Le viaduc de Chaumont, 50 arches sur 600 mètres, a été bâti en quinze mois par 2 500 ouvriers

Le viaduc de Chaumont et ses cinquante arches, en Haute-Marne
Le viaduc de Chaumont, en Haute-Marne. Photo : Scanné par Claude_villetaneuse, Public domain, via Wikimedia Commons.

Six cents mètres de longueur, cinquante arches, cinquante-deux mètres de hauteur et soixante mille mètres cubes de maçonnerie. Le tout monté en quinze mois, en 1855 et 1856, par deux mille cinq cents ouvriers qui travaillaient jour et nuit.

Le viaduc de Chaumont franchit la vallée de la Suize, en Haute-Marne. Il se trouve au point kilométrique 260,757 de la ligne de Paris-Est à Mulhouse-Ville, à moins d’un kilomètre avant l’entrée en gare de Chaumont quand on arrive de Paris.

Une cadence que l’on a du mal à se représenter

Quinze mois pour un ouvrage de cette taille reste une performance, et elle s’explique par les moyens engagés. Jour et nuit, 2 500 ouvriers et 300 chevaux se sont relayés sur le chantier.

Le volume donne la mesure de l’effort. Soixante mille mètres cubes de maçonnerie, c’est-à-dire des pierres taillées, transportées et posées une à une dans une vallée encaissée.

La structure, elle, répond à un autre problème. Le viaduc est divisé dans sa longueur par des piles-culées, qui le découpent en dix travées de cinq arcades chacune. Verticalement, chaque arcade porte un tablier de huit mètres de large, soutenu par une arche de plein cintre reposant elle-même sur deux étages d’arches de contreventement : cette disposition permet à l’ouvrage de supporter les vibrations provoquées par le passage des trains, et de diminuer de moitié la section des piles.

CaractéristiqueValeur
longueur600 mètres
nombre d’arches50
hauteur52 mètres
structuredix travées de cinq arcades
volume de maçonnerie60 000 m³
durée du chantierquinze mois, 1855 et 1856
moyens2 500 ouvriers et 300 chevaux
Le viaduc de Chaumont en chiffres.

Deux arches détruites le 31 août 1944, une voie provisoire en service dès le 28 décembre.

Une carrière ouverte pour le chantier

Soixante mille mètres cubes de pierre ne se trouvent pas sur un marché. La famille Roullot possédait une carrière qui fut ouverte et spécialement dédiée à l’approvisionnement du chantier du viaduc, édifié en 1855 et 1856. Un siècle plus tard, la famille a cédé à la ville une vingtaine d’hectares dans le quartier du Cavalier, où se trouve aujourd’hui le jardin public Agathe Roullot, du nom de la dernière du nom qui y résidait.

Une ville sur un éperon, deux vallées en contrebas

Chaumont est bâtie sur un éperon rocheux, au centre géographique de la Haute-Marne dont elle est la préfecture. Le nom lui-même renvoie au site dépouillé d’arbres sur lequel la première ville a été édifiée au Xe siècle : un éperon abrupt et une terre de pâture estivale qui dominent les vallées de la Suize et de la Marne, coulant à moins de trois cents mètres d’altitude.

La Suize, que franchit le viaduc, mesure quarante-neuf kilomètres. Elle prend sa source à Courcelles-en-Montagne et se jette dans la Marne sur la commune de Chaumont, après avoir traversé onze communes.

Le viaduc s’inscrit dans une transformation plus large. Au XIXe siècle, une révolution des transports touche la ville : des canaux sont creusés, des chemins de fer construits, et le viaduc est édifié. Il en est resté le monument emblématique, et le train y relie aujourd’hui Paris en deux heures quinze.

Deux arches en moins, et une ligne rétablie en quatre mois

Le 31 août 1944, dans leur retraite, les Allemands détruisent deux arches du viaduc, soit quarante-cinq mètres de longueur. L’objectif est double : couper la voie de chemin de fer et obstruer la route de Chaumont à Auxerre.

La destruction s’inscrit dans une séquence. Chaumont est occupée du 15 juin 1940 au 13 septembre 1944. La ville subit deux campagnes de bombardement anglo-américaines : le 11 mai 1944, qui tue vingt-sept civils sans atteindre d’objectif stratégique, et le 23 mai, qui tue trois civils et détruit partiellement la gare. Les deux arches du viaduc, elles, sautent le 31 août, pendant la retraite allemande.

La réponse a été rapide, en raison de l’importance stratégique de la ligne. Une voie provisoire est mise en service dès le 28 décembre 1944, soit moins de quatre mois après la destruction, et le viaduc lui-même est effectivement reconstruit le 6 novembre 1945.

Cette chronologie éclaire ce qu’est un ouvrage d’art en temps de guerre. Il n’est pas visé pour lui-même mais pour ce qu’il porte, et il est remis en service à la vitesse que commande ce qu’il porte.

Un ouvrage devenu décor

Le viaduc a très tôt dépassé sa fonction. Il figure dans la documentation de l’Exposition universelle de Londres de 1862, au titre de l’Empire français, et il a fait l’objet d’un devis explicatif publié en 1866 par l’ingénieur Eugène Decomble, dans le Nouveau portefeuille de l’ingénieur des chemins de fer.

Un timbre postal le représentant a été émis le 18 janvier 1960. Un ouvrage ferroviaire qui devient motif philatélique a cessé d’être un simple équipement : il est entré dans l’image que la ville donne d’elle-même.

Depuis le 8 juin 2012, il bénéficie d’une mise en lumière assurée par 430 projecteurs à diodes électroluminescentes, disposés au pied du monument et dans ses galeries, sur une conception de Jean-François Touchard. Les galeries, qui parcourent l’ouvrage, servent ici de support à l’éclairage.

Trois niveaux et une voie piétonne : le viaduc superpose le tablier ferroviaire et deux étages d’arches de contreventement, et ses galeries sont devenues en 2012 le support de la mise en lumière.

La ville, elle, a suivi une autre pente. Après 1946 la population atteint seize mille habitants, puis vingt-six mille en 1980, avant de stagner et de décliner dans le dernier tiers du siècle. Elle comptait 20 827 habitants en 2023. Le viaduc, lui, n’a pas bougé.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, la régularité frappe d’abord. Cinquante arches de même ouverture, rythmées tous les cinq arcs par une pile-culée plus massive, dessinent une trame très lisible.

La vue montre aussi le rapport à la ville. Le viaduc n’enjambe pas une campagne vide : il passe au bord de Chaumont, à moins d’un kilomètre de la gare, et sa silhouette fait partie du paysage urbain.

Elle rappelle enfin la raison de l’ouvrage. Le viaduc a été édifié pour permettre au chemin de fer d’atteindre la partie haute de la ville, et il franchit pour cela la vallée de la Suize.

À voir autour

Pour aller plus loin : La rubrique Patrimoine et le dossier Haute-Marne.

Sources : notices du viaduc de Chaumont et de Chaumont, Wikipédia en français ; fiche Structurae du viaduc de Chaumont ; API Géo pour la population 2023.

Questions fréquentes

Quelles sont ses dimensions ?

Le viaduc mesure 600 mètres de long et comprend 50 arches qui s'élèvent à 52 mètres. Sa structure est composée dans la longueur de piles-culées le divisant en dix travées de cinq arcades.

Combien de temps a duré la construction ?

Quinze mois, entre 1855 et 1856. Jour et nuit, 2 500 ouvriers et 300 chevaux ont permis cette construction rapide pour l'époque.

Quel volume de maçonnerie représente-t-il ?

L'ouvrage se compose de 60 000 mètres cubes de maçonnerie.

Qu'est-il arrivé en 1944 ?

Le 31 août 1944, dans leur retraite, les Allemands détruisent deux arches du viaduc, soit 45 mètres de longueur, afin de couper la voie de chemin de fer et d'obstruer la route Chaumont-Auxerre.

Combien de temps la ligne est-elle restée coupée ?

Peu de temps, en raison de l'importance stratégique de la ligne. Une voie provisoire est en service dès le 28 décembre 1944, et le viaduc est effectivement reconstruit le 6 novembre 1945.

Où se trouve-t-il exactement ?

Au point kilométrique 260,757 de la ligne de Paris-Est à Mulhouse-Ville, à quelques centaines de mètres de l'embranchement de la ligne de Blesme - Haussignémont à Chaumont, et à moins d'un kilomètre avant l'entrée en gare de Chaumont quand on vient de Paris.

Est-il éclairé la nuit ?

Oui. Depuis le 8 juin 2012, le viaduc bénéficie d'une mise en lumière grâce à 430 projecteurs à diodes électroluminescentes disposés au pied du monument et dans ses galeries, sur une conception de Jean-François Touchard.
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