Des reliques volées à Agen et un tympan de 124 personnages : ce qui a fait la fortune de Conques

Le tympan du Jugement dernier de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques, dans l'Aveyron
Le tympan de l'abbatiale Sainte-Foy de Conques (Aveyron). Photo : GO69, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Conques, dans l’Aveyron, doit sa fortune à un vol. Au IXe siècle, un moine de l’abbaye dérobe à Agen les reliques de sainte Foy, et les pèlerins affluent. L’abbatiale romane bâtie pour les accueillir porte l’un des tympans les plus célèbres de France : 124 personnages autour du Jugement dernier.

L’abbatiale Sainte-Foy est considérée comme un chef-d’œuvre de l’art roman du sud de la France, et comme le prototype d’autres grandes églises de pèlerinage, de Saint-Sernin de Toulouse à la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Elle est inscrite depuis 1998 au patrimoine mondial, au titre des chemins de Compostelle, comme le pont Valentré de Cahors.

Un ermitage devenu abbaye impériale

Selon des récits en partie légendaires, l’ermite Dadon s’installe vers 790 dans ce lieu désert et y fonde un ermitage, qui devient monastère. En 819, l’empereur Louis le Pieux place le monastère sous sa protection et lui donne une dizaine d’églises. L’abbaye adopte la règle bénédictine, qu’elle suit jusqu’en 1537.

La « translation furtive » des reliques

Au IXe siècle, les reliques assurent protection et prospérité à une communauté. Deux récits du XIe siècle racontent qu’un moine de Conques, Aronisde, passe dix ans à Agen pour endormir la méfiance des habitants. Un soir d’Épiphanie, il dérobe les reliques de sainte Foy, une martyre enfant, dans l’église dont il avait la garde. Ce pieux larcin porte un nom pudique : la « translation furtive ». Les reliques arrivent à Conques un 14 janvier, entre 866 et 887.

Vers 900, le corps est placé dans une châsse, et le crâne dans une majesté, la statue-reliquaire qui fait aujourd’hui la renommée du trésor. Les miracles attribués à la sainte intensifient le pèlerinage, au point qu’il faut agrandir l’église à plusieurs reprises. L’abbé Odolric lance en 1041 la construction de l’abbatiale romane actuelle.

Le tympan du Jugement dernier

Le tympan est tenu pour l’une des œuvres fondamentales de la sculpture romane. Un dicton aveyronnais affirme que qui n’a pas vu le portail de Conques, comme le clocher de Rodez ou l’église d’Albi, n’a rien vu.

  • 24 blocs de calcaire jaune, sculptés avant la pose puis repris.
  • 3 registres : les mondes souterrains, le monde terrestre, les cieux.
  • 29 scènes et 124 personnages, qui gardent des traces de polychromie.
  • Un thème unique : le Jugement dernier, d’après l’Évangile selon Matthieu, avec le paradis à la droite du Christ et les enfers à sa gauche.
DateÉvénement
Vers 790L’ermite Dadon s’installe sur le site
819Louis le Pieux prend le monastère sous sa protection
Entre 866 et 887Arrivée des reliques de sainte Foy
1041Début de l’abbatiale romane actuelle
1837Prosper Mérimée impose la réhabilitation du site
1873Installation des Prémontrés
1994Pose des vitraux de Pierre Soulages
1998Inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO
Douze siècles d’histoire d’un lieu de pèlerinage.

Abandonnée, puis sauvée par Mérimée

L’abbatiale souffre d’un incendie en 1568, et son cloître abandonné sert de carrière de pierre aux villageois. Comme à l’abbaye de Saint-Savin, c’est Prosper Mérimée, inspecteur général des monuments historiques, qui impose la réhabilitation du site, en 1837. Les premières réparations durent jusqu’en 1849. En 1873, l’évêque de Rodez y installe les Prémontrés, qui en ont toujours la charge.

Depuis 1994, l’intérieur est éclairé par les vitraux de Pierre Soulages, un enfant du pays. Loin de trahir l’édifice roman, ils en modulent la lumière. Conques résume ainsi l’histoire des grandes fondations religieuses du Sud-Ouest : une origine en partie légendaire, une prospérité bâtie sur le pèlerinage, un déclin, puis une renaissance portée par l’État et les artistes.

À voir autour

Pour aller plus loin : Notre page de référence sur les abbayes et sanctuaires, le dossier L’Aveyron vu du ciel et la rubrique Patrimoine.

Sources : notice de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques, Wikipédia en français ; base Mérimée des monuments historiques ; liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Questions fréquentes

Comment les reliques de sainte Foy sont-elles arrivées à Conques ?

Selon deux récits du XIe siècle, un moine de Conques, Aronisde, passe dix ans à Agen pour gagner la confiance des habitants, puis dérobe les reliques un soir d'Épiphanie. On parle pudiquement de « translation furtive ». Elles arrivent à Conques un 14 janvier, entre 866 et 887.

Que représente le tympan de Conques ?

Le Jugement dernier, d'après l'Évangile selon Matthieu. Il est sculpté sur 24 blocs de calcaire jaune, en trois registres, avec 29 scènes et 124 personnages qui gardent des traces de couleur.

Qui a réalisé les vitraux de l'abbatiale ?

Le peintre Pierre Soulages, originaire de la région. Ses vitraux éclairent l'intérieur de l'édifice depuis 1994.

L'abbatiale est-elle protégée ?

Elle est classée monument historique depuis la liste de 1840 et inscrite depuis 1998 au patrimoine mondial de l'UNESCO, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France.

Qui occupe l'abbatiale aujourd'hui ?

Depuis 1873, elle est confiée aux frères de l'ordre de Prémontré. Elle est actuellement un prieuré de l'abbaye Saint-Martin-de-Mondaye.
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