Une voûte peinte romane presque intacte : Saint-Savin-sur-Gartempe, la Sixtine du Moyen Âge français

Les peintures romanes de la voûte de la nef de l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe
Les peintures de la nef de Saint-Savin-sur-Gartempe (Vienne). Photo : GuyFrancis, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Dans la Vienne, la voûte de la nef de Saint-Savin-sur-Gartempe porte l’un des ensembles de peintures murales romanes les plus complets d’Europe. L’historien de l’art Henri Focillon y voyait « la chapelle Sixtine du Moyen Âge français ». L’abbaye est inscrite au patrimoine mondial depuis 1983.

Attention à l’homonymie : cette abbaye n’a rien à voir avec l’abbaye de Saint-Savin-en-Lavedan, dans les Hautes-Pyrénées, dont nous avons raconté l’histoire. Deux saints Savin, deux abbayes, deux régions.

Deux frères venus de Macédoine

La charte de fondation ayant disparu pendant les guerres de Religion, en 1598, la date exacte reste imprécise : l’abbaye est fondée sous Charlemagne, au début du IXe siècle. Selon la tradition, deux frères, Savin et Cyprien, fuyant la Macédoine où ils étaient persécutés, furent rejoints sur les bords de la Gartempe, martyrisés et décapités au Ve siècle.

Trois siècles plus tard, les reliques des deux martyrs sont retrouvées, et Badillus, clerc à la cour de Charlemagne, décide d’y fonder une église abbatiale pour les conserver. En 821, Benoît d’Aniane y fait appliquer la règle de saint Benoît et installer une vingtaine de moines. En 1010, une donation considérable d’Aumode, comtesse du Poitou et d’Aquitaine, finance l’église abbatiale actuelle.

Ce que montre la voûte

La réputation des peintures tient à leur ampleur et à leur état de conservation. Elles couvrent la voûte de la nef sur toute sa longueur, et racontent en registres continus des épisodes bibliques. Le trait, rapide et sûr, donne une intensité dramatique aux scènes alors même que les visages restent peu expressifs. C’est une manière nouvelle qui rompt avec les idéaux hérités de l’époque carolingienne.

La célébrité des peintures fait oublier le reste : les chapiteaux, par exemple, qui passent de simples volutes dans les trois premières travées à des rinceaux, des feuillages et quelques scènes historiées dans les six autres, conséquence des modifications apportées au plan initial.

Sauvée grâce à une visite de préfet

En 1820, la foudre détruit une partie de la flèche du XVe siècle, qui s’effondre sur la toiture et lézarde la voûte de la nef sur toute sa longueur. En 1833, le préfet Alexis de Jussieu visite l’édifice au moment où le maire fait boucher une fissure et badigeonner les peintures murales. Il alerte Ludovic Vitet, premier inspecteur général des monuments historiques.

Prosper Mérimée, qui lui succède, engage les réparations les plus urgentes dès 1836. Le 31 octobre 1835, il écrivait au ministre François Guizot que ces fresques étaient « à peu près uniques en France » et constituaient le monument le plus ancien de l’art de la peinture dans le pays. C’est le même Mérimée qui imposera, deux ans plus tard, la réhabilitation de l’abbatiale de Conques.

DateÉvénement
Début du IXe siècleFondation de l’abbaye sous Charlemagne
821Benoît d’Aniane y installe la règle bénédictine
1010La donation d’Aumode finance l’église actuelle
1598La charte de fondation disparaît pendant les guerres de Religion
1820La foudre abat la flèche, la voûte se lézarde
1836Premières réparations engagées par Mérimée
1967-1974Restauration de la voûte, des peintures et des cryptes
1983Inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO
Douze siècles, et deux sauvetages décisifs.

Voir les peintures aujourd’hui

Un établissement public créé en 2006 gère le site et la « Vallée des fresques ». Entre 2005 et 2008, un important chantier a amélioré la conservation des peintures, avec un éclairage par fibres optiques, la restauration des œuvres et la réfection des vitraux. C’est la condition de survie de ce type d’ensemble : la lumière et l’humidité y font plus de dégâts que les siècles.

Saint-Savin-sur-Gartempe rappelle une chose simple : ce qui nous reste de l’art roman tient souvent à une visite, une lettre, une décision administrative. Sans le passage d’un préfet en 1833, la voûte aurait sans doute disparu sous le badigeon.

À voir autour

Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les abbayes et sanctuaires, le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.

Sources : notice de l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, Wikipédia en français ; liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Questions fréquentes

Pourquoi l'abbaye est-elle inscrite à l'UNESCO ?

Pour son ensemble de peintures murales romanes, très complet et bien conservé, inscrit au patrimoine mondial en 1983.

Qui a sauvé les peintures ?

L'alerte est donnée en 1833 par le préfet Alexis de Jussieu, au moment où l'on badigeonnait les peintures, auprès de l'inspecteur général des monuments historiques Ludovic Vitet. Prosper Mérimée, son successeur, engage les réparations les plus urgentes dès 1836.

Quand l'abbaye a-t-elle été fondée ?

Sous Charlemagne, au début du IXe siècle. La charte de fondation a disparu pendant les guerres de Religion, en 1598. En 821, Benoît d'Aniane y fit appliquer la règle de saint Benoît et installer une vingtaine de moines.

Qui étaient Savin et Cyprien ?

Selon la tradition, deux frères qui fuyaient la Macédoine où ils étaient persécutés, martyrisés puis décapités au Ve siècle sur les bords de la Gartempe. C'est la découverte de leurs reliques qui motive la fondation de l'abbaye.

Ne pas confondre avec l'autre Saint-Savin ?

Non : l'abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe se trouve dans la Vienne, tandis que l'abbaye de Saint-Savin-en-Lavedan est dans les Hautes-Pyrénées. Les deux portent le nom d'un saint Savin, mais ce sont deux établissements distincts.
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