La forêt de Brocéliande est en réalité celle de Paimpont : le tombeau de Merlin y est une tombe néolithique

Une route à travers la forêt de Paimpont, dite de Brocéliande, en automne
La forêt de Paimpont, dite de Brocéliande, en automne (Ille-et-Vilaine). Photo : Thérèse Gaigé, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

La Brocéliande des romans arthuriens a une adresse : la forêt de Paimpont, en Ille-et-Vilaine, appelée Brécilien jusqu’au XVe siècle. Ses lieux de légende existent bel et bien, mais ils sont souvent plus anciens que les légendes elles-mêmes. Le « tombeau de Merlin », par exemple, est une tombe du Néolithique.

La forêt s’étend sur 9 000 hectares, au sein d’un massif d’environ 13 500 hectares qui déborde sur le Morbihan, à une trentaine de kilomètres au sud-ouest de Rennes. Vue du ciel, c’est une mosaïque de bois, de landes et d’étangs, qui culmine à 258 mètres dans sa partie ouest, la haute forêt.

Un nom réel rapproché d’un nom de légende

Au XVe siècle, la forêt de Paimpont s’appelle Brécilien, Breselien en breton. Un règlement forestier de 1467 porte même ce titre : « Les usements et coustumes de la forest de Brécilien ». Ce nom a été rapproché de celui de la forêt mythique des récits arthuriens. Vers 1160, l’écrivain normand Wace mentionnait déjà une forêt de « Brecheliant » en Bretagne, peut-être pour désigner la Bretagne tout entière.

Les lieux de la légende, un par un

  • Le tombeau de Merlin : une ancienne allée couverte du Néolithique, détruite en 1894 à la suite de fouilles. Il n’en reste que deux dalles de schiste rouge, où les visiteurs déposent encore des vœux adressés à l’enchanteur.
  • La fontaine de Barenton : elle « bout à froid », des chapelets de bulles montant parfois à sa surface. Chez Chrétien de Troyes, c’est là qu’Yvain, le Chevalier au Lion, défie le gardien de la fontaine. Elle est assez difficile d’accès.
  • Le Val sans retour : la fée Morgane, trahie, y aurait retenu les chevaliers infidèles, jusqu’à ce que Lancelot, fidèle à Guenièvre, rompe l’enchantement.
  • L’église de Tréhorenteuc : surnommée la chapelle du Graal, restaurée par l’abbé Gillard pendant la Seconde Guerre mondiale, elle mêle foi catholique et légendaire arthurien.
  • L’étang du Pas du Houx : 86 hectares, le plus grand plan d’eau de la forêt.

Des arbres et des coutumes

La forêt compte aussi des arbres devenus des repères, comme le chêne des Hindrés, qui mesure environ cinq mètres de circonférence, le hêtre de Ponthus, le hêtre du voyageur ou le hêtre de Roche Plate. Le premier porte le nom d’un lieu, le deuxième celui d’un héros de roman médiéval, preuve que la littérature a laissé ses traces jusque dans la toponymie du massif.

Autour de Barenton, les coutumes ont longtemps survécu aux romans. Selon une légende tardive, c’est là que Merlin aurait rencontré Viviane, et l’eau de la fontaine passait pour guérir certaines maladies. La tradition voulait aussi que les jeunes gens viennent y chercher un mariage : les jeunes filles jetaient des épingles dans l’eau pour la faire « sourire », les garçons y cherchaient le reflet de leur fiancée.

Une forêt réelle, et malmenée

Derrière le décor de conte, la forêt a une histoire bien concrète. La chênaie-hêtraie d’origine a été fortement dégradée par les défrichements monastiques du Moyen Âge, puis par l’industrie des forges, grande consommatrice de bois à partir du XVIIe siècle. Des résineux ont été introduits vers 1840. Là où les conditions le permettaient, chênes et hêtres ont repris le dessus, et ils dominent de nouveau aujourd’hui.

DateIncendie
1929Le feu parcourt plusieurs kilomètres dans les landes de Lambrun
Avril 1984700 hectares brûlés, selon Ouest-France
7-11 septembre 1990Plus de 700 hectares détruits, cinq pompiers grièvement brûlés
12 août 2022600 hectares parcourus entre Campénéac et Tréhorenteuc
Les grands incendies récents de la forêt de Paimpont.

Au Val sans retour, l’Arbre d’Or de l’artiste François Davin rappelle l’incendie de 1990. Il symbolise la forêt brûlée, et plus largement toutes les forêts détruites par la négligence ou le profit.

La légende a-t-elle besoin de la forêt ?

C’est la question que pose Brocéliande. Les récits arthuriens ne situent pas toujours leurs épisodes avec précision, et l’identification à Paimpont s’est faite progressivement, par le rapprochement des noms. Mais les lieux, eux, sont bien là : une tombe préhistorique, une source qui bouillonne, des vallons de schiste rouge. Comme à Carnac, ce sont souvent des monuments néolithiques qui ont fixé les légendes, bien des millénaires après leur construction.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Mystères et légendes.

Sources : notice de la forêt de Paimpont, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Où se trouve la forêt de Brocéliande ?

Elle est identifiée à la forêt de Paimpont, en Ille-et-Vilaine, à environ 30 kilomètres au sud-ouest de Rennes. La forêt couvre 9 000 hectares, au sein d'un massif d'environ 13 500 hectares.

Le tombeau de Merlin est-il vraiment une tombe ?

C'est une ancienne allée couverte du Néolithique, une sépulture bien plus ancienne que la légende arthurienne. Détruite en 1894 à la suite de fouilles, il n'en reste que deux dalles de schiste rouge.

Pourquoi dit-on que la fontaine de Barenton « bout » ?

Parce que des chapelets de bulles montent de temps en temps à sa surface, une particularité déjà évoquée dans la littérature médiévale. La fontaine est assez difficile d'accès, à l'ouest de la forêt.

Qu'est-ce que le Val sans retour ?

Un lieu de la forêt associé à la fée Morgane, qui y aurait retenu les chevaliers infidèles jusqu'à ce que Lancelot rompe l'enchantement. On y trouve l'Arbre d'Or de François Davin, mémorial de l'incendie de 1990.

D'où vient le nom de Brocéliande ?

La forêt de Paimpont était appelée Brécilien au XVe siècle, Breselien en breton. Ce nom a été rapproché du nom mythique de la forêt arthurienne. Vers 1160, l'écrivain Wace mentionnait déjà une forêt de « Brecheliant » en Bretagne.
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