En 1925, la commune de Perros-Guirec a demandé que le sentier des douaniers soit élargi à six mètres et ouvert aux automobiles. Le projet n’a pas abouti, et le chemin est resté piétonnier.
Le sentier longe les chaos de granite rose de Ploumanac’h, sur la commune de Perros-Guirec, dans les Côtes-d’Armor. Il reçoit aujourd’hui plus de 800 000 visiteurs par an.
Un sentier qui n’a pas l’âge qu’on lui prête
Le nom entretient une légende : des douaniers du XVIIIe siècle traquant les contrebandiers le long des falaises. L’Inventaire général du patrimoine culturel ne confirme rien de tel.
Le sentier n’apparaît pas sur le cadastre de 1819, et aucun texte ne le crée à cette époque. Son ouverture est située en 1909 et 1910, c’est-à-dire au moment précis où le tourisme découvre la côte.
C’est donc un chemin de promenade né avec les premiers estivants, et non un ouvrage de police maritime. Le nom reste une appellation d’usage ; la notice relève seulement qu’un chemin a probablement longé la côte pour des raisons défensives avant le cadastre de 1819.
| Élément | Repère | Ce que cela change |
|---|---|---|
| ouverture du sentier | 1909 et 1910 | absent du cadastre de 1819 |
| projet d’élargissement | 1925 | six mètres, pour les automobiles |
| parc municipal de Ploumanac’h | décret du 31 août 1925 | déclaré d’utilité publique |
| protection du sentier | inscrit en partie le 6 avril 1945, classé en partie le 8 novembre 1976 | six sites inscrits, cinq classés |
| granite du massif | Carbonifère, environ 300 Ma | feldspath coloré par des oxydes de fer |
| phare de Mean Ruz | feu de 1860, détruit en 1944 | nouveau feu en octobre 1948 |
| fréquentation du sentier | plus de 800 000 visiteurs par an | fiche DREAL du site d’intérêt géologique BRE 0005 |
Six mètres de large pour les automobiles
La demande de 1925 est documentée par l’Inventaire général. La municipalité souhaitait faire classer le sentier en chemin vicinal ordinaire et l’élargir à six mètres, afin que les voitures puissent y circuler.
Il faut se replacer dans l’époque. Une route de corniche entre Perros-Guirec et Trégastel était alors à l’étude, et beaucoup souhaitaient l’élargissement du chemin pour les voitures. Cette route de la Corniche bretonne a bien été construite, de 1927 à 1933.
Le projet n’a pas abouti, et la notice d’inventaire n’en donne pas la raison. Ce qui est certain, c’est le résultat : le chemin est resté piétonnier, et c’est cette étroitesse qui fait aujourd’hui l’intérêt du parcours.
La protection du site a commencé par une initiative privée, le 20 août 1901.
Une protection née d’un syndicat d’artistes
Avant les décrets, il y a eu des particuliers. Le 20 août 1901 est créé à Paris le Syndicat artistique de protection des sites pittoresques de Ploumanac’h, une association de défense du paysage née bien avant la loi de 1930.
Le syndicat se donne pour but de préserver les rochers, notamment en achetant les terrains menacés. Les premières protections deviennent effectives à partir de 1906 et 1907, avec les comités départementaux des sites et monuments naturels ; le 11 février 1908, la commission des Côtes-du-Nord adopte un projet de protection des rochers que les propriétaires refusent, et le 11 juillet 1912 une seule parcelle est classée, entre Ranolien et Pors Rolland.
La commune a suivi. Un décret ministériel du 31 août 1925, la même année que le projet d’élargissement, déclare d’utilité publique la création d’un parc municipal à Ploumanac’h, et les dernières expropriations ont lieu en 1931.
Trois cents millions d’années de roche
Le massif de Ploumanac’h est un granite post-hercynien polyphasé, daté du Carbonifère, soit environ 300 millions d’années. Il s’est mis en place dans un socle encaissant beaucoup plus ancien, dont l’âge varie entre 600 millions et deux milliards d’années selon les endroits.
La couleur vient du feldspath, coloré par des oxydes de fer. Le granite de La Clarté, celui que l’on voit sur le littoral, est le faciès le plus ancien et le plus externe du massif, contrairement à une idée répandue qui en fait le faciès central.
La forme en boules, elle, résulte d’un enchaînement. Le magma cristallise lentement en profondeur, se rétracte, et un réseau de fractures apparaît. L’altération attaque ces fractures, arrondit ce qui reste, et l’érosion finit par dégager les blocs.
Un phare détruit puis rallumé : le premier feu de Mean Ruz avait été allumé en 1860, après une pétition des habitants du 22 janvier 1856 et une décision ministérielle du 22 septembre 1858. Il a été détruit le 4 août 1944 par les troupes allemandes. Une tourelle métallique a servi d’attente, et un nouveau feu a été allumé en octobre 1948. La date de 1946, souvent citée, est inexacte.
Un sentier devenu le GR 34
Le sentier de Ploumanac’h est aujourd’hui un tronçon du GR 34, qui longe l’ensemble des côtes bretonnes sur plus de 2 000 kilomètres, de la baie du Mont-Saint-Michel à Saint-Nazaire, dont environ 420 kilomètres dans les seules Côtes-d’Armor.
Le tronçon de Ploumanac’h, lui, est né du tourisme : en mars 1909, un projet propose l’ouverture d’un chemin rural pour rendre le site plus accessible aux piétons, et le 15 janvier 1910, la commission départementale déclare d’utilité publique l’ouverture d’un chemin de 2,50 mètres de large, de Trestraou à l’anse de Saint-Guirec.
Le foncier reste mixte : domaine public maritime, propriétés privées et terrains du Conservatoire du littoral, la gestion étant assurée par la commune de Perros-Guirec.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, les chaos apparaissent comme des amas de blocs posés les uns sur les autres, sans ordre apparent. L’ordre existe pourtant : il suit le réseau de fractures du granite, les diaclases, le long desquelles l’altération chimique s’est produite avant que l’érosion ne dégage les boules.
La vue montre aussi l’étroitesse du sentier. Un ruban d’un mètre ou deux serpente entre les rochers, au ras de l’eau, et l’on mesure ce qu’auraient voulu dire les six mètres demandés en 1925 : une route, et plus un passage.
Elle rend lisible, enfin, le rapport entre les rochers et le tourisme : le projet de mars 1909 visait justement à ouvrir un chemin pour rendre le site de Ploumanac’h plus accessible aux piétons.
Elle situe enfin les Sept-Îles, à environ cinq kilomètres au nord. Cette réserve naturelle nationale, classée le 18 octobre 1976 et étendue le 19 juillet 2023, accueille plus de 18 500 couples d’oiseaux marins de onze espèces.
À voir autour
- Les calanche de Piana : un autre granit rose, en Corse
- Le temple de Lanleff : une rotonde romane des Côtes-d’Armor
- Beauport : une abbaye au bord de la mer
Pour aller plus loin : La rubrique Vu du ciel.
Sources : base POP du ministère de la Culture, notice IA22000346 de l’Inventaire général, pour l’ouverture du sentier et le projet d’élargissement de 1925 ; fiche DREAL Bretagne BRE 0005 pour la fréquentation ; document d’objectifs Natura 2000 du site Côte de Granit Rose, DIREN Bretagne, 2006 ; notice POP du phare de Mean Ruz ; fiche géologique départementale pour les faciès du massif.

