Non, les chasseurs préhistoriques ne poussaient pas les chevaux du haut de la roche de Solutré

La roche de Solutré et les vignes du Mâconnais, en Saône-et-Loire
La roche de Solutré (Saône-et-Loire). Photo : Chabe01, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Tout le monde connaît l’image : des chasseurs préhistoriques poussant des troupeaux de chevaux du haut de la roche de Solutré. Elle est fausse. Cette « chasse à l’abîme » ne vient pas des fouilles, mais d’un roman publié au XIXe siècle, dont l’imaginaire populaire s’est emparé.

Ce que le site a réellement livré est plus intéressant. Au pied de cet escarpement calcaire de Saône-et-Loire, qui culmine à 493 mètres, se trouve l’un des gisements préhistoriques les plus riches d’Europe en ossements et en outils de pierre taillée.

1866 : des os de chevaux au Cros du Charnier

Les fouilles commencent en 1866 au lieu-dit du Cros du Charnier, sur un affleurement d’ossements de chevaux. À l’époque, personne n’imagine qu’il s’agit de vestiges préhistoriques : la discipline est naissante. Henry Testot-Ferry met rapidement au jour des foyers de l’âge du renne et des tombes en dalles brutes.

  • Des outils en silex : pointes de lance, « feuilles de laurier », grattoirs.
  • Un amas d’ossements : du renne surtout, mais aussi du cheval, de l’éléphant, du loup et du lion des cavernes.
  • Des foyers et des sépultures, qui attestent une occupation répétée du pied de la roche.
  • Une occupation humaine attestée depuis au moins 55 000 ans.

D’où vient la légende

La « chasse à l’abîme » n’a jamais figuré dans les publications scientifiques d’Henry Testot-Ferry. Elle apparaît dans un roman préhistorique d’Adrien Arcelin, Solutré ou les chasseurs de rennes de la France centrale. Il s’agit donc d’une fiction, qui a pris le pas sur les travaux savants au point de devenir, pour beaucoup, le récit officiel du site.

Ce glissement du roman vers la croyance est fréquent. On l’a vu à Montségur, où le trésor cathare et le Graal doivent beaucoup à la littérature du XIXe siècle, et à Carnac, où les menhirs ont été tour à tour attribués au Déluge et à un camp romain.

Une roche née dans une mer chaude

La roche elle-même est un phénomène géologique rare dans la région. Elle est issue, comme sa voisine de Vergisson, de massifs coralliens fossilisés apparus il y a environ 160 millions d’années dans les mers chaudes du Secondaire. Au Tertiaire, le soulèvement alpin fait s’effondrer le bassin de la Saône tandis que les plateaux de l’ouest basculent : l’érosion dégage alors les falaises côté ouest, tandis que les flancs est gardent des pentes douces.

DateÉtape
Il y a 160 millions d’annéesFormation des massifs coralliens à l’origine de la roche
Depuis au moins 55 000 ansOccupation humaine du site
1866Début des fouilles au Cros du Charnier
1909Classement d’un premier site remarquable du département
Années 1980Les ascensions de François Mitterrand rendent la roche célèbre
Du récif fossile au site préhistorique éponyme.

La forteresse oubliée du sommet

La préhistoire a éclipsé le reste de l’histoire du lieu. Le sommet de Solutré a pourtant porté une place forte, dotée d’un lourd donjon crénelé, dont la construction est attribuée à Raoul de Bourgogne vers 930. Le chapitre de Saint-Vincent de Mâcon en devient propriétaire après la donation de l’évêque Ador, en 970.

Le château change ensuite plusieurs fois de mains. En 1231, un chevalier nommé Guy Chevrier l’enlève au profit de Jean de Braine, comte de Mâcon, ce qui lui vaut d’être aussitôt excommunié par l’évêque Aymon. Deux siècles plus tard, il est la dernière place forte de la région à n’avoir pas été réduite par le duc de Bourgogne : la trêve signée à Mâcon le 4 décembre 1434 la lui rend.

Ce que l’on voit depuis le sommet

Le sommet abrite un milieu particulier, les pelouses calcicoles du Mâconnais, avec une faune et une flore spécifiques. Le site est protégé au titre de la loi sur les sites classés et porte le label Grand Site de France. Au pied de la roche s’étendent les vignes du pouilly-fuissé, dont Solutré est le berceau.

La roche de Solutré est devenue célèbre pour une scène qui n’a jamais eu lieu. Ce qu’il faut en retenir est plus solide : un point haut occupé sans interruption depuis des dizaines de milliers d’années, et un gisement qui a donné son nom à toute une période de la préhistoire européenne.

À voir autour

Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.

Sources : notice de la roche de Solutré, Wikipédia en français.

Questions fréquentes

Les chevaux étaient-ils précipités du haut de la roche ?

Non. Cette « chasse à l'abîme » n'apparaît dans aucune publication scientifique : elle vient du roman Solutré ou les chasseurs de rennes de la France centrale, d'Adrien Arcelin. L'imaginaire populaire s'en est emparé.

Qu'est-ce que le Solutréen ?

Un faciès culturel du Paléolithique supérieur, qui porte le nom du site : la roche de Solutré est un site éponyme. On y reconnaît notamment des pointes de lance et des « feuilles de laurier » en silex.

Qu'a-t-on trouvé au pied de la roche ?

Un amas considérable d'ossements, surtout de renne, mais aussi de cheval, d'éléphant, de loup et de lion des cavernes, ainsi que des foyers, des outils en silex et des tombes en dalles brutes.

Depuis quand le site est-il fréquenté ?

L'occupation humaine y est attestée depuis au moins 55 000 ans. Le gisement est considéré comme l'un des plus riches d'Europe en ossements et en vestiges de pierre taillée.

Pourquoi parle-t-on de François Mitterrand à Solutré ?

Parce que le président a rendu le site célèbre à partir des années 1980 par son ascension rituelle annuelle, accompagné de nombreux amis.
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