Le pont de Tréboul, deux arches des quatorzième et quinzième siècles, a été inscrit au titre des monuments historiques le 19 mai 1927. Sept ans plus tard, le barrage qui allait le noyer était mis en service.
Ce qui l’a noyé est la retenue du barrage de Sarrans, mise en service en 1934. Le pont avait été inscrit au titre des monuments historiques, puis la retenue l’a submergé ; la mise en service du barrage date de sept ans après l’inscription.
Nous ne savons pas ce qu’est devenue la protection au moment de la mise en eau : ni l’arrêté de 1927, ni l’autorisation de construire de 1928, ni une éventuelle dérogation n’ont été lus, et nous ne disons donc pas que la submersion était ou non régulière. La notice nationale ne mentionne ni le barrage ni la submersion.
Inscrit en 1927, submergé par un barrage mis en service en 1934.
Une première correction : ce pont n’est pas en Aveyron
Certaines pages que nous avons lues placent Tréboul en Aveyron ou parlent d’un pont qui relie le Cantal à l’Aveyron, par association avec le barrage. Le pont de Tréboul, lui, relève des communes de Lieutadès et de Sainte-Marie, dans le Cantal, selon la notice nationale ; pour le hameau, un blog le dit de la commune de Sainte-Marie. Seul le barrage lui-même se trouve en Aveyron.
La Truyère sert ici de limite, et la retenue s’étend donc sur deux départements. Une confusion de ce genre n’a l’air de rien, mais elle égare quiconque cherche les archives : elles ne sont pas dans le même dépôt.
Quant au barrage, nous ne lui connaissons aucune protection patrimoniale. L’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices, ne rend rien pour Sarrans, et les cinq notices de Brommat concernent des églises, des maisons et un château. L’export du label consacré à l’architecture contemporaine remarquable, 1 841 notices, ne rend rien non plus pour Sarrans, Brommat ou la Truyère.
La vidange de 2014, et pourquoi elle n’est pas décennale
En 2014, la retenue a été vidée entièrement, et l’exploitant parle de vestiges de l’ancien pont gothique de Tréboul révélés à l’occasion de la vidange. L’exploitant l’a documenté au printemps puis à l’automne, et l’agence départementale du tourisme en a fait un événement dès le mois de mai.
Mais la formule de vidange décennale, qui circule partout, déforme ce qui s’est passé. Ce qui est décennal, dit l’exploitant lui-même, c’est le contrôle des parties immergées de l’ouvrage. La vidange totale n’est que l’un des trois procédés permettant ce contrôle, les autres faisant appel à des robots. Dans le passage que nous avons lu de l’arrêté du 16 juin 2009, l’examen technique complet est défini sans que la vidange soit imposée ; la périodicité de dix ans, nous ne l’avons lue que chez l’exploitant, dont la brochure de 2015 range pourtant la vidange elle-même parmi les opérations obligatoires tous les dix ans.
Le calendrier annoncé n’a d’ailleurs pas été celui réalisé : le dossier de l’exploitant prévoyait de mai à octobre, l’opération a commencé le 15 avril et le remplissage a repris dès le 23 octobre. Nous donnons les deux, car l’écart entre un calendrier prévu et un calendrier réel est en soi une information.
| Élément | Ce qui est établi | Source |
|---|---|---|
| Pont de Tréboul | deux arches, quatorzième et quinzième siècles | notice nationale PA00093645 |
| Protection | inscrit le 19 mai 1927 | même notice, source unique |
| Mise en service du barrage | 1934 | documentation de l’exploitant |
| Réapparition du pont | vidange de 2014 | exploitant et agence du tourisme |
| Département du pont | Cantal | communes de Lieutadès et Sainte-Marie |
| Protection du barrage | aucune notice | deux exports nationaux interrogés |
Un chiffre que nous ne reprenons pas : les cinquante mètres d’eau qui recouvriraient le pont. Cette valeur est attribuée à un journaliste par un site de culture générale qui relaie un reportage de télévision que nous n’avons pas vu, sans mesure ni source. Nous n’avons fait aucun relevé altimétrique nous-mêmes, et nous préférons ne rien avancer plutôt que de propager un ordre de grandeur invérifié.
Un barrage conçu pour une époque de grands chantiers
Sarrans a été mis en service en 1934, un an après l’inauguration de l’usine de Brommat, en 1933, selon la mairie de Brommat. L’exploitant en fait, avec Brommat, le plus gros complexe hydroélectrique d’Europe de l’époque, ce que nous n’avons pas recoupé.
Sarrans possède sa propre centrale au pied du barrage, quatre groupes pour cent quatre-vingt-trois mégawatts selon l’exploitant. L’usine de Brommat, inaugurée en 1933, est une autre installation, alimentée par la retenue de Labarthe, en aval ; sa puissance par groupe varie d’une source à l’autre, de vingt-neuf à trente-quatre mégawatts. Nous ne tranchons pas, faute de document primaire lisible : les pages de l’exploitant refusent les robots, et la revue technique d’époque n’est pas accessible.
On lit souvent que cet ensemble aurait alimenté les premières grandes liaisons électriques françaises en 1933 et 1934. L’affirmation est séduisante et nous ne la reprenons pas : la seule trace que nous ayons trouvée est un blogue, sans référence ni archive, ce qui ne suffit pas pour un fait de cette portée.
Des chiffres qui ne s’accordent pas
Ce dossier est un bon exemple de la prudence que demandent les ouvrages d’exploitants, dont la documentation se contredit parfois d’un document à l’autre.
- La hauteur est donnée à cent cinq mètres par l’exploitant, sans préciser la référence, et à 113,20 mètres par un document technique rédigé par ses propres ingénieurs.
- La capacité de la retenue vaut trois cents millions de mètres cubes dans les documents de l’exploitant, deux cent quatre-vingt-seize dans une base privée d’ouvrages d’art et dans des pages reprenant ce chiffre.
- Le rang de la retenue est donné huitième de France en 2013, et cinquième lac artificiel en 2015, par le même exploitant.
- La date du quatrième groupe de la centrale est donnée 1973, 1981 ou 1985 dans un seul et même dossier.
Sur les vidanges précédentes, le désaccord est plus troublant encore : l’exploitant donne 1979 comme la dernière vidange totale avant 2014, un site tiers écrit que la première eut lieu en 1982, et une photographie de l’exploitant, légendée 1949, montre le barrage vidangé, sans qu’on sache si elle était totale. Nous ne tranchons pas.
Quant aux habitants de Tréboul, nous n’avons trouvé aucune source primaire datée. Des valeurs circulent sur des blogs et des pages touristiques, sans référence ni source datée. Nous n’en retenons aucune.
Vu d’en haut, le lac de Sarrans est un ruban sombre qui épouse les méandres d’une vallée encaissée, sur des kilomètres. Rien n’y trahit qu’un pont médiéval protégé par l’État dort au fond, et que la seule façon de le revoir est de vider entièrement la retenue, ce qui n’arrive pas tous les dix ans.
Sources : export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques du ministère de la Culture, 46 761 notices, notice PA00093645 pour le pont de Tréboul et son inscription du 19 mai 1927, et export du label d’architecture contemporaine remarquable, 1 841 notices, pour l’absence de protection du barrage ; documentation de l’exploitant du barrage, consultée dans des copies archivées du web, le site de l’exploitant refusant l’accès aux robots, pour la mise en service, la vidange de 2014, le caractère décennal du contrôle et les caractéristiques de l’ouvrage ; communication de l’agence départementale du tourisme de l’Aveyron, mai 2014, pour la réapparition du pont ; répertoire officiel des communes pour la localisation du pont dans le Cantal. L’arrêté d’inscription de 1927 n’a pas été lu, non plus que les arrêtés préfectoraux de 2014, et aucune source primaire datée n’a été trouvée sur les habitants de Tréboul.

