Sur la carte, Fleury-devant-Douaumont est une commune de la Meuse comme une autre. Au sol, il n’y a plus ni maison, ni rue habitée, ni habitant : le village a été entièrement détruit pendant la bataille de Verdun, en 1916, et n’a jamais été relevé. Il a pourtant toujours un maire.
Avant la guerre, c’est un village ordinaire de 422 habitants, en 1913, qui vivent de l’agriculture céréalière et du travail du bois, sur des hauteurs boisées au nord-est de Verdun. Les guerres précédentes, y compris celle de 1870, l’avaient épargné.
Une position clé sur la route de Verdun
Après 1870, la frontière de l’Empire allemand n’est plus qu’à une quarantaine de kilomètres à l’est. Une voie ferrée relie Verdun à Douaumont en passant par Fleury, et une ceinture d’ouvrages défensifs sort de terre dans le secteur : la redoute de Souville, les forts de Tavannes et de Froideterre.
Le 21 février 1916, la bataille de Verdun commence. Le village est réveillé par les tirs d’artillerie qui préparent l’assaut allemand, et l’ordre d’évacuation est donné sous la neige. Le 25 février, le fort de Douaumont tombe ; le 7 juin, celui de Vaux. La ligne de front passe désormais par la commune, coincée entre le fort de Souville et l’ouvrage de Froideterre.
Seize prises en deux mois
De juin à août 1916, le commandement allemand lance offensive sur offensive sur ce point du front. En deux mois, le village change seize fois de mains. La séquence de fin juin donne la mesure du combat.
- 23 juin : plusieurs milliers d’obus, dont certains au gaz, puis l’assaut de la Garde bavaroise et de l’Alpenkorps. Le village est pris.
- 24 juin : les Français le reprennent.
- 25 juin : les Allemands s’en emparent de nouveau.
- 11 juillet : la prise de la Poudrière marque l’avancée allemande maximale en direction de Verdun.
- Nuit du 17 au 18 août : le régiment d’infanterie coloniale du Maroc reprend définitivement le village, après dix jours de combats avec les zouaves et les tirailleurs.
À la fin de l’été, il n’y a plus de village. Les pilonnages croisés des deux artilleries ont effacé les maisons, les rues, l’église et jusqu’au dessin du terrain.
« Mort pour la France », et toujours une commune
En 1918, Fleury est déclaré « mort pour la France ». C’est l’un des neuf villages détruits de la bataille de Verdun. La Nation leur conserve leur statut de commune : Fleury a donc un maire, nommé par le préfet faute d’électeurs, et une existence administrative sans population.
| Repère | Fait |
|---|---|
| Habitants en 1913 | 422 |
| Début de la bataille de Verdun | 21 février 1916 |
| Prises et reprises du village | 16 en deux mois |
| Reprise définitive | nuit du 17 au 18 août 1916 |
| Statut | commune sans habitant, maire nommé par le préfet |
| Occupation des sols en 2018 | forêts 85 %, végétation arbustive 12,8 % |
Ce que la vue d’ensemble montre encore
Le terrain n’a jamais retrouvé son profil d’avant-guerre. Le sol est bosselé, creusé de cratères que la forêt a recouverts sans les effacer : c’est la trace visible de la quantité d’obus tombée sur quelques hectares. En 1972, les trois anciennes rues ont été retracées, et une borne signale l’emplacement de chaque maison, ce qui redonne au village un plan lisible pour le visiteur.
Les pilonnages croisés des deux artilleries ont effacé les maisons, les rues, l’église et jusqu’au dessin du terrain.
Autour, le secteur concentre les lieux de mémoire : la chapelle Notre-Dame-de-l’Europe, bâtie à l’emplacement de l’église et dédiée à l’Europe en 1979, l’ouvrage de Froideterre, celui de Thiaumont, le fort de Souville, le tunnel de Tavannes, l’ossuaire de Douaumont et le mémorial de Verdun.
Fleury est le cas extrême d’un phénomène que la France connaît sous d’autres formes : des villages vidés, puis figés. Ailleurs, c’est le bruit des avions ou un barrage annoncé qui a fait partir les habitants. Ici, c’est l’artillerie, et le retour n’a jamais été envisageable.
À voir autour
- L’ouvrage du Hackenberg : la fortification construite après cette guerre, en Moselle
- Le Vieux Pays de Goussainville : un village vidé par le bruit, pas par les obus
- L’ancien village de Tignes : disparu sous un lac en 1952
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Lieux oubliés.
Sources : notice de Fleury-devant-Douaumont, Wikipédia en français ; panneaux d’information du site, cités par cette notice.
