Sous une colline boisée de Moselle, dix kilomètres de galeries relient dix-neuf blocs de combat. L’ouvrage du Hackenberg, construit de 1929 à 1935, est avec le Hochwald le plus puissant de la ligne Maginot. Il n’a jamais été pris.
Vu du ciel, on ne devine presque rien : quelques blocs de béton affleurent sur la crête, un long fossé antichar coupe la forêt. Tout le reste est enterré à trente mètres au moins, hors d’atteinte des obus de très gros calibre pour lesquels l’ouvrage a été conçu.
Une ville souterraine
L’ouvrage occupe la crête de la colline du Hackenberg, qui culmine à 343 mètres, sur la commune de Veckring. Ses canons tiennent à portée de tir l’extrémité orientale du secteur fortifié de Thionville et la moitié occidentale de celui de Boulay. Comme le Hochwald, en Alsace, il se compose en réalité de deux demi-ouvrages, est et ouest, reliés en souterrain et séparés en surface par un fossé antichar et un mur d’escarpement défendus par des casemates.
- Dix kilomètres de galeries, réparties sur 160 hectares, à trente mètres de profondeur au minimum.
- Un magasin à munitions d’une capacité de 34 000 obus d’artillerie.
- Une usine électrique avec quatre groupes électrogènes, les plus gros installés sur la ligne Maginot.
- Une caserne souterraine avec cuisine, latrines, poste de secours, central téléphonique et stocks d’eau, de gazole et de nourriture.
- Une voie ferrée étroite qui dessert les galeries, et une entrée des munitions conçue pour recevoir les wagons.
Épargné en 1940, occupé, puis repris
En juin 1940, les combats épargnent l’ouvrage. Après l’armistice, la garnison reste sur place jusqu’au 4 juillet, avant d’être faite prisonnière ; un groupe de 54 hommes demeure au service des Allemands pour l’entretien et les explications techniques.
Durant l’Occupation, les Allemands installent en 1943 une usine dans les souterrains, où travaillent des déportés et des prisonniers soviétiques. Deux explosions y causent des dégâts dans le magasin à munitions et à l’entrée des hommes. Les quatre groupes électrogènes sont démontés, probablement pour équiper des bases de sous-marins du mur de l’Atlantique. Le même détournement d’un site souterrain avait été envisagé à la grotte du Mas-d’Azil, en Ariège, pour y réparer des avions.
En 1944, les troupes allemandes occupent partiellement l’ouvrage, notamment le bloc 8 et ses trois canons de 75 mm qui couvrent la Moselle. Le 15 novembre 1944, les Américains de la 90th Infantry Division sont repoussés par les tirs de ce bloc.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1929-1935 | Construction de l’ouvrage |
| Juin 1940 | Épargné par les combats, garnison prisonnière le 4 juillet |
| 1943 | Les Allemands installent une usine dans les souterrains |
| 15 novembre 1944 | Le bloc 8 repousse les Américains |
| Jusque vers 1970 | Entretien par l’armée française |
| 1975 | L’ouvrage est confié à l’association AMIFORT-Veckring |
Visiter un ouvrage en état de marche
Réparé au début de la guerre froide, entretenu par l’armée jusque vers 1970, l’ouvrage est confié en 1975 à une association qui l’ouvre au public. C’est aujourd’hui l’un des sites les plus visités de la ligne Maginot, avec environ 32 000 à 36 000 visiteurs par an au début des années 2010. Les installations d’époque y sont présentées en état de marche, du magasin à munitions à la centrale électrique, en passant par la caserne et son infirmerie reconstituées.
Le Hackenberg illustre un paradoxe militaire : conçu pour arrêter une invasion, il n’a jamais servi à cela. Sa puissance a surtout eu pour effet de faire contourner la ligne. Ce qui reste, c’est une prouesse d’ingénierie enfouie sous une colline, et la trace, dans ses galeries, des hommes qui y ont travaillé de gré ou de force.
À voir autour
- La grotte du Mas-d’Azil : un souterrain naturel convoité lui aussi pour une usine d’avions
- Montségur : une autre forteresse dont les ruines racontent l’après-bataille
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Lieux oubliés.
Sources : notice de l’ouvrage du Hackenberg, Wikipédia en français.
