Le guide de visite annonce un château vieux de mille ans. L’inventaire général de Bretagne précise ce que cette formule recouvre : un château antérieur ruiné en 1166, puis une reconstruction vers 1173 pour Raoul II.
Le château de Fougères occupe un éperon rocheux au fond d’une boucle du Nançon, en Ille-et-Vilaine. Il est propriété de la commune, qui l’a acquis en 1892, et classé partiellement au titre des monuments historiques depuis la liste de 1862.
Un château, puis un autre
La phrase de l’inventaire est précise : château antérieur ruiné en 1166, reconstruit vers 1173 pour Raoul II, avec les tours d’entrée et la tour de Coigny. Le site du monument place pour sa part le départ de la grande campagne de reconstruction en 1176.
L’inventaire ne nomme pas le destructeur, il s’en tient au fait. Le site officiel du monument, édité par la mairie de Fougères qui en est propriétaire, est beaucoup plus explicite : il attribue l’incendie au roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt, à la tête d’une armée débarquée en Normandie, et présente Raoul II comme le meneur de la résistance des nobles locaux contre les razzias anglaises.
Cette distinction change la lecture du monument, sans tout effacer. L’inventaire place la campagne principale dans la seconde moitié du XIIe siècle, puis au XIVe et au XVe ; la notice des monuments historiques retient le XIIe, le XIIIe et le XVIIe. Le guide de visite, lui, fait de la basse-cour la principale enceinte entre le XIe et le XVe siècle : une partie du site est donc antérieure à 1166.
| Élément | Repère | Ce que cela change |
|---|---|---|
| château antérieur | ruiné en 1166 | reconstruit vers 1173 pour Raoul II |
| première enceinte | vers 1230 | barbacane, fonction purement défensive |
| deuxième enceinte | XIe au XVe siècle | basse-cour, logis seigneurial |
| tour Mélusine | 1404 à 1415 | 11,40 mètres de diamètre |
| tours d’artillerie | à partir de 1480 | sous le duc François II |
| classement | liste de 1862 | propriété de la commune |
| marches du parcours | 686 | guide en facile à lire et à comprendre |
Trois enceintes, trois fonctions
Le site ne se lit pas comme un bloc mais comme trois ensembles emboîtés, dont chacun a sa logique. La première enceinte, quadrangulaire, construite vers 1230, est une barbacane : sa fonction est uniquement défensive, et elle associe tours-portes, tours rondes et fossé inondable, de sorte que l’assaillant bloqué se retrouve sous des tirs croisés.
La deuxième est la basse-cour. Entre le XIe et le XVe siècle, c’est la principale enceinte du château, celle qui abrite le logis seigneurial. Un logis y est construit au XIVe siècle : onze mètres de large, vingt-neuf de long, plus de treize de haut, sur deux niveaux.
La troisième est la haute-cour, point culminant du site et dernier refuge en cas d’attaque. À la fin du XVe siècle, le guide de visite la décrit composée de deux tours, la tour des Gobelins et la grosse tour du château, la tour Mélusine. Elle donne aussi accès à la poterne.
Ni la base POP, ni l’inventaire régional, ni le guide municipal ne donnent de nombre total de tours.
Le piège des treize tours
On lit partout que Fougères compte treize tours. Parfois douze. Le chiffre est devenu un repère, au point de figurer dans les descriptions touristiques comme une évidence.
Aucune source officielle ne le porte. Ni la base POP du ministère, ni l’inventaire général de Bretagne, ni le guide de visite édité par la ville propriétaire ne donnent de total. Le guide se contente de nommer douze appellations, dont une au pluriel, ce qui rend le décompte impossible.
Le même phénomène touche le superlatif de plus grande forteresse d’Europe. Il figure dans le dossier de presse municipal de 2017, en face du chiffre de deux hectares, et sur la couverture du guide de visite de 2025, qui ajoute le mot médiévale. Le site du monument le restreint encore : plus grande forteresse médiévale d’Europe dans cet état de conservation. La notice des monuments historiques, elle, décrit un château fort classé partiellement, sans superficie ni comparaison.
Des tours bâties contre le canon : à partir de 1480, le duc de Bretagne François II renforce les défenses de la ville et du château. La muraille sud est épaissie et deux tours d’artillerie sont élevées. Ce sont des tours en fer à cheval dont le guide donne l’épaisseur : 6,80 mètres pour l’une, 6,40 pour l’autre. Elles abritent des casemates, ces chambres voûtées où l’on installait les canons. L’inventaire les date de 1480 à 1485, le guide municipal de 1480 à 1483.
Pourquoi un chiffre sans source s’installe
Le cas des treize tours est instructif. Un chiffre unique et facile à retenir circule mieux qu’une description, et chaque reprise le conforte sans que personne ne remonte à la source. Le comité régional du tourisme de Bretagne, par exemple, annonce treize tours sur deux hectares.
La difficulté est réelle pour autant : compter les tours d’un château fort suppose de décider ce qui en est une. Une tour-porte, une échauguette, une demi-tour engagée dans la courtine, un ouvrage d’artillerie trapu comptent-ils chacun pour une tour ? Les sources officielles préfèrent nommer plutôt que compter.
Le guide de visite, lui, s’en tient à douze appellations, dont une au pluriel, les tours d’Amboise. Il désigne des ouvrages, il ne produit pas un total. Le site du monument fait de même : il nomme les tours une à une, sans jamais les additionner.
Granite, schiste et ardoise
L’inventaire décrit des murs en granite et en schiste, en appareil mixte et en pierre de taille, et des toits en ardoise. Le site du monument précise la répartition : le schiste des collines voisines pour la majeure partie des fortifications, le granite, plus résistant mais plus coûteux, pour les parties fragiles, portes, fenêtres, base des tours et des murs.
La tour Mélusine est la tour maîtresse du château : le guide de visite la date de 1404 à 1415, lui donne 11,40 mètres de diamètre et une double fonction, résidentielle et défensive. L’inventaire général, plus prudent, s’en tient au XIVe siècle. Le site du monument y voit le second donjon, élevé sous Pierre II et son fils Jean Ier.
La notice des monuments historiques porte aussi un numéro de site archéologique, 35 115 1 AH, et rappelle que le classement par liste de 1862 a été publié au journal officiel du 18 avril 1914. Elle précise que le classement est partiel et qu’il a été complété par deux arrêtés : le 4 juillet 1928 pour un terrain voisin de la barbacane ouest, le 26 février 1953 pour les douves et leurs abords.
La poterne, construite vers 1430, complète le dispositif : c’est un ouvrage avancé qui permet de surveiller le territoire et de fuir en cas d’attaque, avec un pont-levis aujourd’hui disparu.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, la position est contre-intuitive. Le château n’est pas sur le plateau mais au fond de la vallée étroite du Nançon, dans un méandre. Le site du monument explique le choix par deux atouts combinés : un petit éperon rocheux, pour la hauteur, et la protection des marais alimentés par la rivière.
La vue montre aussi l’emboîtement des trois enceintes, qui ne se perçoit pas depuis le sol. On distingue la barbacane à l’entrée, la vaste basse-cour au centre et la haute-cour sur le point le plus élevé du rocher.
Elle fait enfin apparaître la relation entre le château et la ville. Les deux sont fortifiés, et c’est l’ensemble que François II renforce à partir de 1480 : on ne défendait pas une forteresse isolée mais un site urbain complet.
À voir autour
- La ville close de Concarneau : 980 mètres de remparts
- Les blockhaus du Morbihan : 331 ouvrages relevés
- La pointe de Pen-Hir : un site classé en pleine Occupation
Pour aller plus loin : La rubrique Patrimoine.
Sources : Inventaire général du patrimoine culturel de Bretagne, dossier IA00006689 de Jean-Pierre Ducouret, pour la ruine de 1166 et la reconstruction vers 1173, les campagnes et les matériaux ; base POP du ministère de la Culture, notice PA00090557, pour le classement partiel par liste de 1862, les arrêtés du 4 juillet 1928 et du 26 février 1953 et la propriété communale ; site officiel du monument, édité par la ville de Fougères, pour le château de l’an mil, Henri II Plantagenêt et la campagne de 1176 ; guide de visite 2025, guide en facile à lire et dossier de presse 2017 de la ville pour le parcours, les marches et la fréquentation.

