Mis à jour le 24 septembre 2026
Tout le monde connaît l’image : des chasseurs préhistoriques poussant des troupeaux de chevaux du haut de la roche de Solutré. Elle est fausse. Cette « chasse à l’abîme » ne vient pas des fouilles, mais d’un roman publié au XIXe siècle, dont l’imaginaire populaire s’est emparé.
Ce que le site a réellement livré est plus intéressant. Au pied de cet escarpement calcaire de Saône-et-Loire, qui culmine à 493 mètres, se trouve l’un des gisements préhistoriques les plus riches d’Europe en ossements et en outils de pierre taillée.
1866 : des os de chevaux au Cros du Charnier
Les fouilles commencent en 1866 au lieu-dit du Cros du Charnier, sur un affleurement d’ossements de chevaux. À l’époque, personne n’imagine qu’il s’agit de vestiges préhistoriques : la discipline est naissante. Henry Testot-Ferry met rapidement au jour des foyers de l’âge du renne et des tombes en dalles brutes.
- Des outils en silex : pointes de lance, « feuilles de laurier », grattoirs.
- Un amas d’ossements : du renne surtout, mais aussi du cheval, de l’éléphant, du loup et du lion des cavernes.
- Des foyers et des sépultures, qui attestent une occupation répétée du pied de la roche.
- Une occupation humaine attestée depuis au moins 55 000 ans.
D’où vient la légende
La « chasse à l’abîme » n’a jamais figuré dans les publications scientifiques d’Henry Testot-Ferry. Elle apparaît dans un roman préhistorique d’Adrien Arcelin, Solutré ou les chasseurs de rennes de la France centrale, paru en 1872. Il s’agit donc d’une fiction dont l’imaginaire populaire s’est emparé. Son incohérence a été démontrée depuis, notamment par la distance importante entre l’emplacement des ossements et le sommet de la roche.
Ce glissement du roman vers la croyance est fréquent. On l’a vu à Montségur, où le trésor cathare et le Graal doivent beaucoup à la littérature du XIXe siècle, et à Carnac, où les menhirs ont été tour à tour attribués au Déluge et à un camp romain.
Une roche née dans une mer chaude
La roche elle-même est un phénomène géologique rare dans la région. Elle est issue, comme sa voisine de Vergisson, de massifs coralliens fossilisés apparus il y a environ 160 millions d’années dans les mers chaudes du Secondaire. Au Tertiaire, le soulèvement alpin fait s’effondrer le bassin de la Saône tandis que les plateaux de l’ouest basculent : l’érosion dégage alors les falaises côté ouest, tandis que les flancs est gardent des pentes douces.
| Date | Étape |
|---|---|
| Il y a 160 millions d’années | Formation des massifs coralliens à l’origine de la roche |
| Depuis au moins 55 000 ans | Occupation humaine du site |
| 1866 | Début des fouilles au Cros du Charnier |
| 15 mars 1909 | Site le plus anciennement classé de Saône-et-Loire |
| Années 1980 | Les ascensions de François Mitterrand rendent la roche célèbre |
La forteresse oubliée du sommet
La préhistoire a éclipsé le reste de l’histoire du lieu. Le sommet de Solutré a pourtant porté une place forte, dotée d’un lourd donjon crénelé, dont la construction est attribuée à Raoul de Bourgogne vers 930. Le chapitre de Saint-Vincent de Mâcon en devient propriétaire après la donation de l’évêque Ador, en 970.
Le sommet de Solutré a pourtant porté une place forte, dotée d’un lourd donjon crénelé, dont la construction est attribuée à Raoul de Bourgogne vers 930.
Le château change ensuite plusieurs fois de mains. En 1231, un chevalier nommé Guy Chevrier l’enlève au profit de Jean de Braine, comte de Mâcon, ce qui lui vaut d’être aussitôt excommunié par l’évêque Aymon. Deux siècles plus tard, il est la dernière place forte de la région à n’avoir pas été réduite par le duc de Bourgogne : la trêve signée à Mâcon le 4 décembre 1434 la lui rend. Par un acte établi à Dijon le 22 décembre 1434, Philippe le Bon ordonne ensuite la destruction totale de la forteresse. Par un acte établi à Dijon le 22 décembre 1434, Philippe le Bon ordonne ensuite la destruction totale de la forteresse. Par un acte établi à Dijon le 22 décembre 1434, Philippe le Bon ordonne ensuite la destruction totale de la forteresse.
Ce que l’on voit depuis le sommet
Le sommet abrite un milieu particulier, les pelouses calcicoles du Mâconnais, avec une faune et une flore spécifiques. Le site est protégé au titre de la loi sur les sites classés et porte le label Grand Site de France. Au pied de la roche s’étendent les vignes du pouilly-fuissé, dont Solutré est le berceau.
La roche de Solutré est devenue célèbre pour une scène qui n’a jamais eu lieu. Ce qu’il faut en retenir est plus solide : un point haut occupé par l’être humain depuis au moins 55 000 ans, et un gisement qui a donné son nom à toute une période de la préhistoire européenne.
À voir autour
- La grotte du Mas-d’Azil : un autre site éponyme, qui a donné son nom à l’Azilien
- Les alignements de Carnac : trois siècles d’hypothèses fantaisistes
Pour aller plus loin : Le dossier La France vue du ciel et la rubrique Archéologie.
Sources : notice de la roche de Solutré, Wikipédia en français.

