Il existe à Paris une ligne de chemin de fer de 32 kilomètres, à double voie, qui fait le tour complet de la capitale, appartient toujours au réseau ferré national et ne transporte plus personne depuis 1934. Vue d’en haut, la Petite Ceinture dessine un anneau de végétation au ras des boulevards des Maréchaux.
Son tracé suit l’intérieur de l’ancienne enceinte fortifiée. Ouverte par tronçons entre 1852 et 1869, elle a d’abord servi aux trains de marchandises, pour contourner Paris sans passer par le centre, à une époque où ces quartiers étaient encore peu construits.
Une ligne née du désordre des compagnies
Au milieu du XIXe siècle, chaque compagnie a bâti sa gare terminus dans son coin, sans plan d’ensemble : Saint-Lazare en 1837, Montparnasse et Austerlitz en 1840, le Nord en 1846, Lyon en 1849, Strasbourg, futur gare de l’Est, la même année. Résultat, Paris est un point de rupture obligatoire, où voyageurs et marchandises passent d’un terminus à l’autre par des rues étroites.
Les compagnies rechignant à s’entendre, c’est l’État qui tranche. Le décret du 10 décembre 1851 déclare d’utilité publique une ligne circulaire, concédée le même jour à un syndicat réunissant plusieurs compagnies. Le chantier fournit du travail aux chômeurs de la ville.
38 millions de voyageurs, puis l’abandon
À partir de 1862, la ligne absorbe celle d’Auteuil et s’ouvre aux voyageurs. Elle offre alors, pour un tarif modéré, un service circulaire à travers les quartiers périphériques où les travaux d’Haussmann ont relégué les ouvriers. L’apogée est atteint pendant l’Exposition universelle de 1900, avec 38 millions de voyageurs.
Ensuite, tout se retourne. Les fréquences sont trop faibles, les gares trop espacées et mal équipées, l’accès souvent malaisé, tandis que le métropolitain et l’autobus, taillés pour la ville, prennent le relais. Le service voyageurs s’arrête le 23 juillet 1934, remplacé le jour même par une ligne d’autobus.
| Date | Étape |
|---|---|
| 10 décembre 1851 | Décret d’utilité publique de la ligne de ceinture |
| 1852-1869 | Ouverture par tronçons |
| 1862 | Absorption de la ligne d’Auteuil, ouverture aux voyageurs |
| 1900 | Apogée : 38 millions de voyageurs |
| 23 juillet 1934 | Fermeture aux voyageurs |
| Décembre 2007 | Premier tronçon rouvert en promenade, dans le 16e |
| Avril 2015 | Protocole Ville de Paris et SNCF sur l’avenir de la ligne |
Interdite, donc explorée
L’accès des piétons à la ligne est strictement interdit, et la plupart des accès sont grillagés ou murés. Cela n’a jamais empêché la Petite Ceinture d’être le terrain de jeu des explorateurs urbains et des tagueurs : à l’état de friche sur l’essentiel de son tracé, elle est aussi l’un des accès clandestins les plus fréquentés aux carrières souterraines de Paris.
L’accès des piétons à la ligne est strictement interdit, et la plupart des accès sont grillagés ou murés.
Ce que la ville en a fait
Plutôt que de tout rouvrir, Paris procède par segments. Le premier tronçon accessible ouvre dans le 16e en décembre 2007. Suivent le 15e en 2013, sur 1 300 mètres pour un coût estimé à quatre millions d’euros, le 13e en janvier 2016 avec un espace de 13 600 m², puis le 20e, les 17e et 14e, le 12e et le 19e.
- Des jardins partagés, comme les Jardins du Ruisseau, sur les quais de l’ancienne gare d’Ornano, proposés dès 1998 par des habitants du 18e.
- Des promenades plantées, sur le modèle de la coulée verte René-Dumont.
- Un projet de piste cyclable, porté par une association, qui profiterait des faibles déclivités de la ligne.
- Des lieux culturels, installés dans d’anciens bâtiments ferroviaires.
Le protocole approuvé en avril 2015 par le Conseil de Paris fixe la règle du jeu : la SNCF met des tronçons à disposition, la Ville prend en charge l’entretien, et les aménagements doivent rester réversibles pour ne pas hypothéquer un retour du rail.
Pourquoi elle se voit si bien d’en haut
Deux raisons. La ligne est en tranchée ou en viaduc sur une grande partie du parcours, donc visible comme une saignée continue ; et la friche ferroviaire a produit un corridor de végétation ininterrompu, plus sombre que le tissu urbain autour. C’est ce contraste qui fait apparaître l’anneau sur les vues aériennes, là où, au sol, un mur suffit à le faire oublier.
Comme le Vieux Pays de Goussainville, la Petite Ceinture montre ce que devient une infrastructure que l’on n’a ni détruite ni réutilisée : elle se maintient en l’état, et finit par redevenir un paysage.
À voir autour
- L’ouvrage du Hackenberg : dix kilomètres de galeries et un chemin de fer souterrain
- Le Vieux Pays de Goussainville : l’Île-de-France a aussi ses lieux figés
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Lieux oubliés.
Sources : notice de la ligne de Petite Ceinture, Wikipédia en français.
