Cent cinquante mètres de diamètre, quatre étages de gradins, une façade de trente mètres de haut. Le plus grand théâtre gallo-romain connu en France n’est pas à Orange ni à Arles, mais dans le Doubs, à moins de sept kilomètres de Montbéliard.
Le théâtre de Mandeure a été érigé au Ier siècle, dans la cité antique d’Epomanduodurum. Il est donc contemporain du Colisée de Rome. Il a été découvert en 1819, fouillé en 1820 puis à partir de 1946, et il est protégé au titre des monuments historiques.
Un théâtre qui organisait la ville autour de lui
Le théâtre faisait partie d’un grand ensemble cultuel, dit du clos du château, qui s’étendait sur plus de dix hectares et faisait face à un imposant sanctuaire. Il n’était pas un équipement posé en marge de la cité : il en était l’une des constructions majeures, et il a joué un rôle déterminant dans son organisation. D’autres bâtiments, beaucoup plus modestes, sont alignés sur lui.
Sa construction semble s’être déroulée en trois phases. L’une des hypothèses avancées est qu’il ait succédé à une arène, ce qui ne serait pas un cas unique. L’édifice aurait alors changé d’usage avant de changer de forme.
La date d’abandon n’est pas connue. Ce qui est établi, c’est qu’à partir du IVe siècle les matériaux du théâtre sont prélevés pour d’autres constructions, en particulier les fortifications du Bas-Empire. Un monument de cette taille, dans une région qui se fortifie, devient une carrière commode.
Reste une question que la taille de l’édifice rend difficile à éviter. Un théâtre de quinze à dix-huit mille places suppose un public. Epomanduodurum, ville des Séquanes étudiée conjointement avec la commune voisine de Mathay, était précisément une agglomération importante, la deuxième du territoire séquane après Vesontio, l’actuelle Besançon, et les fouilles lui donnent une surface urbaine maximale d’environ 435 hectares. Le complexe cultuel du clos du château, autour du théâtre, apparaît comme le plus important de l’agglomération.
Le bilan de quatre années de recherches à Mandeure et Mathay a été publié dans la revue Gallia en 2007, et le site a été mis en regard de ceux d’Avenches, de Luxeuil, d’Augst et de Besançon lors des premières Journées archéologiques frontalières de l’arc jurassien. Le théâtre n’est que la pièce la plus visible d’un ensemble qui déborde largement le village actuel.
À partir du IVe siècle, le théâtre sert de carrière aux fortifications du Bas-Empire.
Cent cinquante mètres, et une façade qu’on croyait absente
Les dimensions placent Mandeure en tête. Avec 150 mètres de diamètre et une capacité estimée entre 15 000 et 18 000 places, c’est le plus grand théâtre gallo-romain connu sur le territoire français, devant celui d’Autun et ses 148 mètres. L’édifice est adossé à une colline, construit pour partie sur le rocher et pour partie sur des substructions maçonnées.
Le point le plus intéressant est une erreur longtemps admise. On a cru pendant des décennies que ce théâtre n’était pas pourvu de mur de scène. Les fouilles récentes ont mis en évidence une fermeture continue sur toute la façade diamétrale.
Cette façade atteignait 30 mètres de hauteur et se composait d’arcades en grand appareil, dans un style typique de l’Empire romain. Elle se divisait en trois parties : les parties nord et sud, symétriques, comptaient chacune neuf arcades, tandis que la partie centrale ne semblait pas ajourée et restait moins haute que les ailes. Cette disposition fait de Mandeure un théâtre romain dit classique, et non un théâtre de tradition gauloise.
Les gradins étaient répartis sur quatre étages. Ils s’appuyaient en partie sur la colline et recouvraient un dédale d’escaliers et de couloirs, ainsi que des équipements techniques : des loges, et des espaces de stockage des décors. La scène se composait d’un orchestra semi-circulaire, de dimension réduite par rapport à l’ensemble des gradins et couvert d’un dallage calcaire, et d’un pulpitum rectangulaire accolé à la façade diamétrale.
Un détail achève de dire l’ambition du lieu. Le théâtre était relié à un bâtiment dont la fonction reste inconnue par une galerie de plus de cinquante mètres de long sur cinq de large. On y a trouvé des fragments de colonnes et des objets issus d’offrandes, ce qui donne à l’ensemble un caractère monumental. La décoration couvrait 360 mètres de façades linéaires sur trois niveaux, avec des éléments communs à d’autres constructions contemporaines : colonnes, ordre corinthien, pilastres, entablement à moulure lisse, corniches à modillons.
| Caractéristique | Mandeure | Comparaison |
|---|---|---|
| diamètre | 150 m | Autun, 148 m |
| capacité estimée | 15 000 à 18 000 places | le plus grand connu en France |
| hauteur de la façade diamétrale | 30 m | arcades en grand appareil |
| étages de gradins | quatre | appuyés en partie sur la colline |
| décoration | 360 m de façades linéaires | répartis sur trois niveaux |
| galerie de liaison | plus de 50 m sur 5 | vers un bâtiment non identifié |
Deux siècles de fouilles interrompues
L’histoire archéologique du site est faite d’arrêts. Schickhardt l’identifie comme site archéologique dès le XVIIe siècle, mais rien ne suit. Le théâtre est découvert en 1819, fouillé en 1820, et les travaux s’étirent ensuite sans continuité. Entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, les fouilles sont interrompues faute de crédits. Elles reprennent en 1946.
Les protections, elles, arrivent tôt. Le site sur lequel se trouve le théâtre est classé depuis le 23 mai 1912, et cette zone est intégrée en 1972 à un site inscrit de 50 hectares. Le théâtre lui-même fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le 12 mars 1964.
Aujourd’hui, l’édifice est dans un remarquable état de conservation. On peut s’y rendre et le visiter, mais l’accompagnement pédagogique fait encore défaut. Un pavillon archéologique d’accueil et d’exposition, comprenant une galerie de circulation et d’exposition ainsi qu’un petit jardin pédagogique, est en projet.
Ce que la vue d’ensemble montre
D’en haut, l’hémicycle se détache nettement du tissu de la commune, et l’on comprend d’un coup d’œil pourquoi les bâtiments voisins s’alignent sur lui. Le théâtre n’est pas inséré dans un plan : c’est lui qui donne le plan.
La vue montre aussi l’usage du relief. Adossé à sa colline, l’édifice est construit pour partie sur le rocher, et pour partie sur des substructions maçonnées. C’est le compromis habituel des théâtres de Gaule, appliqué ici à une échelle qu’aucun autre n’a atteinte dans le pays.
Elle rappelle enfin ce qui manque. Face au théâtre se tenait un imposant sanctuaire, dans un ensemble cultuel de plus de dix hectares. La façade de trente mètres a disparu, prélevée pierre par pierre à partir du IVe siècle. Ce que l’on voit est l’empreinte, pas le monument.
À voir autour
- Le théâtre antique d’Orange : un mur de scène de 103 mètres
- Le théâtre antique de Lyon : dix mille places et une erreur d’identification
- Les arènes de Nîmes : un castrum installé dans l’amphithéâtre
Pour aller plus loin : Le dossier Doubs et la rubrique Archéologie.
Sources : notice du théâtre gallo-romain de Mandeure, Wikipédia en français ; Gallia, 64, 2007.

