La nécropole mérovingienne de Civaux et son église, classées monuments historiques

La nécropole mérovingienne de Civaux et sa clôture de couvercles de sarcophages
La nécropole mérovingienne de Civaux, dans la Vienne. Photo : Jochen Jahnke, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Le cimetière est entouré d’un mur qui n’en est pas un. Ce sont des couvercles de sarcophages, dressés à la verticale comme des menhirs, et ils étaient déjà là au XVIIIe siècle.

La nécropole mérovingienne de Civaux se trouve dans la Vienne, en bordure de la rivière du même nom, dans le sud-est du département. Elle est décrite comme un lieu atypique et original, dont il n’existe pas d’équivalent.

Un cimetière utilisé depuis plus de dix-sept siècles

Le fait le plus simple est aussi le plus difficile à se représenter : on enterre à Civaux depuis plus de 1 700 ans. Le lieu n’a pas été abandonné puis redécouvert, il a servi sans interruption.

Ce qui subsiste de la période mérovingienne se compte en centaines. Les sarcophages conservés sont datés de 500 à 750 de notre ère. Certains sont restés en place, d’autres forment des rangées, et une partie des couvercles a été réemployée pour clore le terrain.

Un écart mérite d’être signalé plutôt que masqué. La notice consacrée à la nécropole parle de plusieurs centaines de sarcophages ; celle de la commune avance près de 1 000 sarcophages encore en place ou formant la clôture. Les deux évaluations relèvent en réalité du même ordre de grandeur, de plusieurs centaines à un millier de cuves encore visibles. La notice Mérimée du cimetière, qui porte sur l’ensemble du site et non sur les seuls sarcophages conservés en surface, fait état d’environ 16 000 sarcophages dénombrés.

Des couvercles de sarcophages dressés tels des menhirs, et qui existaient déjà au XVIIIe siècle.

Ce que les couvercles portent gravé

La clôture n’est pas seulement une curiosité de réemploi, c’est un document. Des décors ont été gravés sur les couvercles : un poisson, des croix, un chrisme. Autant de signes chrétiens qui datent le geste autant que la pierre.

S’y ajoutent des inscriptions. Deux noms nous sont parvenus, Maria et Pientia. Ce sont des personnes, pas des symboles, et elles figurent sur des pierres aujourd’hui dressées à la verticale, dans un ordre qui n’a plus rien à voir avec celui des sépultures.

La nécropole est classée au titre des monuments historiques en 1923. La protection arrive donc après celle de l’église, classée dès 1913, et avant celle de la Tour-aux-Cognons, un donjon du XIe siècle situé face au bourg, sur la rive droite de la Vienne, inscrit en 1927.

ÉlémentDatationProtection
église Saint-Gervais-et-Saint-Protaischœur du Ve au IXe siècle, nef romaneclassée en 1913
nécropole mérovingiennesarcophages de 500 à 750classée en 1923
Tour-aux-Cognonsdonjon du XIe siècleinscrite en 1927
Trois monuments protégés sur une même commune, en quatorze ans.

Une église parmi les plus anciennes de France

L’église Saint-Gervais-et-Saint-Protais n’est pas un bâtiment annexe du cimetière, c’est l’autre moitié du sujet. Elle compte parmi les plus anciennes de France, avec un chœur daté du Ve au IXe siècle et une nef romane.

Ses chapiteaux portent des scènes figurées, dont le mariage et la tentation. Le bâtiment a fait l’objet d’une étude d’Eugène Lefèvre-Pontalis publiée en 1913 dans le Bulletin monumental, consacrée à l’église romane de Civaux et à son abside carolingienne. L’année de cette publication est aussi celle du classement.

Elle est dédiée à Gervais et Protais, deux frères jumeaux martyrisés au Ier siècle, dont le culte s’est répandu dans le Poitou après la découverte de leurs corps à Milan en 386. D’autres églises des environs portent le même vocable, à L’Isle-Jourdain, Millac, Persac et Nérignac.

La première mention écrite date de 862 : l’église est citée dans la charte de Saint-Hilaire comme siège d’une viguerie, et elle appartient alors à l’abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers. Une autre source confirme ce statut en 902, et le cartulaire de Saint-Cyprien la cite encore en 963 et 964. Après quoi elle disparaît des écrits de Saint-Cyprien. Elle serait devenue au milieu du XIIe siècle un prieuré rattaché à l’abbaye de Lesterps, en Charente, rattachement qui durera jusqu’à la Révolution.

Une stèle trouvée dans le mur de l’abside

Les fouilles de 2016 et 2017, non encore publiées, ont établi une chronologie bien plus complexe que celle des textes. La base du chœur est datée vers 400, et il pourrait s’agir d’un mausolée chrétien d’époque romaine : deux pans de mur de cette période restent visibles dans le chœur.

C’est de ce mur qu’est sortie la pièce la plus parlante du site. La stèle d’Aeternalis et de Servilla a été trouvée dans la maçonnerie de l’abside, au XIXe siècle, par l’abbé Ribouleau, qui faisait ouvrir le chevet pour y installer un grand vitrail. Elle porte un chrisme encadré de l’alpha et de l’oméga, la première et la dernière lettre de l’alphabet grec, et au-dessous une inscription latine : Aeternalis et Servilla, vivatis in Deo, soit vivez en Dieu.

Deux noms, une formule, et une pierre réemployée comme moellon : c’est le même geste que celui de la clôture du cimetière, à quelques centaines de mètres. À Civaux, on a toujours rebâti avec ce qui restait.

De la première église, on ne sait rien, et l’on se demande même s’il s’agissait d’un temple christianisé, peut-être situé sous la nef actuelle. De l’époque mérovingienne subsistent le chevet, daté des VIe et VIIe siècles, et, attenants à l’église, les vestiges d’une piscine baptismale, le tout construit sur les ruines d’un sanctuaire romain. Les dimensions et le plan de l’église mérovingienne restent inconnus. La nef actuelle, la partie basse du clocher et la partie haute du chevet datent des XIe et XIIe siècles ; la nef est divisée en trois vaisseaux par deux rangées de colonnes au XIIe siècle.

Le val de Civaux a été étudié comme un ensemble, des origines à la fin du Moyen Âge, dans plusieurs travaux de Jean-Claude Papinot et Jean-Pierre Pautreau, avec Brigitte Boissavit-Camus. C’est la bonne échelle de lecture : un sanctuaire romain, une nécropole et un baptistère mérovingiens, une église dont le chœur remonte peut-être au Ve siècle, sur quelques centaines de mètres.

Ce que la vue d’ensemble montre

D’en haut, le dessin de la nécropole est d’une régularité qui surprend pour un cimetière ancien. Le terrain est délimité par sa clôture de couvercles dressés, et les sarcophages restants s’alignent en rangées à l’intérieur de ce périmètre. Ce n’est pas l’organisation d’origine, c’est un rangement opéré après coup, probablement au fil des siècles.

La vue situe aussi l’ensemble par rapport à la Vienne. Le site occupe la rive gauche, face à la Tour-aux-Cognons qui tient la rive droite. La rivière traverse la commune sur 4,2 kilomètres, et c’est elle qui explique l’implantation : un gué, une voie, un lieu où l’on s’arrête.

Enfin, elle rappelle le contraste du lieu. La commune abrite aussi une centrale nucléaire, et le cimetière mérovingien se trouve à quelques kilomètres de ses tours. Un terrain où l’on enterre depuis dix-sept siècles, à côté d’une installation conçue pour quelques décennies.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier Vienne et la rubrique Archéologie.

Sources : notices de la nécropole mérovingienne de Civaux et de la commune, Wikipédia en français ; base Mérimée.

Questions fréquentes

Qu'a de particulier cette nécropole ?

Sa clôture. Elle est composée de couvercles de sarcophages dressés tels des menhirs, et elle existait déjà au XVIIIe siècle. Le lieu est décrit comme atypique et original, sans équivalent connu.

Depuis quand y enterre-t-on des morts ?

Depuis plus de 1 700 ans. Les sarcophages encore présents sont mérovingiens et datés de 500 à 750 de notre ère, certains en place, d'autres formant des rangées.

Combien de sarcophages subsistent ?

Plusieurs centaines selon la notice consacrée à la nécropole, près de 1 000 selon celle de la commune : les deux évaluations relèvent du même ordre de grandeur pour les cuves encore visibles. La notice Mérimée, qui porte sur l'ensemble du site, fait état d'environ 16 000 sarcophages dénombrés.

Que lit-on sur les couvercles ?

Des décors gravés, poisson, croix et chrisme, ainsi que des inscriptions chrétiennes. Deux noms sont cités : Maria et Pientia.

Quand la nécropole a-t-elle été protégée ?

Elle est classée au titre des monuments historiques en 1923. L'église Saint-Gervais-et-Saint-Protais l'avait été dix ans plus tôt, en 1913, et la Tour-aux-Cognons est inscrite depuis 1927.

Qu'est-ce que l'église Saint-Gervais-et-Saint-Protais ?

L'une des plus anciennes églises de France, dont le chœur est daté du Ve au IXe siècle et la nef est romane. Elle est ornée de chapiteaux représentant notamment le mariage et la tentation.

Peut-on visiter le site ?

Oui. La nécropole est ouverte gratuitement au public. Le musée archéologique de Civaux, dont les collections vont de la préhistoire à la fin du Moyen Âge, propose des audioguides et des visites guidées, ainsi que des activités autour du sanctuaire romain, de la nécropole et du baptistère mérovingiens et de l'église.
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