Cent quarante-sept mètres quatre-vingts de diamètre : c’est la cote que retiennent les publications archéologiques pour le théâtre d’Autun, l’un des plus vastes de toute la Gaule romaine.
Le théâtre romain d’Autun est un monument de spectacles construit dans la seconde moitié du Ier siècle à Augustodunum, ville fondée peu avant le début de notre ère et l’une des rares de Gaule septentrionale à posséder une enceinte dès le Haut-Empire.
Un diamètre de 147,80 mètres, établi de longue date
Le diamètre de 147,80 mètres est une valeur établie de longue date, reprise par les publications archéologiques récentes. Converti dans les unités romaines, il équivaut à environ 500 pieds, le pied romain valant près de 29,6 centimètres. Aucune publication ne dit pour autant que l’édifice a été tracé sur ce module.
Cette dimension en fait le plus grand théâtre connu de Gaule : la publication archéologique consacrée en 2024 aux aditus du théâtre du Haut du Verger le désigne ainsi, « le plus grand des Gaules, avec son diamètre de 147,80 m ». Les classements restent fragiles : le théâtre de Mandeure est mesuré à 142 mètres dans Gallia en 2007 et à 150 mètres par des sources locales, et le théâtre de Pompée à Rome est généralement donné autour de 150 mètres.
La capacité, elle, est entièrement un calcul. Elle est estimée à environ 14 000 personnes sur la base d’une largeur de place de 40 centimètres par spectateur, et à près de 11 000 avec un ratio de 50 centimètres ; le catalogue de référence de Frank Sear, en 2006, retient pour sa part une fourchette de 11 100 à 13 800. Un théâtre antique ne livre jamais sa jauge : on la déduit de la longueur de gradin disponible.
| Caractéristique | Valeur | Ce que cela change |
|---|---|---|
| diamètre | 147,80 mètres | soit environ 500 pieds romains |
| capacité estimée | 11 000 à 14 000 places | 11 100 à 13 800 chez Sear, 2006 |
| gradins | 41 | en trois séries séparées par un palier |
| escaliers rayonnants | 15 | dont 8 partent du palier intermédiaire |
| enceinte d’Augustodunum | près de six kilomètres | environ 200 hectares enclos |
| protection | première liste de 1840 | avec la pyramide de Couhard et le temple de Janus |
Une colline qui fait le gros du travail
Le théâtre est adossé à une colline descendant vers l’Arroux, et cette disposition explique sa géométrie. Elle permet de limiter les travaux de maçonnerie en faisant porter les premiers gradins par le sol naturel.
Elle a une conséquence visible sur le plan de la ville : selon l’interprétation des archéologues qui ont relevé le monument, l’axe du théâtre ne respecte pas celui de la voirie d’Augustodunum, contrairement à l’amphithéâtre, construit tout près.
La cavea comprend trois séries de gradins. La plus proche de l’orchestra repose sur la colline, les deux autres sont construites sur des murs rayonnants, un portique régnant tout en haut. Un palier annulaire de circulation sépare le premier groupe des deux suivants.
Quinze escaliers rayonnants, dont huit ne partent pas du bas de la cavea.
Un rideau qui se replie dans une fosse
Le détail technique le plus parlant se trouve devant la scène. L’existence d’une fosse dans laquelle le rideau était replié pendant les représentations a été mise en évidence, dispositif comparable à celui étudié sur le théâtre de Lyon.
La scène elle-même a en grande partie disparu, mais elle devait occuper toute la largeur de l’orchestra. Ses substructions, observées au début du XIXe siècle, n’ont pas fait l’objet d’études ultérieures.
La construction fait appel exclusivement à des maçonneries en petit appareil de moellons, aux joints de grande qualité, et aucune terre cuite, ni tuile ni brique, n’y a été observée. C’est une information de datation autant que de technique.
Un quartier des spectacles au bord de la ville
Le théâtre et l’amphithéâtre ont été construits tout près l’un de l’autre, dans ce qui semble être une zone réservée de la ville, un cas qui n’est pas unique en Gaule. Les deux paraissent pouvoir être datés de l’époque flavienne, sans qu’aucune preuve formelle n’en soit apportée.
Le secteur qui porte le théâtre descend vers le ruisseau d’Accoron, et il a fallu le remblayer. À cet endroit, l’enceinte de la ville joue le rôle de mur de soutènement : le rempart ne sert pas seulement à défendre, il retient la terre sur laquelle on construit.
Cette organisation dit comment une ville romaine se fabrique. On enclôt d’abord un périmètre très large, on groupe les grands monuments publics, puis on laisse l’urbanisation remplir l’espace, en repoussant les activités salissantes au-delà des murs.
Carrière, puis salle de spectacle
Le théâtre n’est pas abandonné avant le Ve siècle, période à laquelle des constructions prennent place dans l’orchestra. Il sert ensuite de carrière de pierre dès le Moyen Âge, sort commun à beaucoup de grands monuments antiques.
La restauration intervient au début du XXe siècle, et une partie des gradins est alors restituée. Dès 1909, l’édifice peut à nouveau accueillir des manifestations culturelles, soit sa vocation d’origine. Une autre campagne importante, accompagnée de fouilles, se déroule de 1933 à 1938.
La protection est plus ancienne encore : le théâtre figure sur la première liste des monuments historiques protégés, en 1840, au même titre que deux autres monuments antiques d’Autun, la pyramide de Couhard et le temple de Janus.
Rendre un théâtre antique à sa fonction n’est pas une évidence patrimoniale. Cela suppose de restituer des gradins, donc d’ajouter de la pierre neuve à un monument classé, et d’accepter l’usure que des milliers de spectateurs infligent chaque été à un ouvrage de deux mille ans. Autun a fait ce choix il y a plus d’un siècle.
Un second théâtre repéré depuis le ciel : en 1976, la prospection aérienne de René Goguey révèle un autre théâtre à l’extérieur de l’enceinte antique, sur le site du Haut-du-Verger. Goguey en estimait alors le diamètre à 134 mètres ; les fouilles conduites depuis l’ont ramené à 116 mètres, nettement moins que le théâtre de la ville. Construit au milieu du Ier siècle puis agrandi à la fin du même siècle, il est progressivement abandonné et récupéré comme carrière dans le dernier quart du IIIe siècle, une monnaie de Victorin ayant été trouvée dans ces niveaux.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, l’hémicycle se lit entièrement, ce qui n’est pas le cas au sol où seuls quelques rangs de gradins subsistent. La courbe complète apparaît, et avec elle l’échelle du monument par rapport à la ville actuelle.
La vue montre aussi l’enceinte. Augustodunum était close par une muraille de près de six kilomètres de périmètre, l’une des plus étendues de Gaule pour le Haut-Empire, qui jouait à cet endroit le rôle de mur de soutènement pour les remblais du théâtre.
Elle rend enfin visible le vide. Les quelque 200 hectares enclos par cette enceinte ne se sont remplis que peu à peu, et les activités artisanales ont été repoussées hors les murs : une ville romaine se dessine d’abord par ses limites, puis se remplit.
À voir autour
- Le théâtre de Mandeure : un diamètre donné entre 142 et 150 mètres
- Le théâtre d’Orange : un mur de scène de 103 mètres
- Le théâtre antique de Lyon : dix mille places et une erreur de nom
Pour aller plus loin : La rubrique Archéologie.
Sources : base POP du ministère de la Culture, notice Mérimée PA00113102, classement par liste de 1840 ; Paul-Marie Duval et Pierre Quoniam, « Relevés inédits des monuments antiques d’Autun », Gallia, 21-1, 1963 ; Frank Sear, Roman Theatres: An Architectural Study, Oxford University Press, 2006 ; Filipe Ferreira et Nicolas Delferrière, « Les aditus du théâtre du Haut du Verger à Autun », MOM Éditions.

