Dans les basses gorges du Verdon, en amont du lac d’Esparron, une ligne de flotteurs barre l’eau à dix mètres d’une paroi. Elle protège l’entrée d’une grotte où des chauves-souris mettent bas.
Le dispositif est adossé à un arrêté de protection de biotope pris en décembre 2009. Ce type d’acte est l’un des plus discrets du droit de l’environnement : il ne crée ni réserve ni parc, il protège un milieu précis, ici une grotte dont, selon l’arrêté de 2024, il interdit la pénétration, et c’est tout.
Sur l’importance du site, un conseil scientifique régional a tranché dans un avis de 2022 : il le qualifie de majeur à l’échelle régionale et nationale pour le murin de Capaccini, une espèce qui chasse au ras de l’eau. Une revue naturaliste y décrivait en 2013 une colonie de mise bas de plusieurs centaines de femelles.
Dix mètres de flotteurs entre les bateaux et une colonie de mise bas.
Ce que nous ne pouvons pas prouver
Une réserve de méthode s’impose, et elle porte sur un point précis. Les deux publications qui décrivent la colonie reposent sur les mêmes campagnes de comptage, menées par les mêmes équipes : elles convergent sans se vérifier l’une l’autre.
Plus délicat encore, l’identité entre la grotte de reproduction décrite par les naturalistes et la grotte visée par l’arrêté de biotope est une déduction, fondée sur la concordance des lieux, et non une identité écrite par un document, même si l’avis de 2022 dit lui-même que la grotte de reproduction connue à Esparron est protégée par un arrêté de biotope, sans la nommer. Nous la signalons plutôt que de la masquer.
Enfin, la page du parc naturel régional qui présente le dispositif n’est qu’une reprise de l’arrêté : elle compte pour une source avec lui, pas pour une seconde.
Accoster est interdit, débarquer est possible
Un arrêté interpréfectoral de juillet 2024 interdit l’accostage et le bivouac dans les basses gorges. Nous avons lu son article sur le document scanné, puis relu l’image pour en vérifier la formulation.
Sa portée mérite d’être posée exactement. Il encadre les usages du public. Les exceptions viennent du règlement de 2018 qu’il modifie : celui-ci ne s’applique ni à l’exploitant hydroélectrique, ni aux services chargés d’une mission de sécurité publique, de secours, de police ou de service public, ni à l’entretien des ouvrages. Une interdiction administrative vaut pour ceux qu’elle désigne, et pour ces usages-là seulement.
L’idée reçue que nous écartons : celle de rives qu’on ne pourrait atteindre que par l’eau. Nous avons mesuré, sur les données géographiques nationales, qu’aucun point de la rive du bras amont n’est à plus de quatre cent soixante-neuf mètres d’un chemin ou d’un sentier, dont ceux de l’ancien canal. Il est vrai, en revanche, qu’aucune route revêtue ne s’en approche à moins d’un kilomètre sur environ six kilomètres de chaque rive. Ce qui empêche d’y débarquer est une règle, pas un relief.
Les moteurs, et ce que le texte ne dit pas
Même exercice pour la navigation, où les résumés circulants sont plus sévères que les textes. Le moteur thermique est exclu pour le public et pour la location. Il ne l’est ni pour les missions nommées, ni pour l’exploitant. Le transport de passagers électrique reste autorisé à Esparron.
Et ce que le texte ne nomme pas, il ne l’interdit pas : kayaks, pédalos, bateaux électriques et planches n’y figurent pas. La baignade, elle non plus, n’est pas interdite en permanence dans les basses gorges, contrairement à ce que laissent croire certaines présentations.
Nous relevons d’ailleurs que le résumé publié par le parc contredit l’arrêté sur deux points, l’embarquement et le thermique. Quand un résumé et un acte divergent, c’est l’acte qui fait foi.
| Élément | Ce qui est établi | Source |
|---|---|---|
| Grotte à chauves-souris | arrêté de protection de biotope, décembre 2009 | visa de l’arrêté |
| Fermeture matérielle | ligne de flotteurs à dix mètres de l’entrée | arrêté et parc régional |
| Importance du site | majeur aux échelles régionale et nationale | conseil scientifique, avis de 2022 |
| Accostage et bivouac | interdits au public dans les basses gorges | arrêté interpréfectoral, juillet 2024 |
| Distance aux sentiers | au plus 469 mètres de toute la rive | notre mesure sur les données nationales |
| Monuments historiques | le château seul dans la commune | export national, 46 761 notices |
Des chiffres qui ne mesurent pas la même chose
Ce lac est un cas d’école pour les grandeurs mal recopiées. Sa superficie est donnée à deux cent cinquante-six, trois cent dix ou trois cent vingt-huit hectares selon la publication, et notre propre mesure donne trois cent dix-sept. Chacune porte sur un contour différent.
Sa profondeur est donnée à cinquante-quatre mètres et à quarante-sept mètres dans un même document d’une agence de l’eau. Et le marnage, cette variation de niveau qui n’a rien d’une marée, est annoncé à plus de cinq mètres hors saison estivale par une publication de 2013, et à un mètre et demi par une autre, bien plus ancienne.
- La longueur des gorges est donnée à huit, neuf ou onze kilomètres selon les pages touristiques.
- Le barrage est souvent dit le dernier des cinq du Verdon : cela signifie le plus en aval, et non le plus récent.
- Nous ne donnons aucune date pour l’ancien canal du Verdon : les valeurs trouvées ne sont pas recoupées.
Côté patrimoine bâti, l’export national des immeubles protégés est sobre : pour la commune d’Esparron-de-Verdon, le château seul, avec un donjon classé et des façades inscrites le 6 mars 1979, puis une aile nord inscrite le 18 janvier 2013. En aval, à Quinson, la Baume Bonne et l’abri Donner sont inscrits depuis le 7 avril 1992, et un village déserté classé depuis le 28 juin 1993. Ni le barrage, ni le lac, ni le canal n’y figurent.
Vu d’en haut, le lac d’Esparron se termine en lame : un bras étroit qui s’enfonce entre deux parois, de plus en plus serré, jusqu’à devenir une fente verte dans le calcaire. C’est là que la drome barre l’eau devant la grotte. Trois cent soixante-dix-neuf habitants vivent dans la commune d’Esparron-de-Verdon, et les comptages publiés en 2013 évoquent plusieurs centaines de femelles dans la grotte.
Sources : arrêté de protection de biotope de décembre 2009, par son visa ; arrêté interpréfectoral de juillet 2024 pour l’interdiction d’accostage et de bivouac, lu sur le document scanné puis relu sur l’image ; avis d’un conseil scientifique régional de protection de la nature, 2022, pour l’importance du site ; revue d’un conservatoire d’espaces naturels, 2013, pour la colonie de mise bas, source non indépendante de la précédente ; données géographiques nationales pour la mesure des distances aux chemins, faite pour ce dossier ; export national des immeubles protégés du ministère de la Culture, 46 761 notices, pour les protections ; institut national de la statistique pour la population. L’arrêté de biotope lui-même n’a pas été lu, seulement son visa, et l’identité entre la grotte protégée et la grotte de reproduction est une déduction.

