Dans la Vienne, la voûte de la nef de Saint-Savin-sur-Gartempe porte l’un des ensembles de peintures murales romanes les plus complets d’Europe. L’historien de l’art Henri Focillon y voyait « la chapelle Sixtine du Moyen Âge français ». L’abbaye est inscrite au patrimoine mondial depuis 1983.
Attention à l’homonymie : cette abbaye n’a rien à voir avec l’abbaye de Saint-Savin-en-Lavedan, dans les Hautes-Pyrénées, dont nous avons raconté l’histoire. Deux saints Savin, deux abbayes, deux régions.
Deux frères venus de Macédoine
La charte de fondation ayant disparu pendant les guerres de Religion, en 1598, la date exacte reste imprécise : l’abbaye est fondée sous Charlemagne, au début du IXe siècle. Selon la tradition, deux frères, Savin et Cyprien, fuyant la Macédoine où ils étaient persécutés, furent rejoints sur les bords de la Gartempe, martyrisés et décapités au Ve siècle.
Trois siècles plus tard, les reliques des deux martyrs sont retrouvées, et Badillus, clerc à la cour de Charlemagne, décide d’y fonder une église abbatiale pour les conserver. En 821, Benoît d’Aniane y fait appliquer la règle de saint Benoît et installer une vingtaine de moines. En 1010, une donation considérable d’Aumode, comtesse du Poitou et d’Aquitaine, finance l’église abbatiale actuelle.
Ce que montre la voûte
La réputation des peintures tient à leur ampleur et à leur état de conservation. Elles couvrent la voûte de la nef sur toute sa longueur, et racontent en registres continus des épisodes bibliques. Le trait, rapide et sûr, donne une intensité dramatique aux scènes alors même que les visages restent peu expressifs. C’est une manière nouvelle qui rompt avec les idéaux hérités de l’époque carolingienne.
La célébrité des peintures fait oublier le reste : les chapiteaux, par exemple, qui passent de simples volutes dans les trois premières travées à des rinceaux, des feuillages et quelques scènes historiées dans les six autres, conséquence des modifications apportées au plan initial.
Sauvée grâce à une visite de préfet
En 1820, la foudre détruit une partie de la flèche du XVe siècle, qui s’effondre sur la toiture et lézarde la voûte de la nef sur toute sa longueur. En 1833, le préfet Alexis de Jussieu visite l’édifice au moment où le maire fait boucher une fissure et badigeonner les peintures murales. Il alerte Ludovic Vitet, premier inspecteur général des monuments historiques.
Prosper Mérimée, qui lui succède, engage les réparations les plus urgentes dès 1836. Le 31 octobre 1835, il écrivait au ministre François Guizot que ces fresques étaient « à peu près uniques en France » et constituaient le monument le plus ancien de l’art de la peinture dans le pays. C’est le même Mérimée qui imposera, deux ans plus tard, la réhabilitation de l’abbatiale de Conques.
| Date | Événement |
|---|---|
| Début du IXe siècle | Fondation de l’abbaye sous Charlemagne |
| 821 | Benoît d’Aniane y installe la règle bénédictine |
| 1010 | La donation d’Aumode finance l’église actuelle |
| 1598 | La charte de fondation disparaît pendant les guerres de Religion |
| 1820 | La foudre abat la flèche, la voûte se lézarde |
| 1836 | Premières réparations engagées par Mérimée |
| 1967-1974 | Restauration de la voûte, des peintures et des cryptes |
| 1983 | Inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO |
Voir les peintures aujourd’hui
Un établissement public créé en 2006 gère le site et la « Vallée des fresques ». Entre 2005 et 2008, un important chantier a amélioré la conservation des peintures, avec un éclairage par fibres optiques, la restauration des œuvres et la réfection des vitraux. C’est la condition de survie de ce type d’ensemble : la lumière et l’humidité y font plus de dégâts que les siècles.
Saint-Savin-sur-Gartempe rappelle une chose simple : ce qui nous reste de l’art roman tient souvent à une visite, une lettre, une décision administrative. Sans le passage d’un préfet en 1833, la voûte aurait sans doute disparu sous le badigeon.
À voir autour
- L’abbaye de Saint-Savin-en-Lavedan : l’homonyme pyrénéenne, posée sur un fort romain
- L’abbatiale de Conques : sauvée elle aussi par Mérimée
Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les abbayes et sanctuaires, le dossier La France vue du ciel et la rubrique Patrimoine.
Sources : notice de l’abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, Wikipédia en français ; liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
