Le passage du Gois se franchit une heure trente avant et après la basse mer, pas davantage

Le passage du Gois à marée basse, bordé de voitures, entre l'estran découvert et la mer
Le passage du Gois, entre Beauvoir-sur-Mer et Barbâtre, en Vendée. Photo : Grand Parc - Bordeaux, France from France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Un peu plus de quatre kilomètres de chaussée, avec des panneaux, des balises et une numérotation de route départementale. Deux fois par jour, tout cela disparaît sous 1,30 à 4 mètres d’eau.

Le passage du Gois est une chaussée submersible située dans la baie de Bourgneuf, qui relie l’île de Noirmoutier au continent, entre les communes de Barbâtre et de Beauvoir-sur-Mer, en Vendée. D’autres sites de ce type existent ; c’est sa longueur qui le rend singulier.

Une route qui n’existe que par intermittence

Le passage n’est praticable qu’à marée basse. La commune de Barbâtre et l’office de tourisme de l’île de Noirmoutier donnent la même règle : il est franchissable une heure trente avant et une heure trente après la basse mer, par beau temps, soit environ trois heures par marée.

La hauteur d’eau à pleine mer varie de 1,30 mètre à 4 mètres selon le coefficient de la marée. L’écart dit l’essentiel : le même itinéraire peut être une route de campagne ou un fond marin de quatre mètres, à quelques heures d’intervalle.

Cette alternance a une conséquence administrative singulière. Le Gois fait partie de l’ancienne route nationale 148, qui reliait Noirmoutier à Limoges, devenue la départementale 948 : c’est une voie publique classée, dont la praticabilité dépend d’un calendrier astronomique.

RepèreValeurCe que cela change
longueurun peu plus de 4 kilomètres4,2 km selon l’office de tourisme, 4,5 km selon la commune de Barbâtre
hauteur d’eau à pleine merde 1,30 à 4 mètresselon le coefficient de marée
fenêtre de franchissementenviron 3 heures1 h 30 avant et 1 h 30 après la basse mer
premières balises de boisvers 1780emportées par les glaces en 1788-1789
stabilisation et empierrement1924balises tous les cent mètres
balises-refuges actuellesneufsix mâts de perroquets, trois balises à cages
inscription au titre des sitesjuillet 19426,81 hectares, chaussée et balises
Le passage du Gois en chiffres.

Mille ans de sable

La chaussée n’a pas été construite, elle a été trouvée. Elle doit son existence à l’effondrement du plateau qui a donné naissance à la baie de Bourgneuf au début du Quaternaire, puis à la rencontre, il y a environ mille ans, de deux courants marins opposés contournant l’île de Noirmoutier, l’un par le nord, l’autre par le sud.

De cette rencontre est né un banc de hauts-fonds sableux ancrés sur des écueils rocheux, dont le remblaiement s’est exhaussé au fil de la transgression marine. Ces fonds se sont déplacés sans cesse avant de devenir franchissables à pied au XVIIIe siècle, puis de se stabiliser au XIXe à leur emplacement actuel.

Les marins l’appelaient le Pé, du latin podium, la hauteur, parce qu’il constitue un véritable haut-fond. Le passage est mentionné pour la première fois sur une carte géographique en 1701.

Les premières balises de bois, posées vers 1780, sont emportées par les glaces de l’hiver 1788-1789.

Du gué à la route macadamisée

Le franchissement se fait d’abord à pied et avec des animaux, à partir du XVIIIe siècle, et sur une distance alors bien plus longue, les anciennes digues se trouvant plus loin de la côte. La tradition orale veut qu’un habitant de Barbâtre nommé Gauvrit l’ait traversé à cheval pour la première fois en 1766 : la commune de Barbâtre en fait un tailleur, l’office de tourisme le prénomme Auguste.

Le balisage commence vers 1780 avec des balises de bois, emportées par les glaces de l’hiver très rigoureux de 1788-1789. Face au nombre croissant d’accidents, la chaussée est ensuite stabilisée pour empêcher les bancs de sable de se déplacer, surhaussée et empierrée à plusieurs reprises, balisée tous les cent mètres, puis empierrée en 1924.

Six balises dites mâts de perroquets et trois balises équipées de cages offrent une sécurité relative depuis la fin du XIXe siècle, selon la commune de Barbâtre. Ces neuf balises-refuges jalonnent toujours la chaussée, que l’ingénieur Louis Brien fait paver de 1935 à 1939, avec des pavés de quarante centimètres de côté.

Une inscription qui protège aussi les balises : en juillet 1942, le Gois est inscrit au titre des sites, pour 6,81 hectares qui se limitent à la chaussée et à ses balises, avec le critère de site pittoresque. Il n’existe pas de protection au titre des monuments historiques. Le décret du 2 novembre 2017, publié au Journal officiel du 4 novembre, a ensuite classé parmi les sites l’ensemble formé par le passage, l’île de la Crosnière du côté de Beauvoir-sur-Mer et le polder de Sébastopol du côté de Barbâtre.

Un nom qui vient du gué

Le toponyme remonte à environ 1577, sous les formes Goy, Goï, Goye ou Goe en poitevin, et il n’est qu’une déformation du mot gué.

Les toponymistes rattachent ce mot à deux grandes familles : le rito celtique, qui a donné rhyd en gallois et se retrouve dans Niort ou Chambord, et le vadum latin avec son équivalent vieux-francique wad, qui a produit ga, gas, gaou, gay, gois, goa, goua, gua, va, vez ou vuaz selon les régions.

Le Gois porte donc, dans son nom même, ce qu’il est : non pas une route, mais un gué, c’est-à-dire un endroit où l’on passe à condition de choisir son moment.

Des incidents chaque année

La mobilité des hauts-fonds a longtemps rendu la traversée périlleuse sans guide, et la stabilisation du XIXe siècle n’a pas supprimé le risque principal, qui est celui de l’heure.

Malgré les panneaux qui indiquent les horaires de marée à chaque extrémité, des automobilistes et des pêcheurs à pied sont surpris par la marée chaque année et doivent être secourus. Les balises-refuges servent précisément à cela : offrir une sécurité relative aux piétons comme aux automobilistes surpris par la montée des eaux.

Depuis 1971, le pont de Noirmoutier offre une alternative permanente. Le Gois a donc cessé d’être une nécessité pour devenir un choix, ce qui change la nature des imprudences : on ne le prend plus pour rentrer chez soi, on le prend pour l’avoir pris.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, à marée basse, le Gois apparaît comme un trait clair posé sur une étendue de vase et de sable, bordé de pêcheurs à pied et de voitures garées sur les petits passages aménagés en face des balises.

À marée haute, il n’y a plus rien à voir. Seules les neuf balises émergent, alignées sur quatre kilomètres, et c’est le seul moment où l’on comprend vraiment ce qu’elles font là.

La vue montre enfin le rapport entre l’île et le continent. Quatre kilomètres de hauts-fonds, et non un bras de mer profond : Noirmoutier est une île par intermittence, et le Gois est la trace de cette ambiguïté.

À voir autour

Pour aller plus loin : La rubrique Vu du ciel.

Sources : commune de Barbâtre, page Le site du Gois ; office de tourisme de l’île de Noirmoutier ; rapport n° 010355-01 du CGEDD à la commission supérieure des sites, séance du 5 novembre 2015 ; décret du 2 novembre 2017 portant classement du site, publié au Journal officiel du 4 novembre 2017.

Questions fréquentes

Quelle est sa longueur ?

Un peu plus de quatre kilomètres. Les sources officielles divergent sur le chiffre exact : 4,2 kilomètres pour l'office de tourisme de l'île de Noirmoutier, 4,5 kilomètres pour la commune de Barbâtre.

Combien de temps est-il praticable ?

Il est franchissable une heure trente avant et une heure trente après la basse mer, soit environ trois heures par marée, et seulement par beau temps. Le reste du temps, il est sous l'eau, avec une hauteur d'eau à pleine mer qui varie de 1,30 mètre à 4 mètres selon le coefficient.

D'où vient ce nom ?

De gué. Le nom de Gois, écrit Goy, Goï, Goye ou Goe en poitevin, remonte à environ 1577 et dérive de la famille de mots issus du latin vadum et du vieux-francique wad, qui a donné ga, gas, gay, gois, goa, gua ou vez selon les régions.

Comment s'est-il formé ?

Par la rencontre, il y a environ mille ans, de deux courants marins opposés qui contournent l'île de Noirmoutier, l'un par le nord, l'autre par le sud. Il en est né un banc de hauts-fonds sableux ancrés sur des écueils rocheux, devenu franchissable à pied au XVIIIe siècle et stabilisé au XIXe à son emplacement actuel.

Depuis quand est-il balisé ?

Les premières balises de bois jalonnent le trajet vers 1780, mais les glaces de l'hiver 1788-1789 les emportent. La chaussée est stabilisée, balisée tous les cent mètres puis empierrée en 1924, et pavée de 1935 à 1939 sous la conduite de l'ingénieur Louis Brien. Six balises dites mâts de perroquets et trois balises équipées de cages offrent une sécurité relative depuis la fin du XIXe siècle.

Est-ce dangereux ?

La grande mobilité des hauts-fonds a longtemps rendu l'exercice périlleux sans guide. Malgré les panneaux qui indiquent les horaires de marée à chaque extrémité, des automobilistes et des pêcheurs à pied sont surpris par la marée chaque année et doivent être secourus. Les neuf balises-refuges et des balises à cages éclairées la nuit permettent de se repérer et de s'abriter.

Y a-t-il une alternative ?

Oui, le pont de Noirmoutier, ouvert en 1971. Le Gois reste une partie de l'ancienne route nationale 148, qui reliait Noirmoutier à Limoges, devenue la départementale 948.
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