Rempli en totalité seulement en 1977, dix-sept ans après la mise en eau de 1960, à cause de fuites : le barrage de Roselend, en Savoie

Le barrage de Roselend et sa retenue, dans le Beaufortain, en Savoie
Le barrage de Roselend : une voûte au centre, des contreforts de chaque côté. Photo : Opsylac, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le barrage de Roselend, dans le Beaufortain, a été mis en eau à partir de 1960. Il a fallu attendre 1977 pour que sa retenue se remplisse entièrement une première fois : dix-sept ans.

La cause n’est pas un manque d’eau mais des fuites, situées dans l’appui de rive gauche, c’est-à-dire là où l’ouvrage prend appui sur le versant. La monographie du comité français des barrages et réservoirs date ce premier remplissage total de 1977.

Un ingénieur, ancien d’EDF de 1948 à 1977, publiant en 2009 dans une revue d’histoire des sciences de la terre, écrit que le remplissage complet n’a été autorisé qu’après l’ajout d’une plinthe au pied amont du mur à contreforts. Il ne parle pas de fuites, et ses mots ne sont pas ceux de la monographie, qui décrit un tapis amont en béton armé posé de 1971 à 1977 : nous ne savons pas si les deux désignent le même ouvrage.

Un barrage terminé, et dix-sept ans avant qu’on ose le remplir en entier.

Ce que nous ne pouvons pas doubler

Une réserve de méthode s’impose, et nous préférons la poser d’emblée. La date de 1977, l’écart de dix-sept ans et la cause par des fuites ne viennent que de la monographie du comité des barrages : le second auteur ne donne que le remède, une plinthe à l’amont, et ne date pas l’autorisation.

Plus gênant encore, les deux textes renvoient à une même référence technique de 1986 que nous n’avons pas pu lire. Leur convergence est donc réelle sur le fond, mais elle n’est pas une double vérification au sens strict.

Nous publions néanmoins le fait, parce qu’il est cohérent avec la seconde publication pour le remède et qu’aucune source que nous ayons lue ne le contredit ; la brochure de l’exploitant, elle, ne mentionne pas les fuites. Mais le lecteur doit savoir sur quoi il repose.

Pas une voûte seule, pas des contreforts seuls : les deux

Le profil de l’ouvrage déroute quiconque s’arrête sur la route du col. Ce n’est pas un défaut de perception : Roselend n’appartient pas à un type unique.

L’exploitant décrit une voûte à double courbure au centre et des contreforts de chaque côté, en employant lui-même le mot juxtaposition. Le comité des barrages le code d’ailleurs avec deux sigles accolés, l’un pour la voûte, l’autre pour les contreforts. Et l’ingénieur de 2009, ancien d’EDF mais publiant hors de l’exploitant, écrit ouvrage mixte.

Sur ce point précis, deux voix concordent : l’exploitant et le comité des barrages comptent pour une seule, puisque le second reprend des données du premier, et le troisième texte est d’un autre auteur, qui a lui-même travaillé à EDF jusqu’en 1977.

ÉlémentCe qui est établiSource
Mise en eauà partir de 1960monographie du comité des barrages
Premier remplissage total1977même monographie, source unique
Causefuites dans l’appui de rive gauchemonographie du comité des barrages, source unique
Remèdeajout d’une plinthe à l’amontingénieur, 2009
Type d’ouvragevoûte au centre, contreforts aux côtésexploitant, comité des barrages et ingénieur ancien d’EDF
Monuments historiquesaucune noticedeux exports nationaux interrogés
Le volume de la retenue ne figure pas ici : trois valeurs circulent, de cent quatre-vingts à cent quatre-vingt-sept millions de mètres cubes.

Une retenue qui alimente une usine de l’autre côté du massif

Roselend ne produit pas sur place. Sa retenue alimente une usine située bien plus bas dans la vallée, ce qui est la logique même de l’hydroélectricité de haute montagne : on stocke en altitude, on turbine en contrebas, et c’est la différence de hauteur qui fait la puissance.

Nous n’avons lu aucune source sur le niveau de la retenue pendant ces dix-sept ans ni sur la production d’alors. La monographie date seulement de 1971 à 1977 la pose d’un tapis amont en béton armé et des injections de résine au contact de la voûte et du rocher, en rive gauche.

La route du Cormet, dernier tronçon de la route des Grandes Alpes, est dite terminée en 1960 par un avis de la mission régionale d’autorité environnementale de 2022, seule source que nous ayons pour cette date. Nous n’avons pas lu les annonces de fermeture hivernale.

Un site classé qui ne protège pas le barrage

On lit parfois que le barrage se trouve en site classé. Nous n’avons pas lu le plan joint aux arrêtés et ne pouvons pas dire si le périmètre englobe la retenue ; la fiche de la direction régionale ne décrit que le col et le Gollet. Le classement du Cormet de Roselend résulte d’arrêtés des 29 décembre 1943 et 28 février 1944, portant sur un peu plus de trois cents hectares des communes de Bourg-Saint-Maurice et de Beaufort, et une autre partie est inscrite depuis le 13 avril 1943.

Les noms officiels du site, tels que la direction régionale les donne, ne mentionnent ni le lac ni le barrage ; l’arrêté de 1944, que nous n’avons lu qu’en partie sur un scan, non plus, et celui de 1943 n’a pas pu être lu. Ils ne pouvaient guère les nommer : ils précèdent la mise en eau de seize ans. La fiche descriptive de la direction régionale, mise à jour en 2026, cite bien le lac de Roselend, mais pour décrire le paysage, non comme objet du classement.

Quant au barrage lui-même, nous ne lui connaissons aucune protection patrimoniale. L’export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, avec ses 46 761 notices, ne rend rien pour Roselend, le Cormet, le Doron ni la Bâthie, et la commune de Beaufort n’y a qu’une notice sans rapport. L’export du label consacré à l’architecture contemporaine remarquable, 1 841 notices, ne rend rien non plus.

Ce que nous ne chiffrons pas : le nombre d’habitants déplacés et de bâtiments noyés. Aucune source primaire datée n’a été trouvée. Une encyclopédie de l’énergie avance en 2017 cinq cent quatre-vingt-douze hectares pris et cinquante-cinq bâtiments détruits, en précisant qu’il s’agissait de chalets d’alpage. Ce chiffre n’est recoupé par aucune autre source que nous ayons lue, et les légendes de photos d’un blog personnel évoquent pourtant des hôtels et un café dans l’ancien hameau.

  • Le volume de la retenue est donné à cent quatre-vingts, cent quatre-vingt-cinq ou cent quatre-vingt-sept millions de mètres cubes selon la publication.
  • Le volume de béton varie de neuf cent vingt-cinq mille à neuf cent quarante mille mètres cubes.
  • La chapelle est dite démontée pierre à pierre par les uns, démolie ou submergée par les autres.

Vu d’en haut, Roselend est une tache turquoise au creux d’un cirque d’alpages, fermée par un mur qui change de forme selon l’endroit d’où on le regarde. Cette hésitation de la silhouette n’est pas un effet d’optique : l’exploitant l’explique par la configuration particulière du verrou rocheux où coule le Doron. Les fuites, elles, ont concerné l’appui de rive gauche, et la retenue n’a été remplie en entier pour la première fois qu’en 1977.

Sources : monographie du barrage publiée par le comité français des barrages et réservoirs, pour la mise en eau de 1960, le premier remplissage total de 1977 et le type d’ouvrage ; article d’un ingénieur paru en 2009 dans les travaux d’un comité d’histoire des sciences de la terre, pour la cause des fuites, l’ajout de la plinthe et la qualification d’ouvrage mixte ; brochure de l’exploitant de 2011, lue dans une copie hébergée sur un site personnel, le site de l’exploitant ayant refusé la lecture, pour la description de la voûte et des contreforts ; fiche de la direction régionale de l’environnement pour le site classé du Cormet de Roselend et les arrêtés de 1943 et 1944 ; export national des immeubles protégés du ministère de la Culture, 46 761 notices, et export du label d’architecture contemporaine remarquable, 1 841 notices, pour l’absence de protection ; encyclopédie de l’énergie, 2017, pour les surfaces et bâtiments, chiffres non recoupés. La référence technique de 1986 à laquelle renvoient les deux publications principales n’a pas pu être lue.

Questions fréquentes

Pourquoi le remplissage a-t-il pris dix-sept ans ?

À cause de fuites dans l'appui de rive gauche. La monographie du comité français des barrages et réservoirs écrit que le premier remplissage total n'a eu lieu qu'en 1977, alors que la mise en eau avait commencé en 1960. Un ingénieur, ancien d'EDF, publiant en 2009 dans une revue d'histoire des sciences de la terre, écrit que le remplissage complet n'a été autorisé qu'après l'ajout d'une plinthe à l'amont. Réserve importante : la date de 1977, l'écart de dix-sept ans et la cause par des fuites ne viennent que de la monographie ; l'autre auteur ne date pas l'autorisation et ne parle pas de fuites, et les deux textes renvoient à une même référence de 1986 que nous n'avons pas lue.

Quel type de barrage est-ce ?

Les deux à la fois, et c'est sa particularité. L'exploitant décrit une voûte à double courbure au centre et des contreforts de chaque côté, en parlant de juxtaposition de deux types. Le comité des barrages le code d'ailleurs avec deux sigles accolés. Un ingénieur qui a travaillé à EDF jusqu'en 1977, mais publie en 2009 dans une société savante, écrit de son côté ouvrage mixte. L'exploitant ajoute que les concepteurs ont dû faire preuve d'audace face à la configuration particulière du verrou rocheux.

Le barrage est-il protégé au titre du patrimoine ?

Non, dans les deux corpus fermés que nous avons interrogés. L'export national des immeubles protégés au titre des monuments historiques, 46 761 notices, ne rend rien pour Roselend, le Cormet, le Doron ni la Bâthie, et la commune de Beaufort n'y a qu'une notice sans rapport. L'export du label consacré à l'architecture contemporaine remarquable, 1 841 notices, ne rend rien non plus. Ni le barrage ni la chapelle n'y figurent.

Le site du Cormet de Roselend protège-t-il le barrage ?

Non, il ne le désigne pas, et la chronologie suffit à le montrer. Le classement résulte d'arrêtés des 29 décembre 1943 et 28 février 1944, portant sur un peu plus de trois cents hectares des communes de Bourg-Saint-Maurice et de Beaufort, et une autre partie est inscrite depuis le 13 avril 1943. Les noms officiels du site ne mentionnent ni le lac ni le barrage, et pour cause : ils précèdent la mise en eau de seize ans. Nous n'avons pas lu le plan joint aux arrêtés et ne disons pas si le périmètre englobe la retenue.

Combien d'habitants ont été déplacés ?

Nous ne le savons pas avec certitude. Nous n'avons trouvé aucune source primaire datée. La seule publication qui avance des chiffres, parue en 2017 dans une encyclopédie de l'énergie, donne cinq cent quatre-vingt-douze hectares pris et cinquante-cinq bâtiments détruits, en précisant qu'il s'agissait de chalets d'alpage pour l'été. Ces chiffres ne sont recoupés par aucune autre source que nous ayons lue, et les légendes de photos d'un blog personnel évoquent pourtant des hôtels et un café dans l'ancien hameau.
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