Le 16 septembre 1941, un décret classe au titre des sites la pointe de Pen-Hir et les Tas de Pois. Sur ce promontoire, l’artillerie côtière allemande occupe alors la batterie française de Kerbonn, reprise dès juillet 1940.
La pointe de Pen-Hir ferme la presqu’île de Crozon par le sud-ouest, sur la commune de Camaret-sur-Mer, dans le Finistère. Elle s’avance dans la mer d’Iroise et se prolonge par un alignement de rochers, les Tas de Pois.
Un classement en pleine Occupation
L’acte officiel ne dit pas Pen-Hir mais « presqu’île dite Pointe des Pois ». Il classe au titre des sites cette presqu’île et les Tas de Pois, par décret du 16 septembre 1941.
La date mérite qu’on s’y arrête. La France est occupée, l’administration des sites continue pourtant d’instruire des dossiers de protection, et celui-ci porte sur un promontoire que l’occupant tient depuis juillet 1940, et dont il bétonnera les pièces sous casemates en 1944.
Le classement, lui, porte sur le paysage : il protège un site contre l’urbanisation et la défiguration. Les sources consultées ne disent pas quelle portée ce régime a eue, ou non, sur les travaux militaires conduits par l’occupant.
| Protection | Date | Portée |
|---|---|---|
| classement de quatre rochers et falaises | arrêté du 10 juin 1910 | dont le rocher de la Salle Verte |
| classement de la presqu’île et des Tas de Pois | décret du 16 septembre 1941 | sous le nom de Pointe des Pois |
| classement du littoral de trois communes | décret du 16 janvier 1978 | Roscanvel, Camaret et Crozon |
| extension à la mer | arrêté du 13 mars 1978 | 500 mètres au large |
| inscription de la croix de Pen-Hir | arrêté du 21 mai 1996 | monument aux Bretons de la France libre |
| réserve naturelle régionale géologique | créée en 2013 | par la Région Bretagne |
Du sémaphore à la batterie
Le promontoire est un poste de guet avant d’être un site protégé. Un sémaphore y est construit en 1855, quand les télégraphes électriques viennent compléter les mâts sémaphoriques sur les côtes françaises. Son plan est documenté : un bâtiment avant hexagonal de 14 mètres, avec un support de mât de 4 mètres de diamètre.
La batterie de Kerbonn, elle, est datée de 1889 par l’inventaire et armée de trois mortiers de 270 mm modèle 1889. Elle appartient à la ceinture de défense de la rade de Brest, dont la presqu’île de Crozon forme la lèvre sud.
C’est dans ses casemates qu’est aujourd’hui installé le mémorial musée de la bataille de l’Atlantique. Devant le bâtiment, un monument fait d’une hélice et d’un safran de gouvernail honore les Forces navales françaises libres et les marins disparus en mer, alliés comme ennemis.
La notice officielle date l’inauguration de la croix du 15 juillet 1951, par le général de Gaulle.
La croix et sa date
Le monument aux Bretons de la France libre, que tout le monde appelle la croix de Pen-Hir, a été commandé par l’Association des Français Libres sur un terrain cédé par la commune de Camaret.
Sa date d’inauguration est souvent donnée comme 1960. La notice officielle dit autre chose : le monument a été inauguré le 15 juillet 1951 par le général de Gaulle. C’est la seule date établie par une source institutionnelle.
Le monument n’est d’ailleurs pas classé, contrairement à ce qu’on lit souvent, mais inscrit au titre des monuments historiques, par arrêté du 21 mai 1996, soit quarante-cinq ans après son inauguration.
Une falaise qui est aussi une coupe géologique
Les falaises de Pen-Hir sont en grès armoricain de l’Ordovicien. Il s’est formé il y a plus de quatre cents millions d’années. La fiche officielle du site de Pen Hat décrit les pointes de Pen Hir et du Toulinguet comme deux pointes rocheuses de grès armoricain ordovicien encadrant un ensellement de schistes briovériens, l’ensemble correspondant à un pli anticlinal.
La coupe du Veryac’h, que l’on voit depuis la pointe, est décrite par les fiches officielles comme la coupe continue la plus complète dans l’Ordovicien et le Silurien du Massif armoricain. La réserve naturelle régionale des sites géologiques de la presqu’île de Crozon, créée par la Région Bretagne en 2013, réunit vingt-sept sites géologiques sur sept communes, dont celui-ci.
Dans la falaise de la plage de Pen Hat, au nord de la pointe, est conservée une plage ancienne datée de 400 000 ans, surmontée d’un sol paléolithique. Le promontoire n’est donc pas seulement un paysage : c’est un enregistrement.
Un foncier partagé : selon la fiche officielle du site d’intérêt géologique, le site appartient au domaine public maritime, les hauts de falaise sont de propriété communale du côté de la pointe de Pen Hir, et ils sont de propriété privée plus à l’est.
Ce que protège un site classé
Le classement au titre des sites ne relève pas du droit des monuments historiques, mais d’une loi distincte, celle du 2 mai 1930, aujourd’hui codifiée dans le code de l’environnement. Il porte sur des paysages, pas sur des édifices.
Son effet principal est un contrôle : dans un site classé, aucun aménagement ne peut modifier l’état ou l’aspect des lieux sans autorisation de l’État.
À Pen-Hir, la superposition des actes de 1910, 1941 et 1978 aboutit à un ensemble protégé qui dépasse largement la pointe elle-même, puisqu’il couvre le littoral de trois communes et s’étend sur cinq cents mètres en mer.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, l’alignement est évident : les Tas de Pois prolongent la pointe, et l’acte de classement de 1941 les désigne d’ailleurs comme les rochers prolongeant cette presqu’île.
La vue montre aussi la position stratégique. La notice d’inventaire assigne à la batterie de Kerbonn la protection du mouillage entre les pointes de Pen Hir et du Toulinguet, ainsi que l’appui de la batterie voisine du Toulinguet ; l’occupant, installé dès juillet 1940, a réutilisé les pièces françaises avant de les bétonner en 1944.
Elle fait enfin apparaître le contraste entre le plateau et la paroi. En haut, des landes rases où le crave à bec rouge, corvidé rare en France, est signalé ; en bas, près de soixante-dix mètres de grès à pic dans la mer d’Iroise.
À voir autour
- La pointe du Raz : des hôtels démolis pour restaurer un site
- L’île de Sein : un mur contre la mer
- La presqu’île de Quiberon : un isthme de vingt-deux mètres
Pour aller plus loin : La rubrique Vu du ciel.
Sources : DREAL Bretagne, liste officielle des sites classés du Finistère, pour les décrets du 16 septembre 1941 et du 16 janvier 1978 et l’arrêté du 10 juin 1910 ; base POP du ministère de la Culture, notice PA29000002, pour le monument aux Bretons de la France libre et son inscription du 21 mai 1996 ; fiches officielles des sites d’intérêt géologique pour la coupe du Veryac’h et le grès armoricain ; office de tourisme de la presqu’île de Crozon.

