Avant 1930, rejoindre l’île de Batz pouvait prendre une heure et demie et obliger à se déchausser

Le phare de l'île de Batz sur sa hauteur, au-dessus des cultures et de la mer
Le phare de l'île de Batz, dans le Finistère. Photo : René Hourdry, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Un chenal étroit, et pourtant une heure et demie de trajet : avant 1930, aller de Roscoff à l’île de Batz supposait de se déchausser, de marcher sur la grève et de changer deux fois d’embarcation.

L’île de Batz se trouve dans le Finistère, au nord de Roscoff, dont la sépare un chenal. La traversée dure aujourd’hui une quinzaine de minutes, et la liaison transporte environ 250 000 passagers par an selon le rapport d’enquête publique de 2023.

Une traversée réglée par la marée

Le problème n’était pas la distance mais la hauteur d’eau. Les passeurs utilisaient des bateaux dits creux et devaient, suivant l’heure de la marée et son coefficient, partir d’une petite cale pour arriver à une autre.

Le récit d’un habitant, Pierre-Yves Decosse, décrit la manœuvre telle qu’elle se pratiquait avant 1930, surtout à marée basse : au niveau de la clinique Kerléna, à Roscoff, il fallait se déchausser et marcher un peu sur la grève, puis monter dans un petit canot pour rejoindre le bateau qui attendait dans le chenal, là où il y avait assez d’eau. À l’arrivée, même opération en sens inverse. Il fallait parfois compter une heure et demie au total.

Les cales elles-mêmes sont le fruit d’un long travail collectif. Construites en pierre au fil du temps, la première cale de l’île aux Moutons a été élevée par les îliens en 1850.

RepèreValeurCe que cela change
traversée aujourd’huiune quinzaine de minutesune liaison indépendante de la marée
traversée avant 1930jusqu’à une heure et demiedeux transbordements en canot
tournant1969inauguration de l’estacade de Roscoff
estacade de Roscoff590 mètres, 47 pilesaccostage à tout coefficient
passagers par anenviron 250 000rapport d’enquête publique de 2023
marches du phare198 jusqu’au balconle panorama se mérite
L’île de Batz en repères.

La révolution, ça a été 69, résume un ancien maire de l’île.

Deux ouvrages qui changent une vie insulaire

Le basculement tient à deux chantiers. Guy Cabioch, alors maire de la commune, le résume ainsi : la révolution, ça a été 69, avec l’allongement de la cale et, en face, à Roscoff, la construction de l’estacade qui permettait aux bateaux d’accoster à tout coefficient. Cette estacade, inaugurée en 1969, mesure 590 mètres et repose sur 47 piles en béton précontraint.

Le passage, toujours assuré par des marins de l’île, se fait alors en vedettes à moteur, alors qu’avant 1930 il s’effectuait principalement à la voile et à l’aviron. La première barge à moteur, permettant le transport des matériaux, des matériels et des véhicules, est mise en service en 1981.

Ce que ces ouvrages changent dépasse le confort des passagers. Une île dont la desserte dépend du coefficient de marée ne peut pas recevoir de chantier lourd, ni organiser un ramassage scolaire, ni compter sur une évacuation sanitaire à heure fixe. L’estacade n’a pas seulement raccourci un trajet, elle a aligné l’île sur l’horaire du continent.

Un port d’échouage à quatre métiers

Le port de Batz est un port d’échouage, c’est-à-dire que les bateaux s’y posent sur le fond à marée basse. Il est géré par la région Bretagne en lien avec la municipalité.

Quatre activités s’y partagent le plan d’eau : le transport de passagers, qui représente environ 250 000 personnes par an, le transport de fret, la pêche et la plaisance.

Cette liste dit la différence entre une île habitée et une île de villégiature. Le fret et la pêche y ont leur place à côté des passagers, et l’organisation du port doit composer avec des pointes de 2 500 à 5 000 visiteurs par jour en été.

Cent quatre-vingt-dix-huit marches

Le phare de l’île de Batz est un phare de premier ordre établi sur un point haut de la partie ouest de l’île. Sa fonction est de signaler aux navires le danger que représentent l’île et ses abords.

Son feu principal est blanc, à quatre éclats groupés toutes les vingt-cinq secondes, avec une optique tournante de 0,30 mètre de focale et une lampe de 70 watts. La portée atteint 23 milles marins, soit environ 42,6 kilomètres. Un feu fixe rouge auxiliaire, d’une portée de 7 milles, a été installé en dessous du feu principal en 1962.

Le phare a été automatisé en juillet 1995 et n’est plus gardienné ni habité depuis le départ à la retraite de son dernier gardien. Il est classé monument historique depuis le 20 avril 2017.

La visite se mérite : 198 marches jusqu’au balcon situé sous la lanterne. De là-haut, on observe l’île et le chenal, les Sept-Îles à l’est, l’île Vierge à l’ouest, l’entrée de la baie de Morlaix et, au sud, la silhouette des monts d’Arrée.

Un musée dans les anciens logements des gardiens : huit salles installées au premier étage du phare, dans les logements restaurés des gardiens, abritent depuis 2018 un parcours intitulé Batz avec les vents, dont chaque salle traite d’un thème différent, de la pêche à l’agriculture, des tempêtes aux capitaines au long cours. La coupole de cuivre du phare, elle, a été démontée en 2019 pour être rénovée dans les ateliers des phares et balises de Brest, puis remise en place en 2022.

Une île occupée depuis la préhistoire

L’île n’a pas attendu les vedettes pour être habitée. Des sites archéologiques, notamment sur l’estran, remontent au Paléolithique, à une époque où le niveau de la mer était nettement plus bas et où ces hauteurs dominaient des plaines.

La prospection menée en 1993 par Marie-Yvane Daire a confirmé des sites néolithiques, et notamment des monuments mégalithiques d’estran, ce qui atteste une montée du niveau marin postérieure, par oscillations plutôt que de manière continue. La nécropole de Penn ar C’hleguer, située dans l’actuel jardin Georges Delaselle, est le site majeur de l’île pour le Néolithique et l’âge du bronze, avec plus de quarante sépultures repérées par son premier propriétaire.

La première mention écrite de l’île figure dans l’Itinéraire d’Antonin, sous la forme Bassa Insula. Du mobilier gallo-romain, amphores et céramiques, a été découvert au début des années 1990 lors d’une fouille en plongée dans le chenal entre l’île et Roscoff.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, on comprend que le chenal est le vrai sujet. Il est étroit, il découvre largement à marée basse, et c’est lui, et non la distance, qui a commandé pendant des siècles la vie de l’île.

La vue montre aussi la répartition de l’île : le bourg et le port au sud, face au continent, les dunes et le jardin à l’est, le phare sur le point haut de l’ouest. Rien n’est posé au hasard sur une île de cette taille.

Elle rend enfin visible ce que l’on oublie depuis la cale : l’île de Batz culmine à 33 mètres. Sur un relief pareil, il faut 198 marches pour voir par-dessus, et le phare lui-même est bâti sur une hauteur de 23 mètres, à l’ouest.

À voir autour

Pour aller plus loin : La rubrique Vu du ciel.

Sources : direction interrégionale de la mer Nord Atlantique-Manche Ouest pour les caractéristiques et l’histoire du phare ; notice Mérimée PA29000092, base POP du ministère de la Culture, pour le classement du 20 avril 2017 ; plan-guide 2025-2026 de l’office de tourisme de Roscoff ; rapport d’enquête publique de 2023 sur la liaison maritime ; dossiers de l’inventaire régional de Bretagne pour le port et l’estacade ; notices de l’île de Batz et du phare, Wikipédia en français, pour les témoignages d’habitants.

Questions fréquentes

Combien de temps dure la traversée aujourd'hui ?

Une quinzaine de minutes en bateau entre Roscoff et Porz Kernok, sur la côte sud de l'île, avec une desserte assurée toute l'année.

Pourquoi était-ce si long avant 1930 ?

Parce que tout dépendait de la marée et de son coefficient. À marée basse, il fallait se déchausser et marcher sur la grève au niveau de Roscoff, monter dans un petit canot pour rejoindre le bateau qui attendait dans le chenal, puis refaire l'opération en sens inverse à l'arrivée. Le trajet complet pouvait demander une heure et demie, selon le témoignage d'un habitant de l'île.

Qu'est-ce qui a changé en 1969 ?

Deux ouvrages. L'allongement de la cale côté île et la construction de l'estacade de Roscoff, qui permet aux bateaux d'accoster quel que soit le coefficient de marée. La première barge à moteur, pour les matériaux et les véhicules, est mise en service en 1981.

Combien de passagers transitent par le port ?

Environ 250 000 par an selon le rapport d'enquête publique de 2023, avec des pointes de 2 500 à 5 000 visiteurs par jour l'été. Le port de Batz est un port d'échouage géré par la région Bretagne, qui abrite aussi le fret, la pêche et la plaisance.

Que voit-on du haut du phare ?

Après 198 marches, qui mènent au balcon sous la lanterne, on découvre l'île et le chenal, les Sept-Îles à l'est et l'île Vierge à l'ouest, l'entrée de la baie de Morlaix et, au sud, la silhouette des monts d'Arrée.

Le phare est-il encore gardé ?

Non. Il a été automatisé en juillet 1995 et n'est plus habité depuis le départ à la retraite de son dernier gardien. Son feu principal est blanc, à quatre éclats groupés toutes les 25 secondes, d'une portée de 23 milles marins, soit environ 42,6 kilomètres.

D'où vient le nom de l'île ?

Aucune étymologie satisfaisante n'a été établie. Les formes anciennes vont de Bassa Insula, dans l'Itinéraire d'Antonin, à insula battha en 884, Baz insula en 1265 et Isle Batz Paul en 1587. L'explication par le bâton de pèlerin de saint Paul Aurélien, bazh en breton, n'a jamais été formellement démontrée.
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