniques.

Inscrit, et sans label

Sur la protection, l’export national des immeubles protégés tranche une hésitation courante : l’ouvrage est inscrit par arrêté du 28 décembre 1984, et non classé. La protection ne porte d’ailleurs que sur deux parcelles.

Il ne porte pas non plus le label Architecture contemporaine remarquable, et l’absence est démontrable sur un corpus fermé : l’export de ce label compte 1 841 notices, dont trente-neuf dans le Gard, et le viaduc n’y figure pas.

Ce que nous n’écrivons pas au présent : l’état de la circulation sur la ligne. Nos données sûres sur cet incident s’arrêtent à juin 2025, après un éboulement d’octobre 2024 au sud de Villefort, une réouverture partielle en avril 2025 et des travaux au nord jusqu’au début de juin. Toute phrase au présent sur les trains qui y passent demanderait une vérification auprès du transporteur.

Nous n’avons pas davantage trouvé de tonnage de charbon daté, alors que le bassin houiller d’Alès est, selon la presse régionale, le contexte de la ligne. C’est un manque et non un fait : les pages consultées ne le donnent pas.

Vu d’en haut, la courbe se lit d’un seul regard : les arches dessinent un arc de cercle entre deux versants. Elle se devine aussi depuis le versant, comme sur la photographie d’ensemble que nous avons examinée.

Deux séries d’arches, et non deux étages

Il reste à dire ce que l’ouvrage a de particulier dans son dessin, puisque ce n’est pas ce que nous croyions. Les vingt-neuf arches ne sont pas toutes du même gabarit : elles forment deux séries distinctes, mises bout à bout le long de la courbe. De loin, et surtout sur une photographie prise de biais, cette rupture de gabarit peut se lire comme un second niveau. Elle n’en est pas un.

La presse régionale confirme d’ailleurs par écrit ce que les photographies montrent, en décrivant un ouvrage construit en maçonnerie classique, et en comptant vingt-neuf arches dont six sur la commune voisine. Nous aurions pu nous en tenir à cette lecture : l’image n’a fait que la confirmer.

Un point de mesure reste ouvert, et il touche au fait du titre. Le parc national donne un rayon unique de deux cents mètres, là où une base d’ingénierie décrit deux rayons, deux cent quarante mètres au nord et deux cents au sud. Le chiffre le plus court est le même dans les deux cas, mais la courbe n’est peut-être pas d’un seul tenant.

Quant à la citation de l’écrivain, elle a son contexte : elle est tirée d’un poème lu au centenaire de l’ouvrage, en 1967, et rapportée par un seul article de presse. Nous la donnons pour ce qu’elle est, un hommage de circonstance qui dit juste.

Sources : parc national des Cévennes, établissement public, pour le rayon de courbure et son rang ; presse régionale de 2022, qui cite pour le coût une revue ferroviaire du 19 novembre 1967 ; observation directe de deux photographies datées des communs de Wikimedia, téléchargées et examinées ; base d’ingénierie Structurae pour la description des matériaux et le compte des arcs, dont les valeurs nous ont été restituées par un moteur de recherche, son serveur ayant refusé l’accès ; notice PA00103043 de l’export national des immeubles protégés et export du label Architecture contemporaine remarquable du ministère de la Culture ; Jean-Pierre Chabrol pour la citation. La bibliothèque numérique nationale étant inaccessible, les annales d’ingénieurs du dix-neuvième siècle n’ont pas pu être dépouillées.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui rend ce viaduc singulier ?

Sa courbure. Il décrit une courbe de deux cents mètres de rayon, que le parc national des Cévennes donne comme le plus court rayon de courbure des grandes lignes métropolitaines, et qui, selon la presse régionale de 2022, limitait sérieusement la vitesse des trains, au pied d'une rampe de vingt-cinq pour mille. Le rayon de deux cents mètres est donné par deux sources distinctes, le parc national et la presse régionale ; le superlatif n'est avancé que par le parc national.

A-t-il des piles métalliques ?

Non, et c'est une confusion fréquente qu'il faut lever. L'ouvrage est entièrement en maçonnerie, piles, arcs et culées, sur un seul niveau d'arches. Nous l'avons vérifié de trois manières : par l'observation directe de deux photographies datées, par une base d'ingénierie qui décrit les vingt-neuf arcs comme maçonnés, et par la presse régionale, qui écrit que l'ouvrage est construit en maçonnerie classique, et par l'absence de mention de métal dans les autres sources consultées. La confusion vient probablement des viaducs de Rouzat et du Neuvial, en fer forgé, qui sont sur une autre ligne.

Combien a-t-il d'arches ?

Vingt-neuf, pour 384 mètres de longueur et 46,30 mètres de hauteur. Une source touristique en annonce quarante et une, valeur que nous écartons. Nous n'avons pas trouvé d'où vient ce chiffre de quarante et une arches.

Qui l'a conçu ?

Charles Dombre, ingénieur de la compagnie, assisté de Joubert et de Ruelle. Deux attributions circulent qu'il faut écarter : Paulin Talabot est lié à l'origine de la ligne, par la compagnie du Gard de 1836 qui a ouvert le bassin houiller d'Alès, et non au viaduc, construit trente ans plus tard pour la compagnie PLM ; quant à Gustave Eiffel, nous n'avons trouvé aucune source qui le rattache à cet ouvrage. Le chantier a duré de 1865 à 1867, pour un coût de 570 000 francs or selon une revue ferroviaire de 1967 citée par la presse régionale ; une fiche technique secondaire donne le 1er octobre 1865 et le 1er mai 1867, et le 12 août 1867 pour la mise en service du tronçon.

Est-il protégé ?

Il est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 28 décembre 1984, et non classé comme on le lit parfois : l'export national de 46 761 notices tranche en faveur de l'inscription. La protection ne porte que sur deux parcelles. Il ne porte pas non plus le label Architecture contemporaine remarquable, absence démontrée sur l'export de ce label, qui compte 1 841 notices dont trente-neuf dans le Gard.
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